"Une métaphysique pour les simples"
Fribourg, 18novembre(APIC) Dans son dernier livre "une métaphysique pour
les simples" le Père Pierre-Marie Emonet apporte le fruit de trente ans
d’enseignement de la philosphie au Collège St-Michel de Fribourg. L’intérêt
de ce petit livre est double, il permet aux non-initiés d’accéder à la
richesse d’un aspect essentiel de la philosophie occidentale et présente
aux doctes une approche simple et inhabituelle de la métaphysique. Son
originalité consiste dans l’utilisation constante de l’expérience
artistique et poétique.
Le titre peut étonner: les traités de métaphysique se sont fait rares à
une époque où la philosophie tend à se définir comme servante de la
science. Le livre s’inscrit dans une longue tradition qui va d’Aristote à
Jacques Maritain, en passant par Thomas d’Aquin. Tradition pour laquelle la
métaphysique est la connaissance ou la recherche de l’Absolu au moyen de la
raison humaine. Les "simples" auxquels s’adresse ce livre sont les
personnes qui ont conscience du désarroi actuel de la pensée en l’absence
de toute référence métaphysique mais "qui se sentent incapables d’accéder
aux traités savants et aux doctes exposés". L’intérêt du livre est double:
il permet aux simples d’accéder à la richesse d’un aspect esssentiel de la
sagesse occidentale que la philosophie occidentale a occulté et il présente
aux doctes une approche simple et inhabituelle de la métaphysique. En effet
l’originalité de cette publication est l’utilisation constante de
l’expérience artistique et parfois mystique: "le métaphysicien et le poète
sont frères dans les intuitions qui ouvrent à l’esprit le domaine de la
Nuit originelle". L’intelligence métaphysique s’éveille si, comme le dit
Ionesco, nous cessons d’être morts spirituellement et que sortant "du
sommeil de l’accoutumance" nous prenons conscience de l’étonnement de
l’être. Qu’est-ce qu’"être"? pourquoi quelque chose est? Nous comprenons
que la philosophie doit toujours être, selon le Père Emonet, d’abord une
contemplation des choses de la nature, le contemplatif n’étant pas "celui
qui découvre des secrets ignorés de tous, mais celui qui s’extasie devant
ce que tout le monde sait". Or souvent l’artiste, comme le furent
d’ailleurs les premiers philosophes, est un contemplatif. Par conséquent
les nombreuses et très belles citations des poètes, sculpteurs, peintres ou
autres mystiques ne sont pas des ilustrations devant aider à la
compréhension d’une démarche philosophique abstraite, elles sont autant
d’intuitions et de vérités métaphysiques. La poésie, comme tout autre art
est un mode de connaissance; le Père Emonet nous le rappelle d’abord en
citant St-John Perse "De la pensée discursive ou de l’ellipse poétique, qui
va plus loin et de plus loin? Et de cette nuit originelle où tâtonnent deux
aveugles-nés, l’un équipé de l’outillage scientifique, l’autre assisté des
seules fulgurations de l’intuition, qui donc plus tôt remonte, et plus
chargé de brève phosphorescence? La réponse m’importe", puis Baudelaire
"Chez les excellents poètes, il n’y a pas de métaphore, de comparaison,
d’épithète, qui ne soit d’une adaptation mathématiquement exacte".
Ce livre, modeste par la taille, présente ainsi en de brefs chapitres les
grandes questions de la métaphysique traditionnelle. "Il suffit d’entrer
très simple dans ce livre pour en ressortir très riche". Mais il faut
prendre le temps d’y entrer. (apic/mcf/mp)
"Une métaphysique pour les simples" de Pierre-Marie Emonet Editions du
Centre National de Pastorale Liturgique, 160 p.