Paris: grève de la faim pour manifester (150192)
"On est des ’made in France’"
Paris, 15janvier(APIC) "On ne refuse pas la peine qui sanctionne notre
faute, mais après on demande le droit au retour à la vie". Tel est le cri
de 19 immigrés qui ont entamé le 2 janvier une grève de la faim pour
protester contre les mesures d’expulsion qui frappent les immigrés sortant
des prisons françaises. Des déténus de plusieurs prisons se sont joints ces
derniers jours à cette action. Un vaste mouvement de solidarité s’est crée
autour des grévistes.
De nombreuses organisations humanitaires, dont le mouvement contre le
racisme et pour l’amitié entre les peuples MRAP, mais aussi le syndicat de
la Magistrature et le syndicat des avocats se sont engagés dans la lutte
contre "la double peine". La Cimade, le service d’entraide protestant,
s’est engagé directement en hébergeant dans ses locaux les grèvistes de la
faim.
Cette double peine frappe les immigrés qui sont tombés sous le coup de
la loi française. A leur sortie de prison, ils sont frappés d’une mesure
d’expulsion. "Priés" de quitter le pays le plus souvent dans les 48 heures,
certains sont même conduits "manu militari" vers un charter qui les raménera dans leur pays d’origine. Si un immigré refuse de partir la seule solution pour lui est alors d’entrer dans la clandestinité. Ces mesures
d’expulsion touchent 20’000 condamnés, ce qui fait en comptant les familles
quelque 60’000 personnes.
Lofti, l’un des grèvistes, témoigne : "En 1976, on m’a mis en état d’expulsion. Lorsqu’on m’a ouvert la porte de la prison, on m’a dit: ’Tu as
deux jours pour rentrer chez toi’. Alors je suis rentré dans ma banlieue,
mais en tant que clandestin. C’est le cercle vicieux, on n’a plus de papiers, alors on se cache, on devient ’parano’, on ’angoisse’. C’est le début de la marginalisation."
"C’est où chez nous?"
Lorsque ces hommes ou ces femmes retrouvent ce que les autorités
françaises appellent leur pays, que trouvent-ils en fait? Un pays qu’ils ne
connaissent pas et dont ils ignorent parfois même la langue. La plupart ont
grandi en France. A la sortie de l’avion on leur prend leur passeport
qu’ils ne pourront pas redemander avant cinq ans. Ces émigrés deviennent
souvent des marginaux dans l’attente d’une possibilité de rentrer
clandestinement dans le seul pays qu’ils connaissent: la France.
"On est des ’made in France’ on en a marre d’être des clandestins", précisent les grévistes. De fait la France, et c’est là que le bât blesse, se
trouve souvent en contradiction avec sa propre loi. L’article 25 du code
pénal énumère les personnes qui sont de fait protégées contre les mesures
d’explusion. Toute personne née en France, ou bien ayant des attaches depuis plus de 10 ans dans ce pays, ayant femme et enfants français ... ne
peut selon la loi tomber sous le coup de l’expulsion. Or il y a par exemple
parmi les grèvistes de la faim, un homme dont la femme est morte il y a
quelques années, et dont les huit enfants sont tous nés en France. Il est
pourtant sous le coup d’une mesure d’expulsion. Que vont devenir les enfants? Autre cas dramatique: celui des malades qui ne sont pas sûrs de
trouver dans leur pays les structures médicales nécessaires.
"Nous avons un idéal"
"Nous refusons que l’on fasse de nous des piliers du système carcéral,
des piliers de prison" déclarent les manifestants. La plupart des condamnés
désirent pouvoir se réinsérer dans la société. Certains ont même pour idéal
d’aider les autres. C’est le cas de Momo qui "connait le parcours" et qui a
monté dans son quartier des Mureaux, près de Paris, l’association "Solact"
pour éviter aux jeunes le "parcours obligé" grâce une aide scolaire, à la
prévention de la toxocomanie et à des activités sportives.
Pour le pasteur de la communauté des Batignolles à Paris, qui
accueillera prochainement les grèvistes de la faim, il est aussi question
d’idéal: "Tous les dimanches, nous parlons d’accueil, d’attention à
l’autre, aujourd’hui nous sommes placés devant une question de solidarité
concrète et vraie". (apic/ecl/mp)