Paris, 18mars(APIC) Au cours d’un colloque organisé par l’Académie diplomatique internationale à Paris sur le thème: "L’action du magistère de
l’Eglise catholique dans les pays en voie de développement", plusieurs intervenants, historiens ou économistes ont tenté de réfléchir sur le rôle de
l’Eglise catholique en faveur du développement, notamment à la lumière de
la récente encyclique de Jean Paul II.
Joël-Benoît D’Onorio de l’Université d’Aix-Marseille, a tout d’abord
rappelé les encycliques des souverains pontifes, montrant l’intérêt déjà
ancien de l’Eglise catholique pour les pays pauvres et le changement intervenu avec la décolonisation. De préoccupation uniquement spirituelle, la
mission de l’Eglise s’est attachée aussi au développement culturel, politique et humain des pays pauvres.
A cet égard, l’encyclique "Sollicitudo rei socialis" confirme le cri de
Paul VI dans "Populorum Progressio". Elle souligne d’une part, la dimension
morale de l’aide aux pays en développement. En se fondant sur la notion de
dignité de l’homme, l’Eglise ne peut rester indifférente à l’humanité et
cette responsabilité envers les plus pauvres n’est pas seulement collective, mais personnelle. L’action en faveur du développement a, d’autre part,
une dimension anthropologique et humaine, qui distingue néanmoins développement de l’homme et développement des biens. L’aide au développement ne
doit pas être une religion de progrès.
Trois intervenants ont ensuite précisé l’évolution de la pensée de
l’Eglise à travers les encycliques. Centrés sur la défense des Droits de
l’Homme, les textes pontificaux développent avec Jean Paul II la notion de
droit à la paix et abordent plus récemment la question de l’endettement international.
L’Eglise défenseur des Droits de l’Homme
M. Jean Dupuy, professeur au collège de France et membre de la délégation du Saint-Siège à la Conférence sur la sécurité et la coopération en
Europe à Helsinki, a rappelé l’importance de la notion de fraternité universelle comme norme essentielle pour l’interprétation et l’application des
Droits de l’Homme. Et il a ensuite insisté sur la dimension communautaire
de ces droits dans laquelle l’homme est considéré comme un être en relation
ce ,qui implique, certes, des formules de développement auto-centré, mais
aussi l’appel à des concours extérieurs.
Le point le plus novateur de l’approche de l’Eglise catholique en matière de Droits de l’Homme, tel qu’il a été exprimé à Helsinki, a surtout
porté sur sa proposition de considérer les Droits de l’Homme comme patrimoine commun de l’humanité. Pour l’Eglise catholique, la notion classique
de réciprocité, applicable en Droit international au traités, résolutions
et actes internationaux, n’a aucune valeur en matière de Droits de l’Homme,
car c’est un domaine qui ne se marchande pas.
Droit de la paix et endettement international
Mgr Jorge Mejia, vice-président de la Commission pontificale Justice et
Paix à Rome, a ensuite mis en évidence l’apparition d’un nouveau droit, le
droit à la paix, Dans plusieurs séries de textes pontificaux dus à Jean
Paul II, lors de son voyage en Afrique en 1980 et dans deux messages
adressés au hauts fonctionnaires des Nations Unies.
Le Père Philippe Laurent, jésuite, du Centre de Recherches et d’Action
sociale, a indiqué que l’endettement international est devenu une préoccupation majeure du pape Jean Paul II depuis quelques années: celui-ci estime
que la question est grave, urgente et complexe. Avec un endettement mondial
de 1,2 milliards de dollars, les pays pauvres voient en effet leur stabilité intérieure menacée. Reprenant le texte de la Commission "Justice et
Paix" intitulé "Au service de la communauté humaine, une approche éthique
de l’endettement international", le Père Laurent a insisté sur la signification morale de l’endettement international. La dette constitue en effet
une menace pour la paix intenrationale et, dans la mesure ou elle requière
pour être jugulée, des politiques d’austérité, il est souhaitable que celles-ci ne soient pas imputées aux plus défavorisés.
L’Eglise médiateur
La seconde partie du colloque a été consacrée à l’action de l’Eglise
catholique dans les pays en voie de développement. M. Gilbert Apollis, professeur à l’Université de Montpellier, a en particulier montré le rôle de
médiateur du Saint-Siège dans l’affaire du partage des mers australes entre
l’Argentine et le Chili. Cette médiation apparaît à ses yeux comme exemplaire, d’une part, de la conception de l’Eglise de la société et de son
Droit international, et d’autre part, parce qu’elle a permis une reprise de
la coopération au plan international.
L’Eglise catholique en Afrique Noire
M. Maurice Glélé, directeur de la Division des Etudes et des Politiques
culturelles à l’UNESCO, est intervenu à son tour sur le rôle de l’Eglise
catholique en Afrique Noire. Il a fait remarquer en premier lieu que l’important n’est pas tant dans quelle mesure l’Eglise peut contribuer au développement que le développement de l’Eglise en Afrique. L’Eglise catholique,
qui rassemble aujourd’hui 72 millions de fidèles contre 48 millions en
1975, représente une puissance par son message et une structure et un dynamisme par l’espoir qu’elle suscite dans les populations africaines.
Elle se voit cependant confrontée à plusieurs défis, notamment les tensions croissantes entre les différentes confessions religieuses existantes
en Afrique, particulièrement l’Islam, et l’explosion d’Eglises qui apparaissent plus vivantes et fraternelles que l’Eglise catholique. Elle doit
par ailleurs relever le défi posé à ses missionnaires, parfois tentés par
le rôle de "laboureurs développementaristes". Est-ce son rôle, se demande
M. Glélé. Pour lui, l’Eglise devrait s’attacher à concillier foi et vie
quotidienne. Dans ses rapports avec la société, elle devrait aussi agir
avant tout en faveur de la justice et de la paix, "avoir le courage de
dénoncer l’exploitation des pauvres, la corruption des cadres dirigeants,
les injustices, par rapport aux faibles". Elle a pour mission d’éveiller
les consciences, de faire naître des adultes qui prennent leur destinée en
main.
Mgr Orlando Panlikan, membre du Collège philipin à Rome, a pour sa part
évoqué le rôle de l’Eglise catholique dans l’évolution politique de son
pays et ses prises de position en faveur des plus pauvres, notamment à travers la théologie de la libération.
En conclusion du colloque, Mgr Meija, a constaté la pluralité des formes
d’enseignement et d’action de l’Eglise en faveur des pays en voie de dévelopement et son courage à se prononcer sur les questions les plus brûlantes
du développement, sans pour autant s’écarter de sa mission. Pour l’avenir,
il propose de centrer la réfexion sur les nouvelles voies qui peuvent
s’ouvrir à l’Eglise pour lutter contre le sous-développement par sa présence dans les pays pauvres ou par sa collaboration avec les instances internationales ou nationales. (apic/vb/bd)