Paris: conférence de Doïna Cornea à la Sorbonne
Paris, 18 mars 1991 (APIC) Quelque 300 personnes ont assisté vendredi 15 mars à Paris à la conférence de Doïna Cornea, une des principales résistantes au régime de Ceausescou. Au-delà de son témoignage sur la situation passée et actuelle en Roumanie, elle décrit la manière utilisée par une dictature pour briser ce qu’il y a d’humain en l’homme et comment il existe en toute personne une dimension qui permet de résister à de tels traitements.
Il y a dans dans tout être humain quelque chose de plus profond que les mots et qui lui permet de s’élever contre toute forme de dictature. Cette force qui relève du spirituel et du moral est une logique qui transcende tout calcul, tout raisonnement, toute volonté. Une force qui fait que, tôt ou tard, les dictateurs doivent reculer. A la racine de cette force: le désir de liberté inscrit au coeur de tout homme, relève l’oratrice.
"Liberté"
En donnant le titre "Liberté" à son dernier livre, Doïna Cornea a voulu dire à nos sociétés, qu’elles soient de l’Ouest ou de l’Est, que la liberté est une dimension intérieure qui est "d’ordre métaphysique"; qu’elle ne cohabite par conséquent ni avec l’opportunisme, ni avec l’hypocrisie, le mensonge et la lâcheté: Elle implique des exigences "de vérité" avec pour corollaire "la joie intérieure, un sentiment de plénitude et d’enthousiasme".
Selon Doïna Cornea, "les prisons ont été, pour les détenus politiques, une école de liberté. "Le totalitarisme peut donc, en ce sens, aider l’homme à se libérer".
Face au totalitarisme
Le totalitarisme détruit la liberté parce qu’il oblige l’homme à se soumettre aux intérêts politique d’un homme. Pour cela, tous les moyens sont bons: la peur, le mensonge, la manipulation, la violence; tout ce qui fait que l’"autre" devient objet dont on se sert et non plus sujet avec qui on parle.
Au niveau de l’individu, on assite alors à l’émergence d’"une conscience d’esclave", une conscience amoindrie, fermée aux autres, repliée sur elle même, sans accès "aux valeurs libératrices de l’esprit". La Roumanie se trouve aujourd’hui entre une révolution et une contre-révolution, entre la conquête d’une démocratie fragile et le totalitarisme encore présent dans le pouvoir comme dans les institutions.
Aujourd’hui, dit Doïna Cornea, "il y a plus de liberté, mais les consciences ont été abruties par des années d’autoritarisme. Et pourtant, en dépit des difficultés à s’organiser, des mouvements de résistance se font jour parmi les étudiants et les cadres, mais aussi parmi les ouvriers et les paysans qui commencent à comprendre qu’ils ont été trompés par le ’nouveau’ régime".
La force du spirituel
La liberté spirituelle est la condition indispensable au renouvellement des structures sociales, mais aussi à la liberté individuelle. "Sans la liberté, dit Doïna Cornea, nos actes ne nous appartiennent pas comme des actes moraux. Dans le monde moderne qui privilégie la quantité, la vitesse et l’espace, la technique, l’argent et la consommation, on a besoin de ’prophètes’ qui nous rappellent l’importance de la qualité de l’être". Pour l’oratrice, le mensonge et la violence du pouvoir entraînent l’homme sur la pente de la peur, du mensonge, de l’hypocrisie et, par voie de conséquence, sur celle de la déshumanisation. Et de conclure: "Après le 22 décembre 1989, le pouvoir n’a pas instauré des conditions salutaires pour le peuple, il en portera la responsabilité devant l’histoire". (apic/ecl/pr)