Pays-Bas: Le rôle du ministère ordonné en question (230392)
Utrecht, 23 mars(APIC) La pénurie de vocations dans l’Eglise a opportunément mis en lumière la diversité des dons dans l’Eglise, mais seul le prêtre validement ordonné peut être le ministre de l’eucharistie. C’est ce que
rappellent les évêques hollandais dans une lettre pastorale.
Dans ce document intitulé "Au nom du Christ" les évêques tiennent à
maintenir "le bon cap" à un moment où se multiplient les discussions sur le
rôle des assistants pastoraux hommes et femmes et sur le rôle spécifique du
prêtre. Ils se proposent d’éclairer les croyants sur le caractère sacramentel de l’Eglise, a indiqué Mgr Hubertus Ernst, évêque de Breda, en présentant la lettre à Utrecht le 20 mars.
Le document aborde une série de "points chauds" comme l’engagement militant de groupes réformateurs (mouvement du 8 mai par exemple), le lien entre le célibat et le sacerdoce, la place des laïcs dans le travail pastoral, l’accès des femmes aux ministères ordonnés. Non pas pour prononcer des
condamnations sans appel, mais pour proposer un enseignement, a insisté Mgr
Ernst.
Si les évêques reconnaissent que la règle du célibat sacerdotal pourrait
être modifiée, ils ne voient aucun argument décisif plaidant pour son
abandon dans l’Eglise catholique occidentale. Il en va de même pour l’accession des femmes au sacerdoce, que les évêques jugent en contradiction
avec la tradition unanime des Eglises orthodoxes en Orient et de l’Eglise
catholique en Occident. Pour Mgr Ernst, il faut éviter d’aborder cette
question à partir de considérations sur l ’émancipation des femmes et sur
l’égalité de principe hommes-femmes. Les évêques laissent par contre ouverte la question de l’ordination des femmes au diaconat, dans l’attente des
résultats d’une étude que le Saint-Siège a entrepris sur la question.
Pénurie de prêtres et diversité des dons
La pénurie des prêtres ne justifie pas que l’on puisse renoncer au principe selon lequel seul le prêtre validement ordonné peut être le ministre
de l’eucharistie. Cette pénurie a cependant un aspect positif. Elle met en
évidence la diversité des dons. "Hier il y avait trop de prêtres qui faisaient tout", concède le cardinal Simonis pour qui le manque de prêtres
n’est pas le problème principal. C’est plutôt de construire des communautés
vivantes de croyants et de chrétiens engagés. Tandis que Mgr Simonis serait
prêt à engager plus de prêtres étrangers (polonais), Mgr Ernst estime que
cela n’est pas une bonne solution: "Une Eglise vivante subviendra elle-même
à ses propres besoins. Si cela n’est pas le cas, il vaut mieux avoir le
problème devant les yeux et le laisser travailler en nous comme un appel.
Nous devons surmonter cette période difficile: La solution ne peut venir de
l’extérieur."
Les prétendues célébrations oecuméniques
A propos des prétendues célébrations oecuméniques dont la responsabilité
n’est assumée ni par l’Eglise catholique ni par les Eglises protestantes,
le cardinal Simonis souhaite que cette lettre puisse "faire comprendre à
certains protestants que la question du ministère et des sacrements n’ a
pas un caractère secondaire, mais touche à l’essence même de l’Eglise". Les
dérapages, lors de telles célébrations oecuméniques, et les plaidoyers pour
que des non prêtres soient autorisés à administrer les sacrements, expliquent en bonne partie la démarche des évêques, a-t-il dit.
Des conclusions étonnantes
Dans une première réaction, W. Stael-Merkx, président du mouvement "contestataire" du 8 mai s’étonne du "ton amical et même ouvert" de la lettre.
Cela dit, ses conclusions "pour le moins étonnantes" vont creuser encore
davantage le fossé entre les évêques et le commun des fidèles, estime-t-il.
Avis que partage H. Van Breukelen, président de la Fédération des
associations de travailleurs pastoraux, qui regroupent la moitié de
ceux-ci: "La lettre parle un langage qui nous est tout à fait étranger,
dit-il, un langage imbuvable , inintelligible, qui n’est en prise nulle
part sur la vie moderne et sur la question du sens et de la foi. Maintenir
la loi du célibat sacerdotal, ajoute-t-il c’est reléguer l’Eucharistie et
les autres sacrements en marge de la vie ecclésiale et n’accorder aucune
place aux nouvelles formes de célébrations liturgiques. (apic/cip/mp)