Paraguay : l’Eglise espère améliorer ses relations avec l’Etat (070289)
Asuncion, 7février(APIC) C’est avec un "optimisme prudent" que l’Eglise
catholique au Paraguay juge le nouveau gouvernement qui s’est installé à la
tête de l’Etat après le renversement du dictateur Alfredo Stroessner. Les
évêques espèrent une nette amélioration des relations entre l’Eglise et
l’Etat qui étaient "très mauvaises et très tendues" dans les derniers mois
du régime de Stroessner.
Mgr Ismael Rolon, archevêque d’Asuncion, a déclaré qu’il avait de
"grands espoirs" que le nouveau gouvernement du général Andres Rodriguez
entreprenne des réformes. Le général Rodriguez a d’ailleurs annoncé des
élections générales pour le 1er mai prochain. Il a également annoncé la
levée de l’interdiction des partis politiques, à l’exception du parti communiste. L’opposition - qui était jusque-là muselée - affirme que le délai
qui lui est laissé pour faire campagne est trop court.
Les évêques ont d’autre part estimé que le nombre des victimes des combats entre partisans et adversaires du dictateur déchu donné par la presse
est "fortement exagéré". Les journaux ont parlé de 300 morts. Ils ont cependant également mis en doute les chiffres officiels de 17 victimes du
putsch. Notons que l’Eglise catholique au Paraguay, plutôt modérée, a fait
l’objet ces derniers mois de violentes attaques de la part du régime de
Stroessner, qui n’hésitait pas à la qualifier de "subversive". L’Eglise
avait vainement tenté ces dernières années de chercher le dialogue avec le
pouvoir à travers la mise sur pied d’un "Dialogue National", mais le
général Stroessner était resté sourd à tous les appels à la libéralisation
de la plus vieille dictature d’Amérique latine.
Pas de liberté sans participation
Lors de sa visite au Paraguay en mai 1988, le pape avait consacré une
rencontre avec les "constructeurs de la société", c’est-à-dire tous ceux
qui sont actifs dans le monde de la culture, de l’éducation, de l’entreprise et de la politique. Cette initiative n’avait pas été du goût des autorités et avait suscité un vif débat avec l’épiscopat paraguayen. Le pouvoir
aurait aimé annuler cette rencontre "pour des raisons de sécurité", mais
surtout parce que se trouvaient parmi les invités "des éléments subversifs", c’est-à-dire des membres de l’opposition. Le pape avait à cette occasion rappelé qu’"on ne peut parler de vraie liberté et encore moins de
démocratie là ou il n’y a pas de participation réelle de tous les citoyens
aux grandes décisions qui concernent la vie et l’avenir de la nation".
(apic/kna/be)