Pays-Bas: divergence entre évêques et religieux (120789)
Utrecht, 12juillet(APIC) Dix ans après avoir publié des directives pour
les relations mutuelles entre les évêques et les religieux, le Vatican a
entrepris de faire le point, en invitant les uns et les autres à un bilan.
Aux Pays-Bas, évêques et religieux ne sont pas parvenus à se mettre d’accord sur une réponse commune à faire parvenir à Rome. Non qu’il n’y ait pas
d’entente. Mais les points de vue ne coïncident pas toujours...
44% des prêtres en activité dans les diocèses des Pays-Bas en 1988
étaient des religieux. Chez les contemplatifs, le climat est fort bon. Et
s’il y a un déclin des moniales, ne serait-ce pas notamment dû à la raréfaction des prêtres disponibles pour les conseiller? Tels sont les premiers
traits esquissés par les évêques néerlandais à propos de la situation de la
vie religieuse dans leur pays.
Les religieux (ses), de leur côté, savent que les évêques apprécient le
travail, qu’ils (elles) réalisent en paroisse, comme dans de nombreux centres de recollection et de formation animés par leurs communautés. Ils savent aussi que les évêques comptent sur leur prière communautaire ouverte à
d’autres, sur leur sens de la spiritualité. Mais ils ne se sentent pas toujours perçus dans leur vocation propre.
Changements
Pendant longtemps, les religieux et religieuses ont créé assez librement
leurs propres formes d’apostolat. L’essor des écoles et des hôpitaux, aujourd’hui généralement gérés par des laïcs, leur doit beaucoup. C’était une
source de vocations nouvelles. L’enseignement, les soins de santé et la sécurité sociale étant désormais pris en charge par l’Etat, on n’entre plus
forcément dans la vie religieuse parce qu’on se sent une âme d’enseignant,
d’infirmière ou de travailleur social. Un mauvais signe? La chute des vocations s’explique aussi par là, observent les évêques des Pays-Bas. Et pourtant, les religieux sont très présents - avec des laïcs - dans des initiatives de solidarité avec les plus démunis: malades, isolés, réfugiés, immigrés, pauvres. Sans oublier leur rapport actuel à la mission et au développement dans le tiers-monde.
Les religieux et religieuses des Pays-Bas ont également répondu largement aux besoins des paroisses. Un curé hollandais sur deux est un religieux. Avec les religieuses, on hésite davantage, selon les diocèses: le bilan
de la confédération des religieux néerlandais constate que, dans les
paroisses, les femmes ne jouent pas toujours un rôle "à la mesure de leur
compétence et de leur formation".
Les religieux signalent, du reste, deux graves lacunes de la part de
l’Eglise des Pays-Bas: les religieux n’ont plus de responsabilité - donc
plus guère de voix au chapitre - dans les instituts de formation théologique; le service national d’éveil des vocations insiste trop sur les vocations sacerdotales au détriment des vocations religieuses ou laïques.
Divergences
Le grand défi, pour la plupart des communautés religieuses néerlandaises
d’aujourd’hui, c’est de contribuer à "une nouvelle inculturation de l’Eglise dans la société occidentale". Autrement dit: prendre acte d’une société
qui s’affranchit de la tutelle ecclésiale pour redéfinir une manière nouvelle d’être chrétien (et religieux) dans le monde actuel. Sans rejet de la
société. Sans compromission non plus avec n’importe quel courant.
C’est sur ce point que la divergence avec les évêques est la plus sensible. Ceux-ci constatent que nombre de communautés "s’engagent de différentes manières en vue d’un renouveau dans l’Eglise et dans la société". Ils
rappellent notamment la présence des religieux et des religieuses dans la
cause de l’émancipation des femmes. Ou encore dans le Mouvement du Huit
Mai, né au lendemain de la visite de Jean Paul II aux Pays-Bas en mai 1985,
et rassemblant aujourd’hui une centaine de groupements et institutions en
faveur d’un renouveau dans l’Eglise et dans la société.
Fonction critique et indépendance d’esprit?
Est-ce bien le rôle des religieux d’exercer une "fonction critique" dans
l’Eglise, d’affirmer une "indépendance d’esprit"? se demandent les évêques.
Ils constatent des divergences manifestes avec les représentants des religieux sur "le renouveau ecclésial, la foi, la doctrine, la discipline de
l’Eglise". Leur bilan se termine même par cette question: "Dans quelle mesure une intervention d’autorité et efficace des supérieurs généraux et
provinciaux n’est-elle plus nécessaire?"
Les religieux, de leur côté, font remarquer que, dans l’Eglise, il y a
toujours eu tension entre la hiérarchie ecclésiale et les charismes propres
des communautés religieuses. Ils ajoutent: "Le voeu d’obéissance des religieux est d’abord fidélité à ces charismes originaux".
Depuis la rédaction des bilans respectifs des religieux et des évêques,
une rencontre spéciale entre les deux parties a précisément porté sur le
sens de l’obéissance chrétienne et religieuse. "Il est très important
d’améliorer nos rapports avec les religieux", avaient alors estimé les évêques. (apic/cip/pr)