Paris : le pasteur Stewart et le Père Guiberteau (230688)
Renouer les fils du dialogue
Paris, 23juin(APIC) Deux des 6 membres de "La mission du dialogue" envoyée en Nouvelle-Calédonie par le premier ministre français Michel Rocard,
le Père Paul Guiberteau, recteur de l’Institut catholique de Paris, et le
pasteur Jacques Stewart, président de la Fédération protestante de France,
ont fait part mercredi 22 juin aux membres de l’Association des journalistes de l’information religieuse de leur mission en Nouvelle-Caledonie.
Arrivée à un moment ou la situation se trouvait bloquée, la mission est
parvenue à renouver les fils du dialogue entre tenants de l’indépendance et
partisans du maintien dans le giron français. Les deux hommes d’Eglise ont
été avant tout frappés par la confiance de la population qui s’est déplacée
en grand nombre pour venir exposer ses avis, ses craintes et ses appréhensions : "Les gens, des anonymes, des groupes de femmes, avaient besoin de
se faire entendre, explique le Père Guiberteau, parce qu’ils se sentent
méconnus à la fois de la métropole et sur le terrain, tellement la mosaïque
est cassée".
Le pasteur Stewart souligne cependant n’avoir jamais assisté à des manifestations de haine, de quelque bord que ce soit. Seule l’extrême droite,
le Front national, estimant la mission non représentative, a refusé de la
rencontrer. Au fil des discussions, plusieurs propositions ont pris corps.
Le sort des jeunes dans un pays ou plus de la moitié des Mélanésiens et des
Wallisiens ont moins de 19 ans apparaît particulièrement préoccupante, car
le pays est incapable de leur fournir du travail en suffisance. La nécessité d’un rééquilibrage du pays entre Nouméa ou sont concentrés tous les
pouvoirs et les équipements administratifs, sociaux, politiques et culturels, et le reste du pays, est apparue aussi avec évidence aux observateurs
de la mission. Ils ont en outre reconnu l’importance pour l’Etat français
de reprendre en main, pour un certain temps, la totalité des pouvoirs, afin
d’éviter leur confiscation par une ethnie au détriment des autres.
Place des Eglises et prise de position
Avec 66 % de catholiques et 32 % de protestants en Nouvelle-Calédonie,
les Eglises peuvent jouer un rôle important dans la reconstruction du pays.
Même si certaines Eglises, telle l’Eglise évangélique en 1979, ont pris position en faveur de l’indépendance, les divisions entre indépendantistes et
non indépendantistes s’opèrent à l’intérieur de chaque confession. Les Européens protestants expriment aujourd’hui leur frustration et contestent
l’option prise par l’Eglise évangélique, confie le pasteur Stewart.
L’Eglise catholique pour sa part n’a pas pris position, mais, remarque
le Père Guiberteau, elle reconnaît qu’il existe une aspiration à l’indépendance et de nombreux prêtres ont pris des positions assez vigoureusement
liées aux positions indépendantistes. C’est le cas en particulier dans de
nombreuses communautés de la brousse, au contraire des Européens qui se
déclarent pour la plupart catholiques, à 66 %, mais pratiquent seulement à
5 %. (apic/vb/ym)