Oecuménisme et nouveau directoire (150693)
Bruxelles, 15juin(APIC) Pourquoi un nouveau directoire oecuménique? Quelles sont ses grandes nouveautés? Autant d’interrogations auxquelles répond
le Père Dimitri Salachas, prêtre de l’exarchat grec-catholique d’Athènes,
spécialiste connu de droit canon oriental, qu’il enseigne dans plusieurs
universités pontificales romaine et, comme professeur invité, à la Faculté
(orthodoxe) de théologie de Thessalonique. Le Père Salachas est en outre
consulteur du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens et membre de la
Commission internationale de dialogue catholique-orthodoxe.
Q: Quel est le contexte qui a provoqué la révision de l’ancien directoire?
P. Salachas: De nombreux documents ayant trait explicitement à l’oecuménisme ont récemment été publiés (Codes de droit canon occidental et oriental, Catéchisme...) qui, en matière d’oecuménisme, ont créé une situation
disciplinaire nouvelle et ont eu des répercussions sur l’enseignement catholique de base. En outre, depuis le Concile, les rapports fraternels avec
les autres Eglises et communautés ecclésiales se sont intensifiés, menant
souvent à une multiplication des dialogues. L’ampleur de ce mouvement et
les nouveaux problèmes apparus, notamment avec les Eglises orthodoxes en
Europe centrale et orientale, ont exigé la mise au point d’orientations
doctrinales et disciplinaires, en partie nouvelles.
Contrairement à l’ancien texte, qui a fait oeuvre de pionnier en quelque
sorte, la nouveauté du directoire est atténuée dans la mesure où il trouve
un contexte disciplinaire défini et une réalité concrète de relations oecuméniques. Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer l’importance de l’application pratique de ces normes. Sur ce point le directoire sera un instrument
précieux. Par ailleurs, nous parlons d’une réalité non pas figée, mais en
pleine évolution. Les dialogues buttent sur des limites, qu’il faudra dépasser, comme on en a dépassé d’autres auparavant. En outre, ce directoire
encourage une réponse des partenaires non-catholiques qui portera des
fruits. Notre espoir est que bientôt on aura besoin d’un nouveau directoire
qui tiendra compte d’un degré de communion encore plus profond.
Q: Comment se présente la structure du nouveau directoire?
Dans l’ensemble, il reprend le contenu du premier, mais en tenant compte
surtout des deux codes de droit canon, dont de nombreuses dispositions concernent les relations avec les autres chrétiens et leurs Eglises et communautés. Le nouveau directoire est plus complet que le précédent, là où il
consacre deux chapitres aux mariages mixtes et à la coopération oecuménique. Il introduit en outre un chapitre préliminaire sur le fondement théologique de la pratique oecuménique.
Q: Quelle est la visée du directoire?
Cette nouvelle édition, révisée et augmentée, réaffirme avec vigueur et
sans équivoque l’engagement oecuménique de l’Eglise catholique. Elle paraît
dans le contexte actuel, enrichi par l’expérience de longues années de contacts et de progrès dans les relations entre chrétiens à la suite du Concile. Le nouveau directoire se situe dans la ligne tracée par le Décret sur
l’oecuménisme de Vatican II, qui décrit l’engagement commun de l’Eglise
catholique pour le rétablissement de l’unité
Cet engagement du peuple de Dieu et de ses pasteurs est plus qu’un voeu,
qu’une exhortation fervente, c’est une norme de vie, une obligation morale
et, dirais-je aussi canonique. En effet, le code occidental de 1983 et le
code oriental de 1990 ont une norme très claire: "Il appartient en premier
lieu au collège tout entier et au siège apostolique d’encourager et de diriger chez les catholiques le mouvement oecuménique dont le but est de rétablir l’unité entre tous les chrétiens, unité que l’Eglise est tenue de
promouvoir de par la volonté du Christ".
Pour la mise en oeuvre de cette tâche, le texte expose, au chapitre 1,
les principes doctrinaux, tirés surtout du Décret conciliaire sur l’oecuménisme et la Constitution sur l’Eglise.
Le chapitre 2 présente l’organisation du service de l’unité des chrétiens dans l’Eglise catholique et les normes qui réglementent cette activité. Il en décrit les structures depuis les Conférences épiscopales, les
Synodes des Eglises orientales et les Commissions oecuméniques jusqu’au niveau - et c’est une nouveauté - des organismes ecclésiaux internationaux
qui contribuent à la vie apostolique et des organisations locales, nationales et internationales de fidèles.
Le chapitre 3 donne des orientations nécessaires pour une formation oecuménique adéquate, concernant les fidèles dans tous les milieux, la formation du clergé, la formation spécialisée dans les facultés de théologie,
les universités catholiques, les instituts oecuméniques.
Le quatrième chapitre, particulièrement important, donne des directives
pratiques pour les rapports avec les autres chrétiens, dans la prière, la
vie spirituelle; il traite de la communion qui existe avec les autres chrétiens sur une base spirituelle et sacramentelle et des possibilités et des
limites de la "communication in sacris". Une section spéciale est dédiée
aux mariages mixtes,
Q: Les points importants du directoire...?
La communication dans les choses spirituelles et sacramentelles est une
question délicate qui se base sur les degrés de communion avec les autres
communautés. Tout en gardant la ferme conviction que l’unique Eglise du
Christ subsistera en l’Eglise catholique gouvernée par le successeur de
Pierre et par les évêques en communion avec lui, l’Eglise catholique reconnaît aussi que parmi les éléments et les biens spirituels qui édifient et
vivifient l’Eglise, plusieurs, voire beaucoup, et de grande valeur, peuvent
exister en dehors des limites visibles de l’Eglise catholique. Sur ce
point, les normes concernant les protestants sont différentes de celles sur
les orthodoxes.
Un aspect important développé par le directoire concerne les mariages
mixtes. Un mariage célébré devant un prêtre orthodoxe est valide, la dispense de la forme n’étant requise que pour la licéité. La permission de
contracter un mariage mixte est accordée pour une cause juste et raisonnable, pourvu que les deux parties soient instruites des fins et des propriétés du mariage, qui ne doivent être exclues par aucune partie. A la partie
catholique, il sera demandé en plus de déclarer qu’elle est prête à écarter
les dangers d’abandon de la foi et de promettre sincèrement de faire son
possible pour que tous les enfants soient éduqués dans l’Eglise catholique.
En même temps, il se peut que la partie non-catholique éprouve une obligation semblable en raison de son engagement chrétien. Désormais, le droit
canon n’exige de ce partenaire aucune promesse. Naturellement, si la partie
non-catholique refuse explicitement de respecter les engagements de la partie catholique, l’évêque pourrait refuser la permission de contracter ce
mariage.
Le chapitre 5 - qui est nouveau, dans la mesure où il est beaucoup plus
détaillé que le précédent directoire - traite du dialogue et de la collaboration pour un témoignage commun des chrétiens dans le monde de notre temps
au plan régional, national et local. La collaboration s’étend au domaine de
la catéchèse, du travail commun pour la traduction et la diffusion de la
Bible, de la collaboration pratique dans la vie sociale et culturelle, dans
l’étude commune des questions éthiques, dans les médias, dans le domaine
médical. Un point très important en raison des questions bioéthiques, qui
exigent une position chrétienne commune.
Les situations sont complexes et variées. L’application des principes et
des normes du directoire est confiée aux évêques et à leurs Conférences
épiscopales ou Synodes.
Pour finir, il est important de souligner que, malgré les difficultés
actuelles dans le domaine oecuménique, l’Eglise catholique cherche, par ce
directoire, à continuer à encourager ce travail. Comme l’a dit le pape, "ce
mouvement est irréversible". L’oecuménisme est une dimension essentielle de
notre ecclésialité. Travailler et prier pour l’unité des chrétiens, c’est
travailler et prier pour l’Eglise même. (apic/cip/pr)