Panama: l’occupation militaire des EU jugée sévèrement par l’Eglise(281289)
Panama, 28décembre(APIC) L’Eglise catholique du Panama juge sévèrement
l’occupation américaine du Panama et estime positive la décision de la nonciature de recevoir le général Noriega: "Cet acte a mis fin au gouvernement
de Noriega mais aussi, pratiquement, à l’opposition armée et à un conflit
armé", a déclaré jeudi Mgr Marcos Gregorio McGrath, archevêque de Panama,
dans une interview exclusive accordée à l’agence APIC. Si l’Eglise catholique du Panama a toujours réclamé le départ du général Noriega et oeuvré en
faveur du rétablissement de la démocratie, elle pense aujourd’hui que l’occupation militaire américaine, qu’elle condamne, doit se terminer dans les
plus brefs délais.
"Dès que nous avons annoncé à la population que le général Noriega avait
été reçu à la nonciature, les gens ont manifesté leur joie. Mais maintenant
cela nous place devant un problème: que faire avec lui" commente l’archevêque de Panama. Les négociations en cours se poursuivent... "les militaires
américains encerclent toujours la nonciature pour éviter la fuite de Noriega mais aussi pour empêcher d’autres personnes d’y pénétrer. C’est une occupation militaire, répète l’archevêque. Pour aller rendre visite au nonce,
Mgr McGrath doit lui aussi se plier aux exigences d’un contrôle sévère opéré par les américains.
L’invasion américaine limite la souveraineté et l’indépendance du peuple
panaméen, "mais elle nous libère en même temps d’un gouvernement d’oppression", relève Mgr Mc Grath qui explique que la position des évêques du Panama a fait l’objet, vendredi dernier, d’une lettre pastorale destinée à
être lue dans toutes les églises du pays. Cette lettre contient deux
aspects, elle souligne sévèrement "combien l’action militaire américaine a
meurtris le Panama", mais aussi qu’elle avait favorisé la chute de Noriega,
d’une dictature dont a eu à souffrir la population. D’ailleurs, ajoute-til, les évêques ont depuis longtemps émis des documents dénonçant les atteintes aux droits de l’homme de la part du gouvernement Noriega. Ce qui a
valu à l’Eglise "nombre de pressions et d’actions répressives".
La lettre des évêques insiste en outre sur l’importance de constituer
très vite un gouvernement panaméen à même de prendre rapidement en main la
destinée politique, économique, sociale et militaire du Panama. Elle insiste en outre sur la nécessité de la reconstruction des secteurs meurtris
par l’action militaire et d’un grand mouvement de récupération de la nation: "Nous vivons une situation difficile, avec des gens très pauvres et
abandonnés".
l’engagement de l’Eglise catholique du Panama ne date cependant pas
d’aujourd’hui. Du 8 juin 1987 au 8 mars 1988, elle avait émis 16 documents
relatif à la situation du pays et des ses habitants. Puis du 8 mars 1988 au
3 août dernier, elle avait accompagné le peuple dans la crise en publiant
22 documents, à travers lesquels elle mettait en garde contre toute immixtion étrangère pouvant mettre en péril l’autonomie du Panama; réclamait le
retrait du général Noriega et la levée des sanctions économiques imposées
par les Etats-Unis; demandait le respect du traité des accords TorrijosCarter à propos du Canal de Panama; critiquait les Etats-Unis: "Un voisin
pas toujours commode... les gouvernements américains n’ont pas toujours
cherché à comprendre les véritables intérêts du peuple panaméen". Selon Mgr
McGrath, le Panama est un petit pays né dans une situation de dépendance
par rapport aux Etats-Unis. "Graduellement, depuis le début de ce siècle,
il a pris son indépendance. Etre envahi aujourd’hui par les américains,
c’est un peu comme si l’histoire faisait marche arrière". (apic/pr)