mettre en garde contre "la pilule abortive"
"Document mal bâti", estime le quotidien catholique "La Croix"
Paris, 7juin(APIC) L’usage de la pilule RU 486 va-t-il banaliser l’avortement, qui deviendra peu à peu "un acte vertueux de civilité, de responsabilité démographique et socio-familial?" La crainte est exprimée par le
professeur Gonzalo Herrans, consulteur de la Congrégation romaine pour
l’éducation catholique, dans une note que le Vatican a envoyée aux Commissions familiales des épiscopats du monde entier.
La pilule RU 486 a déjà suscité de nombreuses controverses. En France,
tout d’abord, où elle a été mise au point par le professeur Emile-Etienne
Baulieu et où elle est fabriquée, mais qui est surtout le premier pays à
l’avoir mise officiellement à la disposition des femmes (avec remboursement
à 80%). Aux Etats-Unis ensuite, où les menaces de boycottage anti-avortement ont contraint le laboratoire Roussel-Uclav à la retirer du marché durant quelques jours, mais où le professeur Baulieu s’est vu par la suite
attribuer le prestigieux Prix Lasker.
Le cardinal Albert Decourtray, archevêque de Lyon, avait déjà exprimé
fin 1988 son inquiétude devant l’Assemblée plénière de l’épiscopat français, en déclarant: "Un nouveau seuil dans la banalisation de l’avortement
est franchi. Le mot banalisation est d’ailleurs bien faible, puisque ce
procédé permet de faire de l’avortement un acte assimilé à la contraception. Autrement dit, il tend purement et simplement à endormir la conscience de cet acte et de sa gravité morale. Un disciple du Christ ne peut l’accepter".
Condamné à la solitude
Le quotidien catholique français "La Croix" publie de larges extraits de
la note vaticane dans une page entièrement consacrée à la question. Un document mal bâti, estime le quotidien: "Les arguments se chevauchent et les
armes les plus triviales de la polémique s’entremêlent avec des réflexions
éthiques profondes et des arguments théologiques fondés".
Le professeur Herrans dénonce le fait que les mouvements favorables à
l’avortement voient dans la pilule RU 486 "la solution de plusieurs problèmes psychologiques et sociaux", les mouvements féministes "le premier pas
pour que la femme devienne réellement maîtresse absolue de sa capacité de
production", sans éprouver le sentiment de culpabilité que peuvent provoquer les avortements chirurgicaux. Or, écrit-il, "l’avortement à la maison
n’est pas dépourvu de tensions et d’anxiété pour la femme qui assume, seule
et avec urgence, toute la charge éthique et psychologique d’agent unique de
l’avortement... La pilule abortive favorise l’intimité et le secret de la
femme, mais elle la condamne à la solitude".
L’avortement, chimique ou chirurgical, reste un avortement
A propos des autres usages thérapeutiques, qui risquent de dédouaner la
pilule RU 486 de son image négative, l’auteur rappelle: le fait que l’avortement soit chimique ou chirurgical ne modifie pas substantiellement la
gravité morale de l’acte. Il s’insurge ici contre une terminologie fallacieuse, notamment quand le professeur Baulieu parle de "contragestion". Expression innocente, selon lui, pour qui juge de mauvais goût de parler "de
meurtre et d’assassinat". Une façon de rendre les pratiques abortives amorales, de se placer sur un terrain éthiquement neutre.
Le professeur Herrans voit là un projet idéologique pour en finir avec
la notion même d’avortement, en recourant à un vocabulaire innocent, sans
résonances morales, et donc déculpabilisant, "où la façade de médicament
que peut afficher dans certains cas la pilule RU 486 le transformera subjectivement en une action prometteuse de santé".
Un "déchet"
Mais, souligne G. Herrans, c’est l’embryon lui-même que concerne la conséquence la plus grave du recours à la RU 486: "Avec son usage, il apparaîtra, comme une évidence admise par tous, qu’il est un simple produit de rebut. Non seulement il est ainsi dépouillé de toute valeur humaine, mais on
le réduit à la condition négative d’un déchet... Détaché de la mère par un
mécanisme propre de compétitivité moléculaire entre hormones et antihormones, l’embryon termine son existence sans peine ni gloire. La transmission
de la vie humaine, la capacité suprême de l’homme de créer l’homme, cette
participation au pouvoir créateur de Dieu se transformera ainsi en une
fonction de rang physiologique".
Pour un discours positif
Le danger de banalisation de l’avortement dénoncé par le professeur Herrans est bien réel et l’honnêteté morale exige que l’on dise que, dans le
cas du RU 486, l’embryon est réduit au rang de simple déchet, commente Y.
de Gentil-Baichis. Mais, ajoute le journaliste de "La Croix", pour être entendu des contemporains, un texte officiel devrait avoir plus de souffle,
être positif, ne pas jouer sur les réflexes de la peur: "Ce n’est pas en
culpabilisant les femmes que l’on obtiendra une prise de conscience éthique. Aujourd’hui, la culpabilisation est souvent liée aux névroses. Elle
sent le soufre, paraît malsaine et rétrograde. Elle tourne le dos au véritable éveil de la conscience morale qui est un appel à la lucidité, au
courage et à la responsabilité".
Un discours convaincant sur la banalisation de l’avortement doit se situer dans un climat général de défense de la vie humaine. "De toute vie humaine, précise le journaliste: celle des embryons, mais aussi celle des malades et des personnes handicapées, celle des affamés; celle aussi des exclus et des persécutés. Car la vie humaine n’est qu’une caricature si la
dignité n’est pas prise en compte. Un discours sur le respect de l’embryon
qui ne se soucierait pas des hommes et des femmes n’éveillerait guère
d’échos..." (apic/cip/cx/pr)