Paris: VIIe Congrès international de droit canonique (021090)
Interview du Père Jean Passicos, spécialiste français du droit canon
Paris, 2octobre(APIC) Y a-t-il un lien entre démocratie et synodalité?
"La participation démocratique dans l’Eglise est possible. C’est la démocratie de fondement qui n’existe pas. Mais l’Eglise adapte à son propre mystère, à ses finalités, les idées que le monde lui donne, et elle forme son
propre modèle". C’est ainsi que le Père Jean Passicos, spécialiste français
du droit canonique, situe le lien entre démocratie et synodalité, au terme
du VIIe Congrès international de droit canonique qui s’est tenu à Paris du
21 au 28 septembre sur le thème:" Nature et exercice de la synodalité". Ce
colloque, dont le Père Passicos dresse le bilan pour l’agence APIC, a rassemblé quelque 500 canonistes du monde entier.
P. Passicos: Ce colloque a porté un regard direct sur les réalités synodales d’aujourd’hui. Nous avons eu, par exemple, des comptes rendus très
concrets sur ce qui se fait aux Etats-Unis, en France, en Espagne, en Italie et en Allemagne, sur les grandes institutions du diocèse en dehors du
synode lui-même (conseil presbytéral et autres conciles). Il y a eu ensuite
le côté théorique d’une recherche plus fondamentale, qu’il ne faut pas couper du concret. Notamment la définition de l’idée de collégialité, avec les
grandes institutions que sont le synode des évêques et le concile; une
théorisation sur la Conférence épiscopale, avec tous les problèmes que cela
pose; le presbyterium diocésain. Nous avons donc étudié ces grandes institutions, mais à travers leurs fondements.
Le lien, peut-être, n’a pas toujours été fait entre la réalité concrète
et la recherche fondamentale. Sans doute y a-t-il eu, à un moment donné, un
décalage entre la réflexion sur la collégialité et, par exemple, ce que représente effectivement le synode des évêques. A part cela, on peut dire que
ce colloque a porté ses fruits. On pourra s’appuyer sur ces réflexions pour
aller de l’avant.
APIC: Si l’on prend l’exemple du synode diocésain, le code de droit canon dit peu de choses à ce sujet...
P. Passicos: Il s’agit d’une loi cadre, qui laisse libre cours au droit
particulier. Pour le diocèse, le droit particulier a vraiment de beaux
jours devant lui. Le droit universel donne beaucoup plus un cadre, des
principes, que des réalisations...
APIC: Un mot revient souvent, dans l’Eglise, c’est celui de "démocratie". A-t-on évoqué le lien, ou l’absence de lien entre démocratie et synodalité?
Oui, bien sûr. La participation démocratique dans l’Eglise est possible.
C’est la démocratie de fondement qui n’existe pas. C’est-à-dire que le fondement de l’autorité ne vient pas de la communauté, même s’il est nécessairement lié à la communauté: il n’est pas une superstructure de la communauté. L’autorité fait partie de la communauté, tout en étant un vis-à-vis.
Ceci au nom même du fondateur. On peut donc parler de démocratie dans
l’Eglise, mais beaucoup plus de démocratie de participation que de démocratie de fondement.
C’est un thème qui a bien évidemment été abordé par le colloque. Parce
que les mentalités des chrétiens se trouvent affrontées, de fait, à un conflit entre ce à quoi ils sont habitués en politique et ce qu’ils découvrent
dans l’Eglise. Que l’Eglise soit touchée par les idées politiques, démocratiques, c’est normal. C’est ainsi depuis vingt siècles. Mais l’Eglise adapte à son propre mystère, à ses finalités, les idées que le monde lui donne,
les modèles qu’on lui donne, et elle forme son propre modèle. C’est pourquoi il y a toujours un hiatus, qui joue souvent en défaveur de l’Eglise,
parce qu’on la prend comme une société à l’égal des autres. Ce qu’elle
n’est pas!
APIC: A l’issue de ce colloque, que peut-on dire du rôle des canonistes?
P. Passicos: Les canonistes jouent un rôle charnière entre les théologiens et la vie pastorale. Ils doivent pouvoir, d’un côté, mettre en termes
opérationnels ce que dit la réflexion théologique, de l’autre, ce que la
vie cherche à travers ses besoins, ses revendications. Au fond, ils sont
chargés du sens, au niveau de la vie concrète, du maintien du sens. Le
droit est un passage nécessaire.
Ce VIIe colloque était organisé par la Faculté de droit canonique de Paris, sur proposition de la "Consociatio Internationalis studii canonici"
promovendo. Cette dernière vise la promotion de l’étude du droit canonique.
Créée en 1970, elle a son siège à Rome. Les précédents Congrès ont eu lieu
à Rome (1970), Milan (1973), Navarre (1976), Fribourg (1980), Ottawa (1984)
et Munich (1987). (apic/mjh/pr)