Panorama du mouvement intégriste en Suisse : (080388)
Sion, 8mars(APIC) Contrairement à une opinion répandue, l’impact en Suisse du mouvement intégriste - qui affirme compter quelque 5’000 fidèles qui
fréquentent régulièrement ses lieux de culte - est plutôt limité. Pour le
Père jésuite Albert Longchamp, rédacteur en chef de l’hebdomadaire catholique l’"Echo Illustré" et collaborateur de "Témoignage Chrétien", la hiérarchie et la plupart des prêtres sont restés fermes et solidaires de la décision romaine de suspendre Mgr Lefèbvre et "cela n’a modifié en rien la pastorale chez nous".
Même en Valais, un canton considéré comme plutôt conservateur et ou le
mouvement est bien implanté, il ne s’est pas développé comme d’aucuns le
craignaient. A l’évêché de Sion, on estime que les fidèles valaisans de Mgr
Lefèbvre ont suivi Ecône pour une simple question de liturgie, sans forcément adhérer à son projet politique. En cas de schisme - une éventualité
douloureuse que n’exclut pas le vicaire épiscopal André Berchtold - un certain nombre de personnes naïves quitteront le navire intégriste. "Leur retour dans l’Eglise posera alors un problème de pastorale, relève-t-il, car
il faudra en tenir compte... Il y a un certain nombre de choses que l’on
avait oubliées et qu’il faudra réanimer, avoir un meilleur sens de la prière notamment...".
"N’oubliez pas que même si Ecône est en Valais, le mouvement traditionnaliste en Valais est quand même très limité", affirme le vicaire épiscopal. Des comptages ont été faits pour connaître le nombre de personnes
fréquentaient les lieux de culte intégristes. "On arrive de 1’000 à 1’200
personnes, souligne l’abbé Berchtold; ce sont des personnes qui - souvent
comme les minoritaires - parlent plus que la majorité silencieuse. Il y a
eu une époque, dans les années 77/78, ou ils étaient plus virulents que
maintenant; il y avait même des attaques dans la presse. Cela nous a été
utile au niveau de l’Eglise : cela nous a permis en même temps - c’est le
mouvement habituel de la pendule - de demander à certains prêtres de ne pas
faire trop d’exagérations dans un autre sens, notamment dans le domaine
d’innovations liturgiques. Mais cela a été fait très sereinement et tant
Mgr Adam que son successeur Mgr Schwery ont pris les choses relativement à
distance."
Refus sans équivoque des autorités de l’Eglise
Quand le mouvement traditionnaliste a fait construire une chapelle sur
le territoire de la paroisse du Sacré-Coeur à Sion, l’Eglise locale a fait
savoir que cette chapelle était "illégale" aux yeux de l’Eglise. Certains
traditionnalistes sont allés directement à Rome pour demander la permission
de se marier dans cette chapelle (pour bénéficier d’une sorte d’indult),
"et on a eu l’impression à un certain moment, relève l’abbé Berchtold, que
de telles demandes avaient rencontré des oreilles complaisantes dans l’entourage du cardinal Paul Augustin Mayer, préfet de la Congrégation pour le
culte divin".
Il y a eu quelques vifs échanges à ce sujet entre l’évêque de Sion et
cette Congrégation romaine, mais le cardinal Mayer a soutenu l’évêque. A
l’instar de Mgr Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, qui a rappelé que l’installation début mars d’un couvent de carmélites intégristes
au Mont-Pèlerin, dans le canton de Vaud, était "un contre-témoignage", Mgr
Schwery a déclaré fin décembre que la construction future d’un autre carmel
intégriste à Niouc, dans le Val d’Anniviers, était "illégale du point de
vue de l’Eglise".
Des gens influents suivent Mgr Lefèbvre
Cela n’a pas toujours été facile, car en Valais, malgré la faiblesse numérique du mouvement intégriste (seulement un millier de traditionnalistes
sur les 200’000 catholiques du canton), en font partie un certain nombre de
gens influents socialement et financièrement : il a fallu ainsi débourser à
l’époque 410’000 francs suisses pour acheter la propriété d’Ecône qui avait
jadis appartenu aux chanoines du Grand-Saint-Bernard. Politiquement, "ils
se situent à l’aile droite des conservateurs", précise le vicaire épiscopal. Il y a parmi les fidèles de Mgr Lefèbvre plusieurs personnalités du
Parti démocrate-chrétien, dont le procureur du Bas-Valais Roger Lovey,
l’homme qui avait invité Jean-Marie Le Pen en Valais.
Lieux d’implantation de la Fraternité St-Pie X en Suisse
Dressant la liste des lieux d’implantation du mouvement traditionnaliste
en Suisse, l’abbé Lukas Weber, économe du District Suisse de la Fraternité
St-Pie X dont le siège est à Villars-sur-Glâne, près de Fribourg, précise
d’abord que la Maison généralice de la Fraternité à Rickenbach, dans le
canton de Soleure, est le siège mondial du mouvement. Cette Maison, à l’instar d’Ecône, ne relève pas du District Suisse. C’est là que vivent l’abbé
Tissier, Secrétaire général, l’abbé Schmidberger, Supérieur général de la
Fraternité au niveau mondial et l’abbé Fellay, Econome général. Six prêtres
vivent au séminaire d’Ecône et s’occupent d’environ quatre-vingts séminaristes. Les séminaristes traditionnalistes passent désormais les trois premières années d’étude à Flavigny-sur-Ozerain, en France, avant de venir
pour trois autres années à Ecône.
Le District Suisse proprement dit est dirigé de Villars-sur-Glâne par
l’abbé Denis Roch, Supérieur, et l’abbé Lukas Weber, économe. Deux prêtres
vivent au Prieuré Ste-Thérèse de l’Enfant-Jésus à Bâle; deux prêtres vivent
au Prieuré de Lucerne, deux autres à Wil et deux à Oberriet, dans le canton
de St-Gall. A Genève, la Fraternité dispose du Prieuré St-François à Onex,
ou vivent deux prêtres, et de l’oratoire St-Joseph, à Carouge. En Valais,
un prêtre vit au Prieuré du Sacré-Coeur à Sierre, et un autre dans l’Institut St-Marcel à Salvan, une école secondaire privée qui regroupe une dizaine d’élèves et qui a démarré l’automne dernier. Au carmel du Mont-Pèlerin,
inauguré le 2 mars dernier, les cinq religieuses ont un aumônier qui dessert aussi d’autres chapelles, dont l’église de Montreux bénie le mois dernier. A Sion, Fribourg, Delémont, Lausanne, Zurich, les traditionnalistes
disposent également de lieux de culte desservis par les prêtres de la Fraternité.
L’abbé Lukas Weber affirme que le mouvement traditionnaliste est en
pleine croissance, malgré le fait qu’il n’y ait pas de sympathie du côté de
l’épiscopat. Il en veut pour preuve la fondation de mouvements de jeunesse,
comme le "Katholische Jugend Bewegung" (KJB), qui regroupe quelque 150 jeunes en Suisse alémanique. Pour la Suisse romande, le Mouvement de Jeunesse
Catholique en Valais (MJCV) regroupe quelques dizaines de membres. Il n’y a
pas de mouvement de femmes traditionnalistes, mais un petit mouvement
catholique de familles (KFB) qui vient de démarrer en Suisse allemande. Un
tiers-ordre - composé de laïcs qui s’engagent à vivre une certaine spiritualité - a également été fondé récemment. Les "Chevaliers de Marie"
regroupent encore près de deux cents personnes toujours en Suisse alémanique. Un groupe d’étudiants catholiques traditionnalistes est sur le point
de se structurer à Bâle, mais les intégristes espèrent bien s’implanter
plus fortement en milieu étudiant. (apic/be)
(Le mensuel "L’actualité religieuse dans le monde", à Paris, réalise un
numéro "Spécial Lefèbvre" à paraître début avril)
M. Maillard, je vous envoie ce dossier que j’ai réalisé sur la Fraternité
en Suisse. Comme "Le Courrier" m’a demandé de m’en occuper seulement lundi,
je n’ai pas eu le temps de le résumer pour vous. Je pense cependant que
vous avez là tous les éléments mentionnés dans notre questionnaire international. De la part de Jacques Berset, de l’agence APIC