Objet: CIP/CONFERENCE SUR DESARMEMENT/AUSSI SUR LES MINES ? ---------
mal abordé par la Conférence sur le Désarmement =
Bruxelles, 23 janvier 1997 (CIP)
La proposition américaine lancée le 22 janvier à Genève, dès la séance
d’ouverture de la Conférence sur le Désarmement, pour y régler rapidement
le problème des mines antipersonnel, a suscité dès le lendemain une
réaction de Handicap International qui suspecte de la part du président
Bill Clinton "une habile manoeuvre de diversion".
A première vue, la proposition faite à Genève par le représentant du
président américain témoigne certes d’une bonne volonté, reconnaît Handicap
International (1), mais elle risque fort de déboucher rapidement sur le
contraire de ce que beaucoup réclament : "une solution à la crise qúont
provoquée dans le monde les mines antipersonnel". Une solution rapide,
selon l’organisation qui coordonne la plate-forme belge de la campagne
internationale contre les mines antipersonnel (2), passe par l’approbation
de la Convention proposée à la Conférence d’Ottawa en octobre 1996, et qui
devrait être signée à la fin de cette année.
A la fin de la Conférence d’Ottawa, le ministre canadien des Affaires
étrangères avait suggéré de préparer une Convention interdisant
l’utilisation comme la production des mines antipersonnel. Il avait
aussitôt invité tous les pays à signer cette Convention en décembre 1997.
Des 50 pays représentés à la Conférence, beaucoup avaient cependant
manifesté leur surprise devant cette proposition. Depuis, ils s’efforcent
d’échapper à la signature de la Convention, sans donner l’impression d’être
revenus sur leur point de vue, selon Handicap International, organisation
non gouvernementale (O.N.G.) engagée dans le combat contre les mines et
dans le soutien à des programmes de réhabilitation pour des milliers de
victimes. D’où son amertume : "Se prononcer pour l’interdiction des mines
antipersonnel est une chose, signer une convention est autre chose."
Fin juin 1997, c’est la Belgique qui organisera le suivi de la Conférence
d’Ottawa pour préparer une évaluation de la situation actuelle et mettre au
point le texte final de la Convention.
La Conférence actuelle de Genève sur le Désarmement, comme l’a remarqué le
représentant américain dès l’ouverture, est l’unique grand forum
multinational sur le désarmement. Mais la règle du consensus qui y prévaut
a pour effet de faire traîner les débats avant toute prise de décision.
Ainsi, la révision de la Conférence de 1980 sur les armes classique a pris
par moins de trois ans... pour un résultat assez maigre, relève Handicap
International. Au sein même de la Conférence sur le Désarmement, toute
interdiction portant sur les mines antipersonnel semble d’avance vouée à
l’échec, puisque chaque pays représenté dispose d’un droit de veto !
Plaidoyer pour une Convention
En revanche, selon Handicap International, l’initiative canadienne de l’an
dernier présente plusieurs avantages. D’abord, tous les pays sont invités à
signer la Convention, qúils fassent ou nom partie de la Conférence sur le
Désarmement. Une trentaine de pays ont déjà annoncé qúils signeraient le
texte.
De plus, le terme proposé reste à courte échéance, sans être irréaliste. Si
elle est ratifiée en décembre par une cinquantaine de pays, la Convention
constituera une évolution considérable par rapport à la Conférence de
Genève de 1980, où vingt pays seulement avaient marqué leur accord.
La Convention proposée pour fin 1997 approche enfin les problèmes des mines
antipersonnel dans leur globalité, comme fléau et menace pour toute
l’humanité, et non seulement comme problème militaire. Elle vise, du reste,
à stigmatiser les mines antipersonnel et à mettre hors la loi ou à isoler
les pays qui refuseraient de signer. "C’est donc d’une très grande
importance, selon Handicap International, même si des pays comme la Chine
et la Russie ne se sont pas impliqués dès le départ. Car la dynamique ainsi
créée ne pourra que contribuer à isoler les pays opposés à une interdiction
des mines, à réduire leur marge de manoeuvre et à les rendre également plus
sensibles à d’autres moyens de pression."
Sortir de l’optique militaire
Par comparaison avec ces avantages, l’actuelle Conférence sur le
Désarmement présente, aux yeux de Handicap International, de nombreux
inconvénients. D’abord, le forum des participants est limité à 61 pays. Les
autres pays n’y ont pas accès, fussent-ils les plus directement concernés
par les mines, comme l’Angola, l’Afghanistan, le Cambodge...
En outre, négocier des mesures d’interdiction, ce n’est pas une question de
mois. A en juger par les négociations sur les armes chimiques et sur les
essais nucléaires, il faut plutôt s’attendre à quelques années. Surtout que
les pays radicalement opposés à l’interdiction des mines antipersonnel
risquent de peser lourdement sur l’évolution des débats. Etant donné la
règle du consensus, on risque d’aboutir à une absence d’accord, voir à un
accord sur un texte... qui n’engage presque à rien.
Plus encore, note Handicap International, "les problèmes les plus graves
que soulèvent les mines antipersonnel ne sont pas de nature militaire. Il
s’agit avant tout d’un problème humanitaire, qui a des répercussions tant
sur la santé que sur les droits de la personne humaine, sur l’économie, sur
le développement et sur l’environnement. Il n’est donc pas logique du tout
d’approcher le problème des mines antipersonnel sous un angle militaire. Et
ce l’est d’autant moins que la Conférence sur le Désarmement a été créée à
partir d’une logique inspirée par les oppositions Est-Ouest."
--------------- (1) Handicap International, rue de Spa, 67 - 1040 Bruxelles
(tél. 02/280.16.01 ; fax 02/230.60.30). (2) La Campagne Internationale
contre les mines antipersonnel a débuté en 1991 et regroupe 725 O.N.G..
Elle vient d’être nominée pour le Prix Nobel de la Paix. Quant à la
plate-forme belge, elle regroupe 19 organisations, dont Entraide et
Fraternité, Handicap International, le Service Jésuite des Réfugiés, Oxfam,
Pax Christi Wallonie-Bruxelles et leurs homologues en Flandre.
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