en France "ne restera pas sans conséquences"
Critiques contre le cardinal Lustiger jugées inacceptables
Paris/Rome, 16janvier(APIC) Malgré la rupture consommée entre les responsables de l’édition française du mensuel catholique italien "30 Giorni"
et la maison-mère de la revue à Rome, le dossier controversé sur l’Eglise
catholique en France, très critique à l’égard du cardinal Lustiger, va tout
de même paraître ces prochains jours à la seule initiative de "30 Giorni".
A la rédaction romaine de "30 Giorni", on estime en effet que la décision
des partenaires français relève de la "censure politique" et l’on affirme
avoir saisi la justice pour "rupture de contrat".
Du côté de Robert Masson, rédacteur en chef de la "France catholique" et
également de "30 Jours dans l’Eglise et dans le monde", l’édition française
de "30 Giorni", on explique cette rupture par les "très graves dérives" de
la rédaction romaine. En novembre dernier déjà, un dossier sur la Pologne,
soutenant la candidature de Lech Walesa et critique à l’égard de Tadeusz
Mazowiecki, avait été refusé par Paris et l’édition française suspendue.
"Pas de censure, mais l’exercice de la responsabilité éditoriale"
Mais la coupe a débordé en décembre, avec la parution d’un dossier sur
la situation de l’Eglise en France, intitulé "Notre-Dame du désert". Les
critiques qu’il contient contre le cardinal Lustiger ont été considérées
comme inacceptables par R. Masson, qui qualifie ce numéro "d’opération anti-Lustiger": "C’était déjà très sérieux avec la Pologne, mais c’est devenu
tout à fait catastrophique avec ce dossier sur la France. Nous estimons que
des pratiques de ce genre relèvent de l’objection de conscience, et justifient une rupture, car ce n’est plus conforme au projet auquel nous avions
souscrit. Quant à la plainte en justice qu’ils affirment avoir déposé, ils
auront des avocats pour leur répondre".
Le décès la semaine dernière de Rémy Montagne, fondateur du groupe "Média Participation", plus connu sous le nom de "Groupe Ampère", complique
encore la situation. C’est en effet R. Montagne qui a été la cheville ouvrière de cette collaboration. Il avait mené jusqu’au bout les discussions
avec la Société éditrice internationale de "30 Giorni", l’IEI, l’Institut
Editorial International, à Rome.
"Nous étions co-éditeur pour la France, explique R. Masson, et nous
avions une responsabilité éditoriale; il y a beaucoup de gens qui nous
traitent de censeurs, mais il n’y avait pas de risque que nous couvrions un
tel dossier". Depuis trois ans, souligne-t-il, il y a un groupement d’intérêt économique - le GIE "3 F Media" (Famille Chrétienne, Edition Fleurus et
France Catholique) - qui avait pris en charge l’édition française de "30
Jours" et sa diffusion, qui ne voulaient pas être "simplement des promoteurs ou des boîtes à lettres".
"Radicalisation"
Robert Masson déplore qu’à Rome on n’ait pas joué le jeu d’une rédaction
internationale, et qu’ainsi l’édition française ait échappé au contrôle des
partenaires français, qui ne voulaient pas que "30 Jours" soit seulement
une traduction de "30 Giorni". Il y avait d’ailleurs des pages spécifiquement françaises, mais Paris voulait également avoir un droit de regard sur
le reste du journal, pour qu’il reste cohérent. Il révèle que d’autres éditions internationales - notamment celle des Etats-Unis - connaissent des
difficultés de ce genre : "Nous ne sommes pas les seuls à grincer des
dents!".
R. Masson estime que la rédaction de "30 Giorni" est aux mains de la
fraction politique "la plus radicale et la plus idéologique" du mouvement
catholique "Communion et libération". Il trouve dangereux que cela ait pour
conséquence que la politique interfère à ce point avec la foi et espère que
cela ne va pas tarder à créer des tensions à l’intérieur du mouvement.
"Avec cette attaque contre le cardinal Lustiger, pour lequel le pape a une
grande estime, je pense qu’ils se sont déjà fait du tort au Vatican",
souligne-t-il.
"Un reportage normal"
A la rédaction romaine de "30 Giorni", l’un des responsables - qui a
souhaité garder l’anonymat - estime que le dossier polonais de novembre
"était un reportage normal sur la situation polonaise, avec les jugements
politiques qui sont les nôtres, sans rien qui puisse blesser les personnes". Le journaliste italien affirme que les responsables de l’édition
française "ont exercé une censure politique que notre président Marco Bucarelli n’a pas acceptée, en rappelant qu’il n’y a aucune constitution en Europe où existe la censure de la presse, surtout pas la censure politique".
D’Italie, révèle-t-on à la rédaction romaine, malgré l’interdiction de
la diffusion en France, on a toute de même réalisé le numéro de novembre à
10’000 exemplaires. Des fichiers d’adresses de personnalités religieuses et
politiques ayant été achetées - le fichier des abonnés français n’est pas à
Rome -, "30 Jours" a tout de même été distribué en France. "30 Giorni" affirme avoir d’ailleurs saisi la justice pour "rupture de contrat". De
l’avis de la rédaction, il n’est pas normal qu’un éditeur interdise de sortir un numéro pour des questions politiques qui ne relèvent que du directeur de l’édition internationale. Et de préciser que ce directeur, responsable de toutes les éditions internationales, "c’est Antonio Socci, pas les
Français".
Quant au numéro sur l’Eglise en France - qui va être distribué ces prochains jours en France à nouveau à partir de Rome -, de l’avis de l’un de
ses auteurs, il n’y a rien à redire, d’autant plus qu’il est tout à fait
faux, souligne-t-il, de prétendre que cet article est "anti-juif". Il confirme que la phrase sur le cardinal Lustiger qui a fait scandale en France
- "Peut-être quelques chrétiens de droite, s’ils avaient eu comme archevêque saint Pierre lui-même, auraient découvert avec horreur qu’il était lui
aussi juif. Mais sûrement tous, lisant les Actes des Apôtres, auraient pu
découvrir que le juif Pierre, confronté à ses frères selon la chair, était
porteur d’une espérance que n’a pas le cardinal Lustiger" - a été traduite
"à peu près correctement". L’interlocuteur de "30 Giorni" pense que cette
phrase est plutôt pour Paris un "prétexte" pour interrompre la collaboration avec Rome.
Lettres de soutien à la rédaction romaine
"Nous avons reçu 3 à 400 lettres de soutien à la rédaction, pas une n’était contraire à notre position, ce qui nous a beaucoup impressionnés", affirme-t-on à "30 Giorni", qui va publier quatre pages de lettres de lecteurs contre la "censure" venue de Paris. "Archi-faux", lance Robert Masson, qui dispose de copies de lettres de protestation contre le dossier de
"30 Giorni" et de soutien à sa propre ligne. (apic/be)