5 siècles après, "des millions de Latino-Américains sont encore exploités"
Ottawa, 25septembre(APIC) "L’histoire du christianisme dans les Amériques
n’est pas une sombre épopée, mais elle ne rayonne pas davantage d’une parfaite auréole". C’est ce qu’écrit le Comité permanent de la Conférence
épiscopale du Canada dans un message pastoral de 18 pages publié à la veille de la célébration officielle du cinquième centenaire de l’évangélisation
de l’Amérique. L’analyse des évêques canadiens est sans complaisance: "Cinq
siècle après (...), des millions de Latino-Américains sont toujours exploités..."
Le message est fait de considérations historiques et actuelles parfois
critiques, mais il est destiné avant tout à susciter une réflexion prospective en vue de la "nouvelle évangélisation". L’arrivée de Christophe Colomb
"a fait lever l’aube de changements irrévocables" dans les Amériques et a
donné à l’Europe "une nouvelle conception de l’univers", soulignent les
évêques.
Si la rencontre des deux mondes s’est inscrite "sous le signe de l’enthousiasme, de l’exploration et du progrès", force est de reconnaître, relève le message, qu’elle a comporté aussi "une part tragique d’intolérance,
d’exploitation et de cruauté": des millions d’autochtones non seulement
sont morts des suites de leur rencontre avec les Européens, en partie par
manque de défense immunitaire contre les nouvelles maladies, ils ont aussi
payé "un terrible tribut au choc culturel, aux dures conditions de travail,
à la pauvreté, à l’esclavage, à la famine et à la guerre..."
Pour les évêques canadiens, le cinquième centenaire doit être aussi
l’occasion d’analyser le présent et le rôle de l’Eglise tant dans les Amériques que dans le monde occidental. L’Eglise, écrivent-ils, a exercé une
présence sociale bénéfique au niveau de l’évangélisation et des oeuvres sociales et d’éducation; elle a su défendre les droits des autochtones, même
si certaines personnes "ont soutenu l’exploitation coloniale", et condamné
officiellement l’esclavage, même si "certains chefs religieux étaient disposés à s’en accommoder".
Même au Canada!
Qu’en est-il aujourd’hui? L’analyse des évêques est sans complaisance:
"Cinq siècles après (...), des millions de Latino-Américains sont de nouveau exploités, contraints à subir diverses formes d’esclavages pour le
profit et le prestige des autres", dont les Américains du Nord. Au Canada,
les autochtones sont "toujours victimes de discriminations et d’intolérance" craignant de perdre leur identité et le respect qui leur est dû". C’est
chez eux qu’on trouve "le plus grand nombre de cas de pauvreté, de toxicomanie, de criminalité, de suicides et d’autres formes de mort violente".
"Notre culture et notre société sont au banc des accusés, lancent les
évêques. Malgré tous les ’progrès’ accomplis depuis les grands débats des
16e et 17e siècles sur les droits de la personne, notre culture n’a pas
encore pris pleinement conscience de tout ce qu’implique le respect de la
dignité et de l’indépendance de tous les êtres humains".
Dans ce contexte, les évêques proposent de miser sur l’avenir, de mener
"une lutte évangélique" en faveur de la dignité humaine, selon les mots de
Jean Paul II. Du pape qui, du reste, ouvrira le 12 octobre à Saint-Domingue
la quatrième Assemblée générale de l’épiscopat latino-américain (CELAM)
consacrée notamment au 5e centenaire. (apic/cip/pr)