2ème anniversaire de la Déclaration mondiale des droits de l’enfant
40 millions d’enfants vivent aujourd’hui dans des conditions inhumaines
Paris, 21novembre(APIC) "Nous n’avons pas le droit de nous taire, il faudrait pouvoir hurler lorsque des enfants sont avilis par la prostitution
dès leur plus jeune âge, lorsqu’on leur enlève des organes pour les transplanter sur des enfants occidentaux, lorsque des enfants disputent aux
chiens leur nourriture..." Ce cri du coeur de Soeur Emmanuelle du Caire résume bien les discussions de la table ronde tenue à l’UNESCO du 18 au 20
novembre à l’initiative du Bureau International Catholique de l’Enfance
(BICE) à l’occasion du 2ème anniversaire de la Déclaration mondiale des
droits de l’enfants.
Aujourd’hui, 40 millions d’enfants vivent dans des conditions inhumaines: faim, drogue, prostitution, sida, violence sont leur lot quotidien.
L’association parisienne "Aux captifs la libération" et le BICE, par la
voix de neuf témoins directs qui assurent une présence d’Eglise auprès des
pauvres et des enfants dans les grandes villes du monde, ont crié leur colère, mais aussi leur espérance. En choississant cette date la table ronde
présidée par Mgr Frikart, représentant le cardinal Lustiger, archevêque de
Paris, le BICE entendait rappeler le 20 novembre 1989, date à laquelle
était signée la Déclaration des droits de l’enfant.
Deux ans déjà ! Et pourtant les choses ont-elles vraiment changé pour
ces 40 milllions d’enfants à travers le monde? On les trouve en Asie, en
Afrique, à Paris, à New York, au Canada, en Amérique latine ou au Caire.
Les visages évoqués, quelle que soit la couleur de peau, sont marqués par
la faim.
Comment se nourrir quand on n’a que huit ans et que l’on est seul ?
Le Père François Lefort, prêtre et médecin français au service de la Caritas de Mauritanie, demande: "Comment se nourrir à 8 ans lorsqu’on est
seul?". Travaillant auprès des enfants de la rue de Nouakchott, il a rencontré l’été dernier, quatre gamins de 12 ans qui venaient d’enterrer un
enfant de 10 ans sans l’aide d’aucun adulte. "Ces enfants vivent dans la
peur des adultes qui les battent, les violent, les volent - certains membres de la police ne sont d’ailleurs pas les derniers à les agresser - et
les mettent en prison. "Quel sens peut avoir une société où des enfants se
droguent "avec des comprimés périmés qui arrivent d’Occident par la valise
diplomatique?".
Le Père Mansour Labaky a recueilli des orphelins, des affamés, des mutilés de la guerre du Liban. "Ceux qui sont issus de foyers où la tendresse
était souveraine reviennent à la lumière avec une capacité de vie et
d’amour enracinée en eux pour toujours... les enfants du divorce ou de rencontres de hasard, sans repère de continuité, sans repère de conscience et
d’amour, ont de grandes chances de devenir délinquants, drogués, casseurs."
Des enfants battus à mort par la police
Soeur Marie-Rose Mc Geady, de New York, présidente des "Maisons de l’Alliance" qui accueillent des jeunes qui ont des problèmes d’alcool, de drogue ou de santé et des jeunes mères sans foyers ni ressources, explique:
"Il y a 100.000 adolescents dans la rue aux Etats-Unis et 150.000 au Canada. Chaque jour 60 enfants ou jeunes demandent à entrer dans nos maisons".
Et de dénoncer l’effondrement de la famille comme cause principale des drames que vivent tant d’enfants. Au Guatemala l’association lutte contre les
assassinats d’enfants: "Nous avons dans le jardin d’une de nos maisons 45
tombes d’enfants de moins de 12 ans battus à mort par la police ou tués par
balles".
Le Père Tritz vit à Manille, aux Philippines; il essaie de mettre sur
pied, avec l’aide de l’UNESCO et de l’UNICEF, un système qui permette à
chaque enfant d’avoir dès la maternelle un maximum de chances, car pour lui
l’égalité des chances se joue dès ce moment là. Pour le Père Garcia , de
Bogota, il faut "aller là où se trouvent les enfants et les aborder avec
tendresse". Il y a en Colombie 60.000 enfants dans les rues et 1.500.000
qui peuvent à tout moment être abandonnés. "L’enfant abandonné est le
produit naturel d’une société structurée en classes sociales et basée sur
le gain", lance le Père Garcia qui a donné encore d’autres chiffres qui
font frémir: "le continent sud-américain compte 450 millions de personnes,
dont 150 millions vivent dans un état de pauvreté absolue et dont 175
millions ont moins de 15 ans".
Apprenez à nous regarder avec tendresse
Le Père Patrick Giros, de l’Association "Aux captifs, la libération", a
relevé qu’à Paris aussi, des jeunes et des enfants vivent et meurent dans
la rue. "Au lieu de les faire disparaître dans le mépris, l’exploitation et
la mort, il faut les faire réapparaître".
Une religieuse de la Charité de Nevers, Soeur Paule Farabollini qui vit
depuis 10 ans à la mission catholique de Bangkok, a laissé les enfants
thaïlandais parler de leur présent et de leurs rêves. Un garçon de 14 ans
voudrait ainsi devenir plus tard "bonze pour ne plus faire de péchés".
Bouakao, une petite prostituée de 15 ans, dit avoir peur du regard des
gens: "Je m’y vois voleuse, menteuse, souillée... apprenez à nous regarder
avec tendresse." Cette tendresse, les enfants l’ont pour leur frères et soeurs qu’ils aident en dépit de leur propre détresse: Petite Grenouille est
née sans bras: "Je suis un être humain. Votre pitié m’écrase. Je mendie,
mais c’est mon travail. Grâce à moi, ma soeur et mon frère peuvent aller à
l’école."
Esprit de créativité et de débrouillardise pour survivre
Yvette Pierpaoli, chef d’entreprise 20 ans durant, est maintenant
"humanitaire à plein temps". Le déclic lui a été donné par deux fillettes
de 5 ans qui jouaient à la marelle dans le quartier de la prostitution à
Bogota: "Veux-tu m’embrasser comme si tu étais ma maman?" lui a dit l’une
d’elles. "Les enfants sont capables de survivre par leur esprit de
débrouillardise et de créativité ... il suffit de leur donner les moyens de
réaliser leurs rêves". Et Mme Pierpaoli d’évoquer tous ceux qui s’en sont
sortis "en fabricant des croissants, en assurant des services de petit
déjeuner dans les entreprises, etc... Tout cela parce qu’on leur avait fait
confiance et donné les quelques dollars nécessaires au démarrage de leur
"entreprise".
A l’instar du cardinal Lustiger, pour qui "la marginalité dévoile le
centre caché de la ville", l’abbé Pierre s’est écrié: "La marginalité
dévoile que la ville n’a pas de sens!", avant de conclure la rencontre par
ces mots empruntés à Paul Claudel: "Vous qui voyez, dites, qu’est ce que
vous en faites de la lumière?" (apic/ecl/mp)