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    Brutal message de la mafia à l’Eglise

    Palerme: Assassinat de Don Giuseppe Puglisi, curé de Brancaccio (200993)

    Palerme, 20septembre(APIC/Jacques Berset)

    Un seul coup de revolver dans la nuque, du travail de "professionnel". Mercredi soir 15 septembre, vers 20h45, jour de son 56e anniversaire, Don Giuseppe Puglisi, curé de San Gaetano, était abattu en pleine rue à Palerme,

    dans le quartier deshérité de Brancaccio. La mort d’un symbole de la lutte

    quotidienne et silencieuse d’un curé de paroisse en Sicile contre la "culture de la mort" imposée par le crime organisé.

    Personne n’a rien vu, personne n’a rien entendu, l’"omerta", la loi du

    silence, dans ce quartier "gouverné" par une "famille". Il y a dix ans déjà, on parlait de Brancaccio comme d’un quartier "oublié de Dieu": manque

    d’écoles et d’infrastructures publiques, des morts violentes par dizaines,

    victimes entre 1981 et 1983 des règlements de compte entre clans mafieux

    pour le contrôle du trafic de drogue et des affaires immobilières.

    C’est dans ce quartier que Don Peppino, comme l’appellaient familièrement les gosses défavorisés qu’il réunissait dans le Centre d’accueil "Padre Nostro", menait sans tamtam médiatique son travail d’évangélisation et

    de formation humaine de ces jeunes qu’il voulait voir croître "comme des

    hommes vrais, car ainsi ils seront aussi de vrais chrétiens".

    Le cardinal Pappalardo, archevêque de Palerme, ne s’est pas trompé

    quand, s’adressant à la foule rassemblée vendredi après-midi pour les obsèques émouvantes de Don Pino, il a qualifié ce prêtre de "sentinelle de Dieu

    dans une tranchée avancée". En effet, si ce prêtre modeste mais tenace a

    été éliminé, c’est peut-être parce qu’il n’a pas attribué à la "bonne" entreprise de construction le chantier de rénovation de son église abîmée par

    le tremblement de terre de 1968. Mais c’est surtout et avant tout en raison

    de son labeur quotidien pour soustraire cette jeunesse abandonnée aux

    "boss" du quartier de Brancaccio.

    Car, "pour vaincre la mafia, a rappelé le cardinal Pappalardo, c’est

    tout le peuple qui doit réagir à sa mainmise". Et la population sicilienne,

    depuis quelque temps, encouragée par une poignée de personnalités politiques intègres et courageuses, et par ces nombreux "prêtres de frontières"

    qui forment tous les jours la conscience de la jeunesse par leur engagement

    pastoral et social cohérent, commence à descendre dans la rue pour dire non

    au crime organisé. Et c’est peut-être l’émergence de cette "nouvelle culture" qui explique le mieux pourquoi la mafia a, pour la première fois, osé

    exécuter un prêtre, car l’Eglise est sûrement aujourd’hui la seule force

    morale capable en Sicile de délégitimer la culture mafieuse. (apic/be)

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