Pour un "Code international de bonne conduite"
Paris, 16novembre(APIC) Un colloque a réuni à Paris le vendredi 13
novembre plusieurs centaines de participants sur le thème: "La dette du
Tiers-Monde: un Code international de bonne conduite". Le colloque était
organisé conjointement par la Commission française "Justice et Paix", la
Commission sociale, économique et internationale de la Fédération
protestante de France, le Groupe d’aide aux réalisations pour le
développement et le Centre de recherches et d’informations pour le
développement qui regroupe une trentaine d’associations de solidarité dont
le CCFD et la CIMADE.
Face à l’accroissement vertigineux de la dette des pays du Tiers-Monde
(plus de 1.000 milliards de dollars) et l’échec relatif des mesures prises
par le FMI, la Banque Mondiale et les principaux créanciers, la nécessité
d’un effort s’impose de fait à la communauté internationale, compte tenu de
l’ampleur des enjeux humains et éthiques. Les organisateurs du colloque
proposent donc l’élaboration par tous les partenaires d’un Code de bonne
conduite pouvant servir de base à la mise en place de rapports nouveaux
entre créanciers et débiteurs. Ce Code pourrait s’appuyer sur les cinq
principes suivants : rendre à nouveau positifs les flux financiers en
direction des Pays en voie de développement, insérer les problèmes de la
dette dans le cadre prioritaire des programmes de développement, considérer
comme illégitime la part de la dette ne correspondant à aucune réalisation
réelle, limiter les remboursements à une fraction des recettes
d’exportation, atténuer dans l’immédiat le poids de la dette pour les pays
et les populations les plus vulnérables.
Parmi les intervenants, on peut mentionner M. Jean Daneth, de la Banque
Mondiale, M. André Postel-Vinay, ancien directeur de la Caisse centrale de
coopération économique, M. Edgar Pisani, ancien ministre, M. Yves Berthelot, secrétaire général adjoint de la CNUCED, Mgr Fauchet, président de la
Commission Justice et Paix, M. Jack Stewart, président de la Fédération
protestante de France, etc. La plupart d’entre eux ont souligné la pertinence de la démarche, dans la ligne notamment des travaux de la 7ème conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement tenue à Genève en juillet 1987 et du document de la Commission pontificale Justice et
Paix qui avait pour titre "Une approche éthique de l’endettement international".
Le troisième principe visant à considérer comme illégitimes les dettes
ne correspondant pas à une réalisation réelle dans le pays concerné, a cependant suscité un certain scepticisme, compte tenu de l’utilisation souvent irrationnelle des crédits accordés, sans parler de la fraude, des dettes correspondant à des marchés militaires ou des prêts consentis par des
banques sans affectation précise ni contrôle, ... "L’énorme faillite à laquelle nous assistons, ce n’est pas seulement une faillite financière,
c’est la faillite de l’ensemble d’un système de relations entre le monde
occidental et le monde sous-développé, d’un système où l’esprit de solidarité ne joue qu’un rôle tout à fait mineur, d’un système largement vicié
par les appétit d’argent et les politiques qui servent ces appétits", a, en
quelque sorte, résumé M. Postel-Vinay.
Plusieurs intervenants représentants notamment les pays du Tiers-Monde,
ont pour leur part souligné que toute solution au problème de la dette
devrait nécessairement s’accompagner d’une réflexion globale sur la question du sous-développement : fixation arbitraire des cours des matières
premières, investissements capitalistiques, agriculture tournée vers l’exportation etc. (apic/vb/bd)