Au 3e Congrès européen de "Vie Montante" : les aînés ont un grand avenir =
Louvain, 24 mai 1996 (CIP)
On entre de plus en plus jeune dans le troisème âge de la vie. Et c’est
désormais pour de longues années, avec une nouvelle vitalité. Jamais la
société n’a connu pareille évolution. Oui, les aînés ont un grand avenir, a
montré le 3e congrès européen de "Vie Montante", qui s’est tenu à Vaalbeek
(Louvain) du 20 au 23 mai. Une centaine de délégués, venus d’une dizaine de
pays (dont treize représentants de Suisse romande), participaient à ce
congrès du mouvement qui s’adresse aux aînés dans l’Eglise catholique.
Les aînés seront bientôt 12 millions en Europe, prépensionnés ou retraités.
Aujourd’hui la vieillesse dure et se porte mieux. Elle a du temps devant
soi et découvre même qúelle n’en a pas assez pour réaliser mille et un
projets. Des croulants, les vieux ? Pour la première fois dans l’histoire,
les faits montrent exactement le contraire d’un déclin : pour 100 personnes
de plus de 65 ans an 1992, il y en aura 150 en 2020 ; pour 100 personnes de
plus de 75 ans en 1992, il y en aura 177 en 2020 ; et pour 100 personnes de
plus de 85 ans en 1992, il y en aura 230 en 2020 ! Et à en juger par la
proportion des personnes âgées selon le sexe, la vieillesse réussit deux
fois mieux aux femmes qúaux hommes.
Commentés par le prof. A. Marcoen (K.U.L.), ces chiffres ont révélé aux
congressistes un avenir encore plus grand et plus enthousiasmant que les
aînés ne l’imaginaient. Bien sûr, la vieillesse n’est pas identique pour
qui la traverse normalement et pour qui est cloué au lit ou au fauteuil, ou
pour ceux que la sénilité amoindrit. Il y a donc un bien-être optimal à
rechercher en société pour les aînés, compte tenu des multiples aspects qui
composent l’épanouissement d’un être: la santé, la psychologie, le contexte
familial et social, les relations, l’ouverture culturelle et spirituelle...
En attendant, les aînés ne manquent pas de capacités, qúA. Marcoen leur
recommande de cultiver par la pratique : dynamisme, mémoire, relations,
compétences acquises et sagesse. Le professeur observe aussi que les
couples d’aînés font une expérience nouvelle de la tendresse et de
l’attention mutuelles, de la gestion de l’espace et de l’habitat, des
relations avec leurs enfants et petits-enfants. Beaucoup d’aînés découvrent
d’ailleurs avec surprise que, dégagés des contraintes professionnelles, ils
manquent de temps libre, mais n’en sont pas fâchés : enfin, les voilà
débarrassés du stress. Encore faut-il qúils trouvent à s’insérer dans la
vie sociale et surtout associative. Jamais "Vie Montante" n’a porté aussi
bien son nom en 35 ans d’existence : le spécialiste en attend une
contribution croissante pour aider les aînés à "grandir dans l’estime de
soi".
Un fruit à mûrir
Jérôme Vignon, de la Cellule "Prospective" attachée à la Commission
Européenne, a prié les aînés de se considérer comme des Européens de
demain. Pas évident, certes, mais l’Europe non plus n’est pas une
"naturelle", a montré J. Vignon, pour qui les bouffées d’enthouisasme ne
sauraient suffire à construire l’Europe. L’Europe doit mûrir comme "le
fruit d’une décision délibérée par tous et s’incarnant dans la continuité,
la tolérance et le temps". L’Europe reposera donc toujours sur une "volonté
politique active".
Volonté politique, mais aussi projet culturel et pas seulement visée
économique, devait poursuivre le haut fonctionnaire européen. Robert
Schuman, un des pères fondateurs de l’Europe, ne la convevait-il pas comme
une réponse à la guerre qui avait déchiré le continent et comme un projet
de réconciliation entre les peuples pour sortir de siècles de batailles ?
J. Vignon s’est réjoui qúà la chute du mur de Berlin en 1989, plusieurs
pays aient vécu sans violence l’effondrement du communisme. "Pour nous
tous, les Européens, la paix est une grande responsabilité", a-t-il conclu.
"Heureux les doux"
"L’avenir est aux cheveux gris !". A Vaalbeek, le cardinal Danneels,
archevêque de Malines-Bruxelles, a repris à son compte cette profession de
foi d’un orateur américain en l’appliquant aux aînés, dont la créativité et
l’engagement l’émerveillent. C’est notamment le cas dans l’Eglise, a-t-il
noté, en relevant combien les prêtres qui se raréfient avaient pu compter
sur les aînés dans le jeu de la coresponsabilité au sein des paroisses.
Et dans la société ? Alors que le XXe siècle qui s’achève voit triompher
les "valeurs dures" de l’efficacité, de la concurrence et de la
compétitivité dans la vie économique, l’archevêque voit plutôt les aînés
porteurs de "valeurs douces".
Les congressistes ont reçu le cardinal cinq sur cinq lorsqúil leur a dit
combien l’Eglise comptait sur leur créativité et leur souplesse, sur leur
sens de l’histoire et des racines, sur leur recul et leur tolérance afin
d’offrir à l’époque actuelle un certain contre-point : de quoi éviter
l’épreuve du vide à des contemporains grisés par la vitesse essoufflée du
progrès. Bref, c’est pour un "sens" de la vie que les aînés sont précieux.
Y compris devant la mort : la sérénité des aînés peut beaucoup pour
réconcilier la société avec la mort qúelle fuit ou qúelle occulte.
L’avenir de "Vie Montante"
Fondée en France en 1962, la "Vie Montante" y compte aujourd’hui 250.000
membres. En Belgique, le mouvement compte quelque 6.000 membres au sud du
pays et 3.600 en Flandre. Et pour la première fois, à Vaalbeek, des
représentants de Hongrie et de Tchéquie étant inscrits parmi les
participants.
Résolument branché sur l’avenir, ce 3e congrès a confirmé la vocation
prophétique d’un mouvement qui, depuis ses origines, mise sur la
spiritualité, l’amitié et l’engagement personnel pour l’épanouissement de
la "Vie Montante". D’un pays à l’autre, ces trois pôles se retrouvent dans
chacune des équipes locales. Les membres, recrutés dans les paroisses, se
réunissent une fois par mois pour méditer l’Evangile ou approfondir un
sujet religieux et pour vivre un bon moment de convivialité. Chaque
rencontre comporte un moment de prière, ou même une eucharistie, tant la
spiritualité donne son âme à la vie du mouvement, comme l’a encore laissé
entendre Mgr Le Bourgeois lors de l’eucharistie de clôture du congrès à
Louvain.
Le mouvement est cependant en quête d’une visibilité nouvelle. Non pour
défendre les intérêts du troisième âge : la "Vie Montante" répugne aux
objectifs corporatistes. Mais pour faire progresser des réflexions sur des
enjeux, où le point de vue des aînés n’est pas négligeable. Ainsi, dans les
idées émises à Vaalbeek, certains se sont interrogés sur l’apport des aînés
au débat sur l’euthanasie : en Belgique, pas moins de quatre projets de loi
ont déjà été déposés en la matière.
Tout au long du congrès, les petits-enfants ont été présents dans les
échanges des grands-parents. "Les aînés savent qúils ont un rôle unique à
jouer pour aider les jeunes à construire un avenir différent !", commente
le professeur Léon Cassiers, président de Vie Montante Wallonie-Bruxelles.
"Les aînés savent aussi que leurs petits enfants ont quelque chose à leur
apprendre. Et tous sont invités à changer leur regard sur les aînés :
devenir vieux, ce n’est pas forcément entrer dans la nostalgie. C’est aussi
entrer, pour la dernière période de sa vie, dans une phase inattendue de
nouveauté et de créativité." (1)
---------------- (1) Coordination du Congrès : Maurice Noël, E.
Mathieustraat, 14 - 3000 Leuven (tél. 016/23.36.57).
Vie Montante Wallonie-Bruxelles, rue du Marteau, 19 - 1040 Bruxelles (tél.
02/219.60.44).