Panama: plus de 20’000 personnes sans abri (090190)
Caritas Suisse apporte son aide en alimentation et en médicaments
Panama, 9janvier(APIC/Pierre Rottet) Entre 15’000 et 20’000 personnes
sont pratiquement sans toit au Panama à la suite des bombardements américains, a affirmé Carlos Manuel Lee Vasquez, directeur de Caritas Panama,
dans une interview accordée à l’agence APIC. Les bureaux de l’oeuvre catholique d’entraide ayant été investis par l’armée américaine, ils ont été
transférés à l’archidiocèse de la ville, confirme Caritas Suisse à Lucerne,
qui répondra par ailleurs favorablement à l’appel humanitaire de son homologue panaméen sous forme d’aide en alimentation et en médicaments.
Selon l’avocat Lee Vasquez, il est actuellement impossible de chiffrer
le nombre de morts et de blessés parmi la population civile. "Les forces
armées américaines, pour préserver leur image, contrôlent toute les informations". Ce qui est certain, affirme pour sa part Victor Rodriguez, membre
responsable du centre de promotion sociale du Panama, est que les chiffres
sont de "loin supérieurs à ceux estimés par les forces occupantes".
Deux quartiers de la capitale ont particulièrement souffert des affrontements et des bombardements, relève le directeur de Caritas Panama. Chorillo, proche de la caserne des forces de défense compterait à lui seul
plus de 12’000 sinistrés, et San Miguelito, district particulièrement pauvre, oû plus de 500 familles ont tout perdu, y compris leur maison. "Chorillo a pratiquement été anéanti dans sa totalité", témoigne quant à lui Victor Rodriguez qui estime en outre à 3’000 le nombre de sans-abri à Colon,
une autre ville du Panama, particulièrement touchée elle aussi.
Information sous contrôle
A travers plusieurs organisations, et en particulier par les paroisses,
Caritas Panama tente d’établir le nombre exact de victimes, voire de disparus pour lesquels de nombreuses familles sont sans nouvelle, explique son
directeur. En l’absence d’information ou en raison du contrôle de celle-ci
exercé par les troupes d’occupation, déclare-t-il, "nous estimons à quelque
3000 les prisonniers qui appartenaient, entre autres, aux forces de défense
du Panama. Beaucoup ont certes déjà été relâchés, poursuit le responsable
de Caritas, mais le problème est qu’il existe un nombre considérable de civils prisonniers". Selon Victor Rodriguez, 10’000 personnes seraient actuellement détenues dans un camp proche de la capitale. "Des dirigeants de
mouvements syndicaux, sociaux, de droit de l’homme et de partis politiques
ont été arrêtés, leurs locaux ont été saccagés par les G’Is américains",
dénonce-t-il.
Nombreuses victimes civiles
"Pour l’instant, ajoute Victor Rodriguez, les gens sont contents de la
chute de Noriega, beaucoup cependant ne comprennent pas le sens de l’invasion de l’armée américaine qui passe, dans la propagande, pour une armée de
libération et non d’occupation. Ces personnes ne réalisent pas encore que
parmi les victimes innocentes figurent de nombreux enfants, des femmes et
des vieillards".
Pour l’heure, lance le directeur de Caritas, "notre organisation, avec
l’aide de clubs civiques et de la Croix Rouge nationale est en mesure de
faire face aux problèmes urgents qui se posent. L’aide humanitaire dont
nous avons principalement besoin de l’extérieur? Des projets à court et à
long terme basés sur la restauration du tissu social passablement anéanti
au Panama depuis plusieurs années, en raison du régime de Noriega, mais
aussi depuis le blocus économique imposé par les Etats-Unis". En ce sens,
explique-t-il, "nous avons lancé un appel à Caritas Internationalis à Rome,
qui s’est elle- même chargée de contacter les organisations membres de certains pays". Ce que confirme à Lucerne Georges Farine, responsable de Caritas Suisse pour le secteur Amérique Latine: "Nous avons reçu une demande
d’aide en alimentation et en médicaments pour laquelle nous répondrons favorablement, tout en continuant d’apporter notre participation à des projets humanitaires dans différents diocèses du Panama", explique-t-il en
confirmant l’occupation des locaux de Caritas Panama par les troupes américaines.
Ce qu’il faut craindre, conclut enfin Carlos Manuel Lee Vasquez, est que
l’armée américaine ne s’éternise au Panama, auquel cas il faudrait alors
s’attendre à des réactions et à des manifestations de la part de la population. (apic/pr)