Paraguay: des évêques latino-américains dénoncent (081090)
Ypacarai, (Paraguay), 8octobre(APIC) 13 évêques du Brésil, d’Argentine et
du Paraguay viennent de rendre publiques les conclusions d’une rencontre
épiscopale qu’ils ont tenue cet été à Ypacarai (Paraguay) dans le but de
débattre de la pastorale catholique avec les peuples indiens de ces trois
pays. Dans leurs conclusions, les évêques demandent que "l’on rompe avec
l’ethnocentrisme culturel et religieux qui perpétue et reproduit le système
colonial et que l’on s’éloigne d’un modèle d’Eglise de chrétienté marqué
d’un style pastoral importé d’Europe. Pour ces évêques, dont le président
du Conseil indigéniste missionnaire (CIMI), Mgr Erwin Kräuter, évêque de la
Prélature de Xingu, au Brésil, il s’agit d’expérimenter "les exigences
d’une nouvelle évangélisation". Cette rencontre est aussi une contribution
à la préparation de la 4e Conférence épiscopale latino-américaine qui aura
lieu en 1992 à Saint-Domingue, en République dominicaine.
Accompagnés par des agents pastoraux travaillant avec des communautés
indiennes, les évêques participants à la rencontre d’Ypacarai ont non seulement voulu faire une évaluation du travail pastoral entrepris jusqu’ici
dans ce domaine de la pastorale de l’Eglise , mais aussi donner une contribution pour la future rencontre du Conseil Episcopal latino-américain (CELAM) de Saint-Domingue.
Les participants rappelent que les différents peuples indiens du Sud de
l’Amérique Latine sont menacés physiquement et culturellement par le manque
de terres et la liquidation de leurs ressouces naturelles dus aux multiples
invasions du progrès technique moderne qui méprisent totalement leur mode
de vie et leur identité culturelle. Les évêques s’en prennent aussi à l’invasion de sectes et de groupes religieux fondamentalistes qui divisent les
communautés.
Selon les évêques, les conditions de vie imposées aux communautés indigènes représentent pour l’Eglise catholique autant de défis qu’il convient
de relever "pour répondre aux exigences d’une nouvelle évangélisation". Il
faut, disent-ils, "éviter non seulement la pastorale importée d’Europe,
mais aussi une certaine mentalité fataliste qui ne donne plus aucun crédit
au futur des communautés indiennes". D’autres défis pour l’Eglise catholique en Amérique latine: "Ne pas séparer promotion humaine et évanglisation,
ne pas identifier l’Eglise avec le Règne de Dieu et ne pas tomber dans un
paternalisme missionnaire".
D’après la "Déclaration d’Ypacarai", qui reprend les principales conclusions de la rencontre, "la nouvelle évangélisation signifie le retour à ’la
vie apostolique’ de la fraternité, dans l’esprit de Pentecôte, qui réunit
dans l’unique langue de l’amour la diversité des peuples". La nouvelle
évangélisation, affirment les évêques, "c’est la décolonisation et l’inculturation libératrice. Et ’inculturer’ aujourd’hui, c’est nous ouvrir positivement à la pluralité des cultures présentes dans le continent latinoaméricain en assumant les richesses variées de ces différentes cultures".
Les évêques soulignent en outre l’existence en Amérique Latine de peuples pluri-ethniques et pluri-culturels capables de faire germer l’Evangile
en communautés originales. Il faut, continuent-ils, "créer un espace afin
que les peuples indigènes puissent développer de véritables Eglises autochtones et trouver des vocations indigènes pour les différents ministères.
Enfin il faut veiller à donner aux missionnaires issus d’autres cultures
une préparation suffisante qui leur permette une approche respectueuse de
la culture des Indiens".
Une position que n’est pas loin de partager Mgr Nestor Rafael Herrera
Heredia, évêque de Machala (Equateur). Il a déclaré vendredi au Synode qui
se déroule actuellement à Rome: "Il faut donner la possibilité d’une formation sacerdotale aux indigènes et aux ’campesinos’, sans devoir nécessairement recourir au séminaire traditionnel. Ce dernier, pour l’évêque de Machala, déracine parfois le prêtre autochtone et le rend étranger à sa propre réalité culturelle". (apic/agen/cimi/ba).