Paris: Une délégation des évêques d’Haïti reçus en (261189)
"Radio Soleil et "Mission Alpha": des cas pas très clairs
Paris, 26novembre(APIC) Une délégation des évêques d’Haïti conduite par
Mgr François Gayot, archevêque du Cap-Haïtien et président de la Conférence des évêques d’Haïti a séjourné du 20 au 23 novembre à Paris. Elle a notamment rencontré une délégation de l’épiscopat français conduite par le
cardinal Albert Decourtray, président de la Conférence des évêques de France. "Radio Soleil", la radio de l’Eglise catholique d’Haïti, la "Mission
Alpha", qui vise à restructurer l’action sur le terrain, ainsi que la situation en Haïti ont été parmi les principaux thèmes abordés
Outre Mgr Gayot, la délégation haïtienne comprenait Mgr Emmauel Constant, président du Conseil d’administration de "Radio Soleil"; Mgr Alix
Verrier, responsable de la "Mission Alpha", et Joseph Bernard, ancien ministre de l’Education nationale et directeur de la "Mission Alpha". La délégation de l’épiscopat français était pour sa part composée, outre Mgr Decourtray, de Mgr Joseph Duval, archevêque de Rouen, de Mgr Jacques David,
évêque de la Rochelle, de Mgr Didier-Léon Marchand, évêque de Valence, et
de Mgr Guy Deroubaix, évêque de Saint-Denis.
Par ce voyage, les visiteurs voulaient présenter à l’Eglise de France
les besoins de l’Eglise d’Haïti. D’une manière générale, les évêques d’Haïti montrent qu’ils nourrissent de grandes ambitions pour leur peuple. Dans
une lettre pastorale datée de mai dernier, ils lançaient un appel solennel
aux Haïtiens, les invitant à participer à un vaste projet de "restauration"
de la société. Outre les bonnes intentions, transparaît un désir de voir
l’Eglise jouer un rôle dans la société. Mais c’est aussi précisément sur ce
point que se divisent les chrétiens. Quelle place doit-elle occuper, dans
ce pays qui souffre "de la misère économique qui réduit une bonne partie de
la population à mendier", reconnaissaient les évêques dans leur lettre pastorale.
Versions contradictoires
Mais c’est surtout de "Radio Soleil" et de la "Mission Alpha" qu’il a
été question durant cette rencontre. "Radio Soleil, créée en 1978 par la
Conférence épiscopale, fut priée en 1989 de changer de ton. Les évêques licencièrent le Père Hugo Triest, directeur, puis Joseph Georges, responsable
des programmes, ainsi que d’autres personnes: la "conscientisation" de la
société haïtienne voulue par cette équipe prenait ainsi fin. "D’un côté,
dit-on en Haïti, l’épiscopat s’est drapé dans son autorité, de l’autre, les
militants chrétiens se sont exprimés en manquant parfois de finesse dans
l’analyse des faits". Reste, ainsi que l’affirme un communiqué publié à Paris à l’issue de ces rencontres, que les évêques d’Haïti ont relevé que
"cette radio n’avait jamais cessé de fonctionner même au moment de difficultés internes", et qu’aujourd’hui, elle continue à émettre dans le sens
de sa mission d’évangélisation, d’éducation, et d’information.
Concernant "Mission Alpha", grande entreprise d’alphabétisation du peuple d’Haïti lancée par l’Eglise dans le pays en décembre 1985, la Conférence épiscopale à fait marche arrière en mettant un terme à l’expérience en
avril dernier. Une décision tombée comme un couperet. Officiellement, les
évêques ont estimé que "Mission Alpha", travaillant de manière trop centralisée, ne remplissait pas son contrat. Cette version est quelque peu attenuée par le communiqué rendu public à Paris. Selon ce dernier, cette Mission a été "restructurée dans le but de mettre l’accent sur la décentralisation et l’action sur le terrain. La mission a donc été relancée avec plus
d’efficacité",. A noter, conclut le communiqué, "l’engagement réel de la
part des paroisses, des prêtres et laïcs animateurs ainsi que des usagers
de cette mission".
Attention à la désinformation, déclare Mgr Decourtray
S’exprimant sur les ondes de "Radio Fourvière", à Lyon, à propos de la
rencontre entre les délégations de l’épiscopat d’Haïti et de France, Mgr
Decourtray déclarait notamment avoir recueilli plusieurs impressions, dont,
à nouveau, l’extraordinaire pauvreté de ce peuple... la plupart des gens ne
font qu’un repas par jour, il n’y a pas le minimum pour des soins sérieux.
Tout est déficient... les gens sont analphabètes à 80% et l’espoir qu’avait
fait naître le renversement du régime de Duvalier est maintenant largement
compromis dans ce pays qui est sans doute le plus pauvre de la terre et en
tout cas le plus exploité".
la volonté d’agir dans l’esprit de l’Eglise est vivante, "pour la plupart, pour un changement comme l’avait souhaité le pape lors de son passage". Les évêques haïtiens tenaient à nous informer, ajoute Mgr Decourtray,
car, dit-il, "la désinformation règne à ce propos. Les journaux imprimés
aux Etats-Unis ou au Canada sont sensés donner une information sur laquelle
nous nous jettons tous et qui très fréquement est fausse". C’est dans ce
sens aussi qu’ils sont allés informés Rome, Fribourg, Lucerne, Bonn et Bruxelles, et j’ai compris à quel point nous devions faire attention aux informations qui nous parviennent", conclut-il. (apic/lc/rf/pr)