Paris: 312 familles africaines campent à Vincennes (230792)
Fribourg, 23juillet(APIC) Depuis deux mois 312 familles africaines, maliennes pour les deux tiers ont installé un campement à Vincennes dans le
12e arrondissement de Paris. Elles exigent un logement définitif. Quelque
1600 personnes dont 976 enfants sont concernés. Les conditions de vie sont
devenues précaires sous les abris de fortune de toile multicolore, la Préfecture de police ayant interdit les tentes et les lits. Lors des premières
semaines, écrit le quotidien catholique "La Croix" dans un article qu’il
consacre à ce problème, les forces de l’ordre ont mis en place un blocus
sévère intervenant à la moindre ouverture des parapluies, malgré les averses fréquentes.
Les "Africains de Vincennes" continuent néanmoins de vivre entassés sur
300 m2 de terre battue, entourés de barrières, sans eau courante ni électricité, avec seulement trois W.C. à leur disposition. "Il faut humaniser
le camp", plaide Makan Sidibé, président de Conseil des Maliens de France
(CMF) et porte-parole des familles, qui demande que le préfet autorise
l’installation des tentes, de sanitaires supplémentaires et de points
d’eau.
Certains habitants du camp témoignent: "Je suis déçue par la France",
dit Mah Traoré". Nous vivions avec trois enfants dans un studio de 15 m2
dans le 18e arrondissement. Depuis sept ans nous attendons un logement social demandé à la mairie du XVIIIe. Le 19 mai dernier, en fin de bail, nous
avons été expulsés du studio par le propriétaire, qui voulait vendre. Dans
cette situation nous avons eu écho de l’existence du camp, nous sommes là
et nous resterons jusqu’à l’obtention ou la proposition d’un logement que
nous serons en mesure de payer. Toutes les familles n’ont pas les mêmes revenus que Mah et Samba, son mari, (salariés avec environ 12000 FF nets par
mois - environ 4’000 francs suisses), 163 d’entre elles gagnent plus de
8000 FF, d’autres n’ont pas plus de 4000 FF. Une cinquantaine de ces foyers
comptent entre 7 et 17 enfants. La plupart des chefs de ces familles sont
des salariés qui sont arrivés en France entre 1960 et 1980 et qui ont toujours payés leurs impôts.
Une lueur d’espoir
Pour protester contre cette situation l’Abbé Pierre a réfusé la distinction d’officier de la Légion d’honneur offerte par le gouvernement français. Il a lancé un appel aux autorités, en exigeant que l’on applique la
loi de 1945 qui demande la réquisition de logements vides pour les sans-logis. Le ministre du logement, Marie-Noëlle Lienemann, a annoncé qu’elle acceptait cette requête et a promis son application urgente. Depuis mercredi
dernier l’annonce de la réquisition des locaux vacants pour les sans-logis
a soulevé l’espoir chez les Africains dans le campement de Vincennes.
Dans quelques semaines 182 personnes, dont 80 enfants, auront peut-être
le droit de pouvoir dormir dans un lit, prendre une douche, manger dans de
la vaisselle propre. La reconnaissance de ce droit à la dignité ne doit pas
créer un sentiment de triomphalisme. Se basant sur une étude présentée par
le CMF sur les diverses situations des familles et complété par une enquête
des services de la Préfecture, le ministre du logement a précisé que parmi
ces 312 familles il n’y avait en fait "que deux familles non logées et quatorze en voie d’expulsion; les autres sont mal logées, parfois très mal logées".
Il sera donc offert des logements "en priorité absolue", aux seizes familles sans-logis, explique M-N. Lienemann, tandis que les 100 autres cas
prioritaires présentés par le CMF se verront à nouveau proposer des logements provisoires. Mais ces logements provisoires ont été réfusés par les
délégués maliens, qui affirment que les conditions d’hygiène et de sécurité
n’étaient pas réunies dans des baraques de chantier et des foyers d’éducation surveillée parfois et trop éloignés de leurs lieux de travail.
Makan Sidibé, président du CMF réfute la distinction faite entre non-logés et mal logés en parlant d’une majorité de familles qui n’ont jamais eu
un bail en mains, ayant vécu dans des foyers, des meublés, des hôtels et
qui veulent au moins une garantie écrite d’obtenir à échéance un logement
definitif. Dans le désespoir, un des vieux du camp qui affirme, feuilles de
salaire à l’appui, avoir travaillé vingt trois ans en France, ne cherche
plus de réponse à son triste sort: "Il n’y a pas d’explication, c’est de
l’exclusion". L’abbé Pierre en apprenant les mesures annoncées par le ministre du logement a déclaré "c’est un bon début".
"La réquisition n’est pas la solution à tous les problèmes" déclare de
son côté Michel Legros, directeur de recherche au Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie). Pour lui, la décision à un caractère, politique mais elle est très forte sur le plan symbolique". Il est important qu’un gouvernement reconnaisse ainsi le droit au
logement."Cela étant, il faut bien voir que la mesure ne concerne que des
bâtiments publics ou des hôtels en suspension provisoire. Ce qui, finalement, répresente qu’une petite partie du parc locatif. La réquisition n’est
pas non plus la solution à tous les problèmes. Il faut ensuite que les gens
relogés aient les moyens de payer le loyer de ces logements. Autre obstacle
à la réquisition : il n’y a pas autant de logements vides qu’on l’imagine".
Les études réalisées par l’INSE en 1990 donnant le chiffre de 118’000 logements vides sur Paris est à prendre avec beaucoup de précautions. (apic/cxak).