Nouméa, 3septembre(APIC) "Le peuple Kanak refuse de participer au
référendum parce qu’il n’accepte pas d’etre mis à mort sur l’autel d’une
fausse démocratie". Telle est la position de l’Eglise évangélique de Nouvelle Calédonie, qui représente une majorité du peuple mélanésien, face au
référendum du 13 septembre organisé par la France dans ce territoire
d’outre-mer situé à quelques miles de l’Australie. Les 146.000 habitants
dont 68.000 métisses, appelés Caldoches, devront répondre à la question
posée: "Voulez-vous que la Nouvelle Calédonie obtienne l’indépendance ou
reste au sein de la République française? Le parti indépendantiste de JeanMarie Tjibaou, le FLNKS, Front de Libération Nationale kanak Socialiste,
appelle la population autochtone mélanésienne répartie en 35 tribus a boycotter ce référendum.
Le Conseil supérieur de l’Eglise évangélique a arreté son refus du
référendum, le 6 aout dernier. Son président Sailali Passa a diffusé le 19
aout cette décision en précisant "qu’une majorité n’a pas forcément raison
et l’utilisation des règles démocratiques dans un pays dominé par une majorité colonisatrice est contraire au principe de la démocratie. La résistance du peuple kanak est un droit: c’est le droit historique de constituer un
peuple comme les autres peuples de la terre." Concernant le choix proposé,
le Conseil de l’Eglise évangélique considère que le choix proposé est une
offre fausse, "puisque les voix du peuple kanak (seuls en droit de revendiquer l’indépendance) ne peuvent pas avoir de portée décisive). De plus
l’indépendance étant présentée comme une rupture avec la France, cette
offre est un chantage."
C’est pourquoi, L’Eglise évangélique appelle ses fidèles à participer à
la marche organisée par le FLNKS le 3 septembre, interdite par les autorités françaises, mais demande toutefois à l’organisation indépendantiste
organisatrice d’éviter toute violence verbale et physique. Elle demande aux
paroisses, aux autres Eglises et à l’ensemble du pays, à se mobiliser par
la prière et le jeune le dimanche 6 septembre.
kanaks, caldoches ou simplement calédoniens
La Nouvelle Calédonie, deuxième ile de l’Océanie est un véritable continent sous peuplé. Découverte par le navigateur écossais Cook en 1774, elle
est annexée en 1853 par la France et transformée en 1873 en colonie pénitencière. En 1942, les soldats américains envahissent l’ile, en 1946, ordination des deux premiers pretres du pays. En 1975, les premiers heurts violents entre indépendantistes et "loyalistes" commencent sur l’ile. Ils opposent le FLNKS au RPCR (Rassemblement pour la Calédonie dans la République) rassemblant la majorité des caldoches; il est dirigé par le Président
du gouvernement central Dick Ukeiwé. Actuellement de nombreux militaires
résident sur l’archipel calédonien
En dehors de la capitale, Nouméa ou se trouve la majorité des européens,
des mélanésiens issus des iles environnantes et des asiatiques venus de
l’ex-Indochine française, le pays ne compte qu’un habitant au Km2. 43.000
habitants résident en brousse, certains ont des élevages allant de quelques
centaines d’hectares à quelques miliers, d’autres ont de petites exploitations de 10 à 25 hectares, les asiatiques sont maraichers. Sur les terres
mélanésiennes, le café est la principale source de revenu. Mais les plantations souvent mal entretenues, ont de faible rendements et déclinent. les
paysans préfèrent cultiver l’igname et élever porcs et volaille. la réforme
agraire a sensiblement modifié la répartition des terres et des propriétés
agricoles. Les kanaks, répartis en 35 tribus, vivent essentiellement en
brousse. 18 % d’entre eux pourtant vivent dans la capitale ou travaillent
dans les mines de nickel, 1ere ressource du territoire. la Calédonie est en
effet, le troisième producteur mondial de nickel mais cette exploitation a
provoquée un déséquilibre dans le territoire car elle a favorisée une augmentation des importations et à décourager le travail sur place.
A la tete des indépendantistes: 4 anciens pretres
La Nouvelle Calédonie compte aujourd’hui treize pretre diocésain et 39
pretres maristes dont l’archeveque Eugène Xavier Klein, répartis en une
vingtaine de postes. le chef des indépendantistes est catholique et pretre
catholique. Jean-Marie Tjibaou a été ordonné pretre en 1965. Il a traversé
la tourmente de Mai 68 et est revenu à Nouméa. En 1970, à l’age de 34 ans
il a repris l’état de laic. Sur les 17 pretres ordonnés en Calédonie au
cours de ses trente dernières années, douze étaient mélanésiens, deux européens natifs de l’ile, deux métropolitains, et un wallisien. les deux européens et cinq mélanésiens ont quitté leur ministère. Quatre mélanésiens
sont devenus indépendantistes: Jean-Marie Tjibaou, François Burck, de
l’Union calédonienne (UC), Jacob kapéa Neparmoindu, de l’Union progressiste
mélanésienne (UPM) et Camille Ipéré. On compte 90.000 catholiques dont
30.000 kanaks pour 36.000 protestants dont 31.000 sont indigènes avec leur
propres pasteurs.
L’archeveque de Nouméa a publié en 1979 déjà une lettre pastorale toujours d’actualité sur la situation de l’ile. "Il ne s’agit pas pour les
responsables (religieux) de choisir entre des options politiques purement
humaines relatives et changeantes. Il s’agit de beaucoup plus: favoriser
chez tout l’homme, dans toute société, pout toute ethnie ’l’alliance avec
la sagesse éternelle’. La Calédonie est une mozaique d’ethnies. Toutes ces
ethnies sont appelées à constituer la famille des fils de Dieu". (apic/cr)