Paris: lettre ouverte du Service national de la pastorale (240593)
"Les projets nocifs et déstabilisateurs
envers les étrangers doivent être abandonnés"
Paris, 24mai(APIC) Le Père Jean-François Berjonneau, directeur du service
national de la Pastorale des migrants et le pasteur Jacques Maury, président de la Cimade, service oecuménique d’entraide, ont signé conjointement
une lettre ouverte au Premier ministre français Edouard Balladur, pour protester, au nom de leurs organisations respectives, contre le nouveau projet
tendant à modifier les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en
France.
Les signataires de la lettre ouverte, après avoir étudié l’avant-projet
de modification de l’ordonnance de 1945 "à la lumière de nos expériences
humaines, concrètes et juridiques", expriment leurs vives inquiétudes au
Premier ministre, "réalisant que plusieurs principes intangibles ne pourront plus trouver d’application effective pour une partie importante de la
population vivant sur le sol français".
Le Père Berjonneau et le pasteur Maury posent une série de questions au
Premier ministre Balladur. "Que restera-t-il du droit de vivre en famille
si l’on durcit au degré prévu les conditions autorisant le regroupement familial, si l’on interdit sa mise en oeuvre progressive, si l’on supprime le
droit au mariage pour les étrangers en situation irrégulière, si l’on impose des critères draconiens pour qu’un étranger conjoint de Français obtienne un titre de séjour? Que restera-t-il du droit d’asile lorsque l’instauration d’une autorisation préfectorale préalable interdira à de nombreux
demandeurs d’asile la possibilité déposer leur requête et aura ainsi sérieusement réduit les prérogatives des organismes chargés de protéger les
réfugiés? Que restera-t-il du droit à la santé lorsque seront supprimées
toutes prestations sociales aux étrangers ’ayant-droits’ en situation irrégulière?".
Discriminations aux effets pervers
Les auteurs de la lettre estiment que ces discriminations auront en fait
des effets inverses de ceux que l’on annonce en haut lieu: "Les nouvelles
règles qui conduiront l’administration à refuser la délivrance ou le renouvellement d’un titre de séjour, ou à procéder à un retrait, l’instauration
d’une interdiction du territoire systématique en cas de reconduite à la
frontière déstabiliseront de très nombreux étrangers qui seront de fait
contraints à la clandestinité et à la précarité. La multiplication des mesures d’expulsion et d’interdiction du territoire à l’encontre de jeunes ne
possédant pas la nationalité française mais ayant leurs attaches en France,
provoquera ou aggravera inévitablement les troubles de l’ordre public que
l’on veut précisément éviter".
Destruction des liens tissés entre Français et étrangers
Les responsables de la Cimade et du Service national de la Pastorale des
migrants terminent leur lettre ouverte en se disant profondément inquiets
de relever dans chacune des dispositions envisagées des facteurs d’exclusion et de destruction des liens tissés au fil des années entre Français et
étrangers au plus près de leur vie quotidienne et dont le travail et l’expérience de nos mouvements respectifs nous permettent de témoigner. "Nous
espérons vivement que vous comprendrez notre insistance à demander l’abandon de ces projets nocifs et déstabilisateurs".
"Seule une politique d’immigration résolument ouverte à la solidarité
permettra que Français et immigrés répondent ensemble aux défis de notre
société et à ceux du contexte international. S’enfermer, exclure...c’est
mourir. Et nous ne le voulons pas", concluent le pasteur Maury et le Père
Berjonneau. (apic/bip/ba)