Pays-Bas: le pape accepte la démission de Mgr Gijsen (250193)
Rome, 25janvier(APIC) Le pape Jean Paul II a accepté la démission de Mgr
Johannes Baptist Gijsen, évêque de Roermond, aux Pays-Bas, en conformité au
canon 401, par. 2 du code du droit canon, c’est-à-dire "pour raison de santé ou pour une autre cause grave". La procédure utilisée pour la désignation de ce prêtre conservateur, par le pape Paul VI en 1972, avait suscité
un vif mécontentement aux Pays-Bas. En décembre dernier encore, Mgr Gijsen
s’était signalé en mettant à exécution sa menace de priver du label catholique 500 écoles du diocèse qui refusaient de se soumettre à de nouveaux
statuts imposés par l’évêque.
La démission de Mgr Gijsen est acceptée un peu plus de deux ans après
une "démocratisation" du diocèse de Roermond, quand l’évêque décida de déléguer à deux nouveaux collaborateurs la quasi totalité des charges liées
au ministère épiscopal (décembre 1990). Les deux nouveaux bras droits de
Mgr Gijsen avaient notamment dans leurs attributions deux secteurs où se
focalisaient des tensions qui rejaillissaient sur l’ensemble de l’Eglise
néerlandaise: la campagne de Carême et la formation sacerdotale. Désapprouvant les orientations et les méthodes du Carême de Partage, l’évêque avait
décidé, en 1973 déjà, de créer sa propre Action de Carême.
Pour la formation sacerdotale, l’évêque de Roermond avait également décidé, peu après sa nomination, de faire cavalier seul, au grand dam de ses
collègues, en créant "son" séminaire à Rolduc, un séminaire "conforme"
destiné aux candidats au sacerdoce de son diocèse, mais ouvert également à
ceux d’autres diocèses et même de l’étranger. Il semble bien que ce soit ce
dernier projet, que l’évêque voyait si prometteur, qui soit devenu finalement la pierre d’achoppement. Lors de l’année académique 1989-1990, Rolduc
enregistra le départ d’un cinquième de ses étudiants, dont une dizaine
tournèrent carrément le dos à la théologie.
Une procédure contestée
En décembre dernier, Mgr Gijsen s’était signalé en mettant à exécution
sa menace de priver du label catholique 500 écoles du diocèse, qui
refusaient de se soumettre à de nouveaux statuts imposés par l’évêque. La
mesure concernait notamment le principal réseau d’écoles secondaires catholiques du Limbourg néerlandais (18’000 élèves et 1’700 membres du personnel).
Mgr Gijsen a été nommé sur le siège épiscopal de Roermond par Paul VI en
1972, à l’âge de 39 ans. La procédure utilisée pour la désignation de ce
prêtre conservateur avait suscité un vif mécontentement aux Pays-Bas, le
Saint-Siège n’ayant pas tenu compte de l’avis du chapitre diocésain. A la
veille de son ordination par Paul VI à Rome, cinquante prêtres du diocèse
avaient supplié Mgr Gijsen de renoncer à sa charge. Le cardinal Alfrink
lui-même n’avait pas caché son trouble.
"La tristesse" de Mgr Alfrink
Dans une interview accordée à la télévision néerlandaise à la veille de
son départ pour la cérémonie d’ordination au Vatican - cérémonie boudée par
le vicariat général et le chapitre diocésain de Roermond -, celui qui était
à l’époque archevêque d’Utrecht et chef de file de l’épiscopat néerlandais
n’avait pas caché "sa grande tristesse" en constatant que Rome n’avait pas
tenu compte des avertissements qu’il avait donnés précédemment (lors de la
nomination tout aussi contestée de Mgr Simonis à Rotterdam, aujourd’hui archevêque d’Utrecht et cardinal). Mgr Alfrink mettait en garde contre le
danger d’imposer à une communauté polarisée un évêque (Mgr Gijsen) représentant l’une des tendances qui s’opposaient. "Il n’est pas impossible, déclarait-il, que certains voient dans cette décision un ébranlement, non
seulement de ma position, mais aussi de celle de l’épiscopat néerlandais
tout entier". (apic/cip/pr)