Paris: Liberté de religion et de convictions (061089)
Paris, 6octobre(APIC) Le Mouvement international des juristes catholiques
et l’Institut des droits de l’homme du barreau de Paris ont organisé jeudi
5 octobre un colloque tenu au Palais de Justice de Paris sous le thème "Liberté de religion et de convictions". Ce colloque était placé sous la présidence du bâtonnier Louis Pettiti, président de cet Institut et juge à la
Cour européenne des droits de l’homme, et de Myriam Ezratty-Bader, premier
président de la Cour d’appel de Paris.
La liberté de religion et de convictions est une des plus difficiles à
cerner, même si elle est affirmée par la Déclaration des droits de l’homme
et du citoyen de 1789, par la Déclaration universelle de 1948, par le pacte
sur les droits civils et politiques de 1966, et par les plus récents instruments internationaux, notamment les Conventions européennes et africaines des droits de l’homme.
Cette liberté correspond au besoin vital de l’homme de se rattacher à
des valeurs morales ou spirituelles, mais aussi de faire partager sa foi,
ses croyances, au risque d’intolérance, de violence, de volonté d’intégration ou d’exclusion. L’histoire explique les problèmes qui subsistent audelà des acquis considérables et de l’accélération actuelle d’une prise de
conscience universelle. Il a fallu une lente maturation et attendre le
XVIIIe siècle pour que l’individu entre comme acteur de l’histoire et comme
sujet de droits. La Déclaration des droits de l’homme de 1789 a fait de la
liberté de religion et de convictions un de ces droits, bien qu’en termes
un peu ambigus.
Pour la première fois, la liberté de conscience n’était plus une tolérance octroyée, donc révocable, mais un droit positif. La séparation de la
fonction religieuse du droit de la cité dans les sociétés modernes, la pensée contemporaine, la recherche scientifique, l’étude anthropologique et
philosophique des religions et des croyances, ont permis le dépassement du
concept de liberté de conscience pour atteindre celui de la liberté de religion et de convictions, et ainsi, donc, reconnaître que le droit positif
doit assurer la régulation et la coexistence des différentes religions,
croyances et idéologies.
Deux siècles après la Déclaration de 1789, les instruments internationaux font obligation aux Etats non seulement de respecter la liberté de religion et de convictions, mais d’en permettre l’exercice public ou privé,
les manifestations culturelles, l’enseignement, et de reconnaître aux parents le droit d’assurer l’éducation de leurs enfants conformément à leurs
convictions religieuses. La tentation peut cependant être grande pour les
Etats, même contraints par les conventions internationales, de masquer leur
intolérance par des mécanismes institutionnels de sauvegarde de l’ordre public et de la morale.
Dans le débat tenu au cours de ce colloque, le directeur de la division
de philosophie de l’UNESCO, M. Sinaceur, au nom du directeur général de
l’organisation, a exposé les raisons qui demandent d’établir la liberté
religieuse, faisant référence à la grande tradition philosophique de
l’UNESCO, inaugurée par Jacques Maritain lors de la Conférence générale de
l’Organisation à Mexico en 1947. De leur côté, les représentants des différents courants de pensée (judaïsme, protestantisme, catholicisme, islam et
Fédération des droits de l’homme) ont rappelé que la liberté elle-même
n’est qu’une composante de la dignité inaliénable de l’homme. Ils ont souligné que cette liberté se conquiert à travers un processus de libération
personnelle et collective, qui exige une vigilance constante à l’égard de
tous les pouvoirs, de toutes les servitudes. Ils ont en outre relevé que
cette liberté a besoin d’un cadre juridique pour être mise en oeuvre.
Quant au Père Joseph Joblin, jésuite, de l’Université grégorienne de Rome, il a décrit en conclusion le cheminement, au cours de l’histoire, vers
la consécration légale de la liberté de conscience et de religion. Consécration irréversible, selon lui, mais qui a besoin d’être continuellement
consolidée, et notamment par le dialogue. (apic/ccici/pr)