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Interview d’un militants chrétien du Salvador
Fribourg, 7octobre(APIC) "La situation au Salvador est à ce point polarisée que tous ceux qui parlent de paix dans ce pays son catalogués de subversifs par les forces armées, il en est ainsi avec Mgr Rivera y Damas, archevêque de San Salvador qui a organisé en juillet un grand débat national
pour la paix". Celui qui parle ainsi n’est autre que le secrétaire exécutif
de la Coordination des communautés Chrétiennes du Salvador, Enrique Ramirez, et d’une Equipe internationale dont le siège est à Managua (Nicaragua). Actuellement en voyage en Europe, il s’est arrêté en Suisse pour y
rencontrer diverses organisations et mouvements, notamment "Frères sans
frontière" et l’ACAR, l’Action catholique rurale.
En réalité, a expliqué Enrique Ramirez lors d’un entretien accordé à
l’APIC, la Coordination des communautés chrétiennes du Salvador a pris la
relève de la Coordination nationale des Eglises populaires (CNIP-Mgr Romero). Le concept d’"Eglise populaire" a été condamné par Jean Paul II lors
de son voyage en Amérique centrale en 1983 et par les évêques salvadoriens.
Aujourd’hui pourtant, relève-t-il, son organisation travaille avec les communautés de base dans 7 diocèses sur les 8 que compte le pays. Pour des
questions de structures internes, le pays a été divisé en quatre régions,
chacune d’elle a ses propres représentants élus par les communautés.
Dénoncer la répression, mais aussi parler de ce qui se construit
L’idée de créer une Equipe internationale est née dans les années
1980-81, au moment ou la répression au Salvador était plus forte que jamais: assassinat d’une dizaine de prêtres et de Mgr Romero, notamment.
"Cette persécution a montré la nécessité d’effectuer un travail au niveau
international, en dehors des frontières du Salvador. Pour nous, il ne
s’agit pas seulement de rompre la barrière du silence au sujet de ce qui se
passe dans notre pays, encore faut-il parler de ce qui se construit aussi,
de ce que le peuple reconstruit". Reste, ajoute Enrique Ramirez, que des
difficultés subsistent avec certains évêques qui eux ne sont pas en contact
avec les communautés de base; ils ont peur que notre labeur ne soit pas
suffisamment impartial s’agissant de notre option politique et sociale".
Dans ce sens, l’an passé l’"archidiocèse de San Salvador s’est fermé à
notre travail communautaire et pastoral auprès des jeunes. Il le demeure
aujourd’hui encore, nous continuons cependant à oeuvrer dans les paroisses.
Cela vaut peut-être mieux dans la mesure ou nous avons plus de liberté
d’action". Il faut expliquer, poursuit Enrique Ramirez, "qu’en 1986, à,
l’issue d’une assemblée générale, nous avions analysé la situation et
dénoncé la répression du gouvernement du président Duarte et des militaires
contre la population civile . Mgr Rivera y Damas avait alors réagi en
voyant là de la partialité contre le gouvernement. Il avait relevé qu’en
temps que chrétiens nous devions demeurer impartiaux". Le problème, souligne Ramirez, "est que les communautés de base vivent une réalité de
répression et peuvent difficilement être impartiales. Comment pourraientelles l’être dès l’instant ou les chrétiens se posent la question: qui nous
bombarde, sinon l’armée, qui nous tue, sinon le gouvernement".
Retour des populations réfugiées dans leurs villages d’origine
Pour Enrique Ramirez, la répression et les méthodes répressives se sont
passablement modifiées depuis quelques années. L’armée ne s’attaque plus de
front à l’Eglise, elle ne tue plus les prêtres. Elle s’attaque aux laïcs
engagés au niveau des communautés de base. Ses méthodes sont beaucoup plus
subtiles et sophistiquées qu’auparavant. Il n’en demeure pas moins que la
majorité de la population collabore avec la Coordination des communautés
chrétiennes du Salvador. Parmi les événements positifs, il convient de citer le retour au Salvador, l’an passé, de quelque 4300 personnes qui avaient trouvé refuge au Honduras et celui de 1300 autres enregistré en août
dernier. Ces populations reviennent car elles sont désireuses de reconstruire le pays.
Ces mouvements de "repopulation" des zones dévastées par l’armée sont
notamment orchestrés par des chrétiens organisés au sein de CRIPDES et du
CNR. Ils bénéficient du soutien de plusieurs évêques des Etats-Unis qui appuient le retour des réfugiés dans leurs villages d’origine. Ces évêques
envoient des délégations pour accompagner les personnes déplacées et ainsi
protéger leur retour. Cette action humanitaire déplaît fortement au gouvernement du Salvador qui accuse ces "internationalistes" d’appuyer l’action
déstabilisatrice de la guerilla. C’est en visitant une de ces "repopulation" que le théologien bâlois Jurg Weis a été assassiné, affirme Enrique Ramirez. (apic/pr)