Paris: colloque sur le rôle des femmes dans l’Eglise (200192)
femmes dans les religions monothéistes
Paris, 20 janvier(APIC) Qu’en est-il aujourd’hui de la condition socio-religieuse des femmes? Dans les trois religions monothésites, la femme semble
définitivement vouée à une minorité religieuse qui l’exclue, notamment des
fonctions cultuelles majeures. Et la société laïque, quel rôle lui laisset-elle jouer? En fin de semaine dernière, trois hommes et trois femmes venant du judaïsme, du christianisme et de l’islam, se sont retrouvés au Centre Pompidou, à Paris, pour débattre de ces questions. Quelque 250 personnes, dont une majorité de femmes, ont participé à cette rencontre dans le
cadre d’une série de conférences traitant "De la différence des sexes".
De l’époque biblique à nos jours, la différence physiologique des femmes
a dégénéré en ségrégation à l’égard des femmes. Depuis le juif pratiquant
qui, chaque matin dans sa prière, "remercie l’Eternel de ne l’avoir pas
fait femme", jusqu’à l’islam où la femme est "mineure", ce qui ne signifie
pas pour autant qu’elle est "inférieure", en passant par l’Eglise catholique qui "refuse aux femmes l’accès à la fonction sacerdotale"... la femme
semble bien être vouée aux travaux ménagers, au soin d’éduquer les enfants... A noter, aussi, "que les diverses instances religieuses lui confient volontiers des tâches qui ont été pensées et définies par des hommes".
De l’usage à la tradition
Chacun des intervenants a convié l’auditoire à une remontée dans le
temps, aux sources de sa tradition. Et là, que ce soit dans la Bible, dans
les premières communautés chrétiennes ou dans l’islam, "le tableau n’est
guère réjouissant". Selon la Talmud (le livre qui fixe la loi religieuse en
Israël), les mérites de la femme consistent à "envoyer son mari et ses fils
étudier la Torah". Ce qui signifie que c’est elle qui doit travailler pour
nourrir la famille. "Les mérites lui viennent, en quelque sorte, par délégation".
Dans l’Evangile, "Jésus prend les femmes comme des êtres à part entière", a précisé Hervé Legrand, directeur d’Etudes à l’Institut catholique de
Paris. "C’est même à elles qu’il confie le soin de porter la Bonne Nouvelle
de la résurrection". Certains parmi les catholiques présents auront découvert non sans surprise qu’au 1er siècle de notre ère les femmes avaient le
droit d’enseigner dans l"Eglise primitive". "Mais très vite, elles n’auront
que des devoirs... dont ceux de se couvrir la tête et de se taire".
Quant à l’islam, ainsi que l’a fait remarquer Slimane Zéghidour, écrivain et journaliste, "il a repris le statut de la femme du Talmud". La femme est donc "mineure", mais pas "inférieure". Cette distinction a fait naître des murmures dans l’assistance. La femme, a poursuivi l’écrivain islamique, "a moins de foi et de raison que l’homme, parce que une semaine par
mois, pour des raisons d’ordre biologique, elle est exclue de la mosquée".
Ce qui n’est évidemment pas le cas des hommes!. Face aux réactions de la
salle devant les phénomènes autorisés de la polygamie et de la répudiation,
l’orateur s’est empressé de faire la différence entre les textes "purs et
durs" de l’islam et la pratique quotidienne "qui le serait moins.
Et la laïcité?
S’il en est ainsi dans les grandes religions, qu’en est-il dans la société laïque? Dans son exposé, Jean Baubérot, président de la section des
sciences religieuses de l’Ecole pratique des Hautes Etudes, a démontré que
la France laïque n’a pas toujours été à la pointe du combat en faveur de
l’égalité des femmes. "Dans le combat des deux France, la France laïcisatrice défendait des valeurs congruentes avec l’émancipation de la femme. Il
est aussi exact qu’il n’y a pas eu de loi dans le domaine de l’égalité des
hommes et des femmes. En matière civile, par exemple, l’égalité en ce qui
concerne le droit de vote ne viendra qu’en 1946".
Aujourd’hui, la situation de la femme varie selon les religions. En terre d’islam où le mariage est une obligation, la femme doit obéir en tout à
son mari. Dans une certaine frange du judaïsme, le judaïsme dit "libéral"
ou "réformé", ça "bouge". Des femmes y reçoivent l’ordination rabbinique,
elles peuvent lire la Torah pendant le culte, etc... Mais du côté de certaines femmes appartenant à la tendance dite "orthodoxe", ça "bouge aussi".
Côté christianisme... Les protestantes ont depuis 1964 l’accès officiel à
la fonction de pasteur. L’Eglise catholique, quant à elle, ne reconnaît
toujours pas aux femmes le droit d’exercer la fonction sacerdotale. Pour
Hervé Legrand, ce qui est en cause, c’est le "partenariat entre hommes et
femmes". Un domaine où, a-t-il conclu, "l’Eglise devrait faire oeuvre
d’éducation". (apic(ecl/pr)