responsables de l’édition française
"Eviter le risque de confusion entre le politique et le religieux"
Paris, 14janvier(APIC/CIP) Les ponts sont définitivement rompus entre les
responsables de l’édition française du mensuel catholique italien "30 Giorni", - une publication liée à "Communion et libération", un mouvement très
influent en Italie - et la maison-mère de la revue à Rome, l’Instituto
d’Edizione Internazionale (IEI). A Paris, on reproche des "dérives" dans
des dossiers consacrés à la Pologne et à l’Eglise en France. Les quelque
8’000 abonnés de l’édition française vont en être informés incessamment par
une lettre signée par Jean-Claude Cuignet, directeur de la publication, Robert Masson, rédacteur en chef, Annie Chabadel, administratrice pour "La
France Catholique" et Claude Laporte, administrateur pour "Famille chrétienne".
Les responsables de l’édition française avaient déjà informé leurs lecteurs, en novembre dernier, des raisons graves qui les avaient amenés à
demander la suspension de "30 Jours dans l’Eglise et dans le monde", sans
cacher les conséquences éventuelles dont ils sont amenés à leur faire part
aujourd’hui. En effet, expliquent-ils dans une lettre datée du 7 janvier,
la crise a connu depuis "des développements qui nous mettent dans l’impossibilité de poursuivre notre collaboration. Cette décision, nous ne l’avons
évidemment pas prise à la légère, précisent-ils, mais en fonction de nos
responsabilités d’éditeurs catholiques soucieux de servir l’Eglise par une
information de dimension internationale exempte d’esprit partisan, et encore plus d’idéologie. Ce n’était plus le cas depuis un moment".
A l’arrière-plan, il y a l’évolution de l’IEI, la société internationale
d’édition. Quand, il y a trois ans, les partenaires français sont entrés à
l’IEI au titre d’actionnaire minoritaire, leur projet était de "réaliser un
grand dessein d’information internationale et de constituer une équipe internationale pour cela". C’était l’époque où les éditions de "30 Giorni" se
multipliaient (en espagnol, en anglais, en français) et que d’autres s’annonçaient (notamment en allemand).
Or, au lieu d’assister à la mise en place d’une équipe qui corresponde à
ce désir d’internationalisation, les partenaires français sont restés seuls
face à des partenaires italiens, qui ont d’ailleurs changé, expliquent-ils
dans leur lettre: "Les personnalités avec lesquelles nous avions conclu cet
accord ont été écartées, dont le directeur de l’édition internationale qui
a été remplacé sans que nous ayons été consultés l’été dernier. Une équipe
politique issue d’une branche du mouvement ’Communion et libération’ s’est
imposée, et elle s’est radicalisée dans ses choix, non sans risque de confusion entre le politique et le religieux". Un indice parmi d’autres, relève la lettre : le représentant de l’actionnaire français au Conseil d’administration de l’IEI a été remplacé par "un homme politique italien". En
fait, se plaint-on à Paris, il y a eu refus d’internationalisation et éviction de la partie française.
De graves "dérives"
Les partenaires français n’ont pas tardé à constater les effets de ces
"dérives", avec la publication dans "30 Jours" de deux dossiers "révélateurs" consacrés aux élections présidentielles polonaises (novembre 1990)
et à l’Eglise de France (décembre 1990).
Le premier, qui a motivé la décision des responsables de l’édition française à Paris d’en suspendre la parution, prenait clairement parti pour
Lech Walesa et attaquait Tadeusz Mazowiecki, "intellectuel compassé", doublure de la gauche laïque et "expression la plus réussie, comme conception
culturelle et comme image publique, de cet unique pouvoir".
Jugeant que le contenu partisan du dossier - pas exempt d’"insinuations
malsaines" - était peu compatible avec la vocation d’un journal international d’information religieuse, Robert Masson avait fait part de ses réserves
et proposé des modifications pour "corriger le ton de ce dossier et certains de ses excès d’appréciation". La rédaction centrale à Rome avait passé outre et assuré elle-même la diffusion en France du mensuel. Le fichier
des abonnés étant aux mains des partenaires français, "30 Jours" avait été
envoyé au hasard.
Peu suspects de sympathies "de gauche" puisqu’ils sont liés à la galaxie
du groupe Ampère, les responsables français de "30 Jours" allaient être
frappés de stupeur à la lecture du dossier de décembre, consacré à l’Eglise
de France. "Une Eglise vide, un christianisme décimé, invisible et surtout
ennuyeux", pouvait-on lire dans ce numéro consacré à "Notre-Dame du désert", dont l’illustration de couverture montrait en effet Notre-Dame de
Paris s’enlisant dans une mer de sable.
Il y avait surtout, explique aujourd’hui la lettre adressée aux abonnés,
deux pages consacrées au cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris,
"qui sont tout simplement outrageantes pour la foi du cardinal et ses origines juives". Cet article comportait, outre des attaques contre la gestion
de l’archidiocèse de Paris, le rappel des origines juives du cardinal et la
mise en évidence de cette citation: "Je suis juif et je le resterai, même
si cela est inacceptable pour beaucoup". Ou encore une phrase qui a indigné
les responsables de l’édition française : "Peut-être quelques chrétiens de
droite, s’ils avaient eu comme archevêque saint Pierre lui-même, auraient
découvert avec horreur qu’il était lui aussi juif. Mais sûrement tous, lisant les Actes des Apôtres, auraient découvert que le juif Pierre, confronté à ses frères selon la chair, était porteur d’une espérance que n’a pas
le cardinal Lustiger".
Un nouveau projet
Des négociations ont eu lieu à Rome entre les deux éditeurs partenaires
pour clarifier la situation. Mais le désaccord était si total dans l’épreuve de force qui s’était engagée qu’elles se sont soldées par un échec.
"Nous avons tout fait pour sortir du conflit, mais le cours des choses nous
recommandait la fermeté. Les plus hautes autorités de l’Eglise, à Rome,
nous y encourageaient", affirment aujourd’hui les responsables de "30
Jours".
Dans l’immédiat, trois solutions sont proposées aux abonnés par l’éditeur français: le remboursement de la part d’abonnement à "30 Jours"; le
report de cette part restant à courir sur un service correspondant de
"France Catholique" ou de "Famille chrétienne"; le report de l’abonnement
sur une nouvelle revue internationale "en cours d’étude et de montage". Des
informations précises seront fournies prochainement sur ce projet, sur lequel les promoteurs préfèrent observer la plus grande discrétion jusqu’à sa
mise au point définitive. (apic/cip/pb/cor)