Pakistan: sur le chemin de l’apartheid religieux (200792)
Une porte ouverte à la discrimination et à la persécution
Karachi, 20juillet(APIC) Va-t-on au devant d’un apartheid religieux au
Pakistan? Les minorités et les chrétiens du pays s’en inquiètent. Sous
l’influence de leaders musulmans fondamentalistes, le gouvernement est en
passe d’imposer la mention de l’appartenance religieuse sur la carte
d’identité de chaque citoyen. Une décision qui pourrait bien, de l’avis de
membres de la Commission pakistanaise pour les droits de l’homme, favoriser
la discrimination et la persécution des communautés minoritaires.
L’inquiétude des minorités et des chrétiens en particulier grandit devant la menace que pourrait constituer pour eux une telle mesure. Le 31 mai
dernier, le ministre de l’Intérieur, Chewdary Shujaat Hussain, donnait le
ton en annonçant que le gouvernement étudiait "la demande venue, selon lui,
des quatre provinces, d’ajouter une rubrique ’religion’ sur les cartes
d’identité". L’idée fait depuis son chemin puisque le président pakistanais, Ghulam Ishaq Khan, serait en faveur de cette proposition qu’il pourrait imposer par décret, sans la soumettre à l’Assemblée nationale.
Le Premier ministre, Nawaz Sharif, ne voit pour sa part aucune objection. Il affirmait récemment qu’aucun musulman ne saurait avoir honte de
voir la religion qu’il professe mentionnée sur sa carte d’identité. Certains leaders musulmans vont plus loin encore en exigeant une carte d’identité de couleur différente selon la religion du titulaire. L’idée d’un
apartheid religieux fait peu à peu son chemin: une pétition affichée près
du mausolée de Mohammed Ali Jinnah, fondateur du Pakistan, demande que les
non-musulmans puissent être identifiés par le vêtement et qu’ils habitent
dans des quartiers séparés.
Déjà depuis l’amendement apporté à la Constitution en 1985 par le régime
de Zia Ul-haq, les membres des minorités ethniques et religieuses ne peuvent plus participer aux élections avec l’ensemble de la population. Dix
sièges sur 217 leur sont réservés à la chambre des députés, mais aucun au
sénat. Les chrétiens reprochent à leur représentant à l’Assemblée nationale, Peter John Sahotra, ministre des minorités, d’être resté silencieux sur
l’affaire des cartes d’identité. Il a même publiquement approuvé le système
électoral discriminatoire appliqué aux minorités.
Identifier les non-musulmans
A la Commission pakistanaise pour les droits de l’homme, malgré une campagne de signatures lancée contre cet apartheid religieux, on ne se fait
guère d’illusion. On s’attend à ce que cette proposition devienne loi. Son
directeur, L.A. Rahman, commente: "Ce serait l’apartheid dans toute sa force. Déjà, nous le savons bien, la discrimination organisée par l’Etat a
suscité, dans le cadre social, un mouvement hostile aux minorités".
Pour le responsable de la Commission des droits de l’homme, "si le Pakistan se soumet aux groupes religieux conservateurs, il ne tardera pas à se
diviser davantage encore en sectes et sous-sectes. Si la proposition concernant les cartes d’identité est appliquée, les membres des communautés
minoritaires deviendront immédiatement et directement victimes de discriminations et de persécutions". "Le but est bien d’identifier les non-musulmans et de faciliter la discrimination contre eux", renchérit pour sa part
Asma Jahangir, secrétaire général de la même Commission.
A sein des populations minoritaires et chrétiennes, l’inquiétude est vive: "C’est un fait que les membres des minorités au Pakistan sont déjà des
citoyens de seconde classe", affirme un prêtre catholique. "Si ce changement de la loi est confirmé, s’insurge un leader chrétien de Lahore, personne, dans les minorités, ne sera plus en sécurité. Après cela, ils fixeront des pancartes sur nos maisons, puis ils nous tueront".
Sur 100 millions d’habitants au Pakistan, 8 millions appartiennent à diverses minorités, dont 3 à 4 millions sont des chrétiens. (apic/eda/pr)