"Un bilan positif malgré un retour précipité"
Paris, 11mai(APIC) "J’ai longtemps espéré qu’il me serait possible d’aller à Kiev, le berceau du christianisme pour toute la Russie. Quand je me
suis rendu compte que ce serait impossible, j’ai décidé de ne pas poursuivre mon pèlerinage au-delà de Moscou". Ainsi le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, a-t-il expliqué mercredi soir 10 mai lors
d’une conférence de presse donnée à Paris, son retour précipité d’URSS ou
il s’était rendu à l’invitation du patriarcat de Moscou. A cette occasion,
il a dressé le bilan de son voyage qu’il a qualifié de positif.
Les raisons invoquées pour justifier ce "barrage ukrainien" sont les
suivantes: le métropolite Philarète de Kiev, étant en tournée pastorale, ne
pouvait recevoir son visiteur français. On sait aussi que les catholiques
uniates - rattachés de forces par Staline à l’Eglise orthodoxe, mais restés
fidèles à Rome et souvent entrés dans la clandestinité - sont nombreux en
Ukraine. La présence du cardinal Lustiger n’était-elle pas, dans ces conditions, jugée indésirable? "Des explication m’ont été fournies, reprend le
cardinal. Tout le reste est supposition. J’ai précisément préféré abréger
mon séjour pour éviter tout contentieux sur cette question".
Malgré cette déception, Mgr Lustiger dresse de son voyage un bilan très
positif. A Leningrad, à Riga, en Lettonie, en Lituanie, il a rencontré "des
communautés catholiques latines vivantes et courageuses". Ainsi, dit-il, en
Lituanie, "pour ce qui est de la liberté religieuse, les évêques anticipent
sur la situation légale: ils admettent des jeunes gens au séminaire sans
tenir compte des quotas, ils nomment des prêtres dans les paroisses, et
avisent ensuite seulement les autorités..." A Moscou, le cardinal a été
touché de voir des fidèles orthodoxes venir prier avec les catholiques à
l’église Saint-Louis ou il célébrait la messe...
Quant à l’Eglise orthodoxe, l’archevêque de Paris a vécu avec elle "la
communion dans la foi: j’avais tenu à prier avec eux, à assister à leurs
liturgies. A chaque fois, on m’a rendu les honneurs, on m’a invité à parler
aux fidèles..." Mgr Lustiger a encore rencontré beaucoup de convertis, de
tous âges et de toutes conditions, "des gens fidèles à leur Eglise, mais
qui la voudrait plus évangélique... et refusent l’appellation de dissidents; des femmes d’Ivanovo, ou furent créés, en 1905, les premiers soviets, et qui font la grève de la faim pour que les droits de leur Eglise
soient respectés... Des sacrées bonnes femmes", ajoute-t-il...
Partout, conclut le cardinal, "on assiste à une phase de libéralisation
accélérée, mais l’Eglise orthodoxe n’a pas assez de cadres, de possibilités
matérielles, pour répondre aux sollicitations dont elle est l’objet. Aujourd’hui, les choses vont mieux. Mais que penser de l’avenir?"
(apic/mjh/pr)