Paraguay : après 35 ans de dictature, (051189)
Asuncion, 5novembre(APIC/CIP) 35 ans de dictature, cela laisse des
traces, et l’Eglise paraguayenne a bien l’intention de hâter le processus
de démocratisation de son pays notamment en appuyant le mouvement
populaire. C’est ce que déclare en substance, Mgr Felipe Santiago Benitez
Avalos, archevêque d’Asuncion, la capitale, et président de la Conférence
épiscopale du Paraguay, un pays que Jean Paul II a visité en mai 1988.
Dans une interview diffusée par Radio Vatican au lendemain de la visite
quinquennale (ad limina) des évêques paraguayens à Rome, l’archevêque décrit la situation dans son pays six mois après les élections libres du 3
mars dernier, dont est sorti vainqueur le général Andres Rodriguez. Le Paraguay, qui a vécu de langues années sous l’oppression du dictateur Alfredo
Stroessner, vit actuellement un processus de démocratisation. Un lent processus, déclare Mgr Benitez Avalos, en raison de "l’inertie due à l’autoritarisme, à l’arrogance, à la corruption de nombreuses personnes et institutions". Le prélat regrette que certains continuent de "privilégier la dimension politique au détriment de la vie quotidienne : l’économie, la santé, l’éducation, la politique du logement".
Il s’agit pour l’Eglise, explique l’archevêque, de "combattre une
sous-culture engendrée par trente-cinq années de dictature". Mgr Benitez
Avalos reconnaît que beaucoup de responsables politiques, y compris dans le
gouvernement, sont animés d’une "bonne volonté à suivre le chemin qui doit
conduire à une vraie démocratie".
L’archevêque fait notamment allusion aux revendications des paysans sans
terre. "Cela fait des mois que quelques groupes de paysans se réunissent
devant la cathédrale d’Asuncion pour réclamer des terres à cultiver. Nous
leur disons : l’Eglise est la voix des sans voix. Mais cela comporte une
limite, à savoir que le moment doit venir où chacun, à travers ses
organisations, doit parler, protester, demander... C’est pourquoi un
engagement important pour nous aujourd’hui est d’aider le peuple à
s’organiser".
Interrogé sur cette attitude de l’Eglise, Mgr Benitez Avalo fait état
d’un "changement radical" dans les relations entre l’Eglise et le gouvernement, ce dernier faisant montre de compréhension à l’égard de la mission de
l’Eglise : "Il y a liberté de mouvement, dit-il. Les rencontres où nous
pouvons discuter et échanger nos points de vue sont fréquentes. Le président affirme fréquemment la position qu’il a exprimée au moment de son avènement : respect de l’Eglise, de sa mission et de ses pasteurs. En fait, il
sollicite souvent la collaboration des évêques et les écoute". (apic/jt/bd)