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    Nominations épiscopales : vues de Rome, pas de problème (210389)

    Paris, 21mars(APIC/CIP) En dix années de pontificat, Jean Paul II a nommé

    1.250 évêques : un tiers de l’épiscopat mondial. "Que ces évêques soient à

    l’image du pape actuellement en charge, il n’y a pas de raison de s’en

    étonner, Paul VI en faisait bien autant", observe un cardinal de curie interrogé par l’"Actualité Religieuse dans le Monde" (ARM).

    Figurant parmi la trentaine de cardinaux membres du dicastère chargé de

    préparer les dossiers en vue des nominations épiscopales, l’interlocuteur

    de la revue a préféré garder l’anonymat "par souci de ne pas alimenter la

    polémique". Il explique les différentes phases de la procédure qui précède

    chacune de ces nominations, à commencer par la constitution d’une premier

    dossier. Celui-ci réunit les nombreuses informations qui parviennent au

    nonce apostolique ou directement au Saint-Siège dès qu’un siège est vacant

    : lettres de prêtres ou de fidèles s’exprimant en leur nom propre ou au nom

    de quelque association ou mouvement. Le représentant du pape dans le pays

    intéressé joint aux informations qu’il a reçues personnellement celles qui

    ont été fournies par les évêques. Le dossier ainsi constitué est examiné

    par la Congrégation pour les Evêques lors du "congressino" (petit congrès)

    qui réunit chaque vendredi le préfet, le secrétaire, le sous-secrétaire et

    les principaux membres du dicastère.

    Cette première phase permet d’émonder la liste des candidats sur la base

    de plusieurs critères : préparation doctrinale, expérience pastorale, aptitude au gouvernement, santé. "On a surtout tendance, explique à l’ARM le

    prélat, à selectionner les candidats qui répondent aux critères établis par

    le Saint-Père. Le pape souhaite promouvoir des hommes décidés à réaliser

    Vatican II et cela comme il l’entend, lui, selon sa mentalité, sa formation, son charisme et, naturellement, ses limites. En d’autres mots, le pape veut des évêques qui soient fidèles à Dieu et à l’homme, des personnes

    de grande spirualité mais capables aussi de s’engager pour la défense des

    droits de l’homme, sur la base de la liberté religieuse et du droit à la

    vie".

    La deuxième phase met en évidence le rôle important du nonce. Il s’agit

    de l’enquête canonique, soit la consulation du président de la conférence

    épiscopale du pays intéressé et d’autres personnes : évêques, prêtres,

    laïcs (pas plus de trente). Le nonce joue donc un certain rôle, parfois

    même "notable", précise le cardinal, dans le choix des trois noms à envoyer

    à Rome. "Certains nonces, précise-t-il, interprètent avec rigidité les

    critères fournis pas le Saint-Siège (par exemple en Autriche), d’autres

    sont plus souples."

    Une fois la "terna" (les trois noms) envoyés à Rome, un cardinal est

    chargé de l’examiner sur base des dossiers préparés et, s’il le juge

    nécessaire, peut demander un supplément d’enquête. Il fait ensuite une

    relation à l’assemblée (bimensuelle) de la congrégation. Suivent alors la

    discussion et les votes. "Outre les critères que nous venons de rappeler,

    précise le cardinal interrogé par l’ARM, nous tenons compte de la situation

    générale du pays interessé et de celle de l’Eglise locale. Nous prenons en

    compte, éventuellement, la nécessité de maintenir ou de rétablir certains

    équilibres dans la conférence épiscopale".

    Normalisation

    L’ultime phase de la procédure se déroule quand le cardinal Gantin,

    préfet de la Congrégation pour les Evêques, est reçu par le pape, qu’il informe briévement des délibérations de son dicastère. En général, le pape

    approuve le choix de la Congrégation, mais s’il s’agit d’un siège important, le délai de réflexion peut facilement atteindre un mois, parfois davantage s’il s’agit d’un siège "très important", comme on l’a vu pour Cologne.

    A propos de ce dernier cas, l’ARM donne la parole à un religieux

    allemand qui travaille dans un organisme pontifical à Rome. "La vérité,

    explique-t-il, est qu’aussi bien le pape que le cardinal Ratzinger estiment

    que de nombreux évêques manquent de vigueur dans la défense d’"Humanae

    Vitae". Il ne leur suffit pas que les évêques soient personnellement

    d’accord avec l’encyclique, ils veulent encore les voir retirer

    effectivement leur enseignement aux théologiens qui, ont sur ce point, une

    conception divergente. A Cologne, il faudra que le cardinal Joachim Meisner

    donne l’exemple d’une telle fermeté. Nombreux en Allemagne sont ceux qui

    sont persuadés qu’il ne réussira pas à faire prévaloir son autorité et

    qu’avoir voulu l’imposer aux catholiques de Cologne n’aboutira qu’à

    provoquer la désaffection des fidèles. Au Vatican, plusieurs personnes ont

    la même conviction, mais elles préfèrent se taire plutôt que de

    compromettre leur carrière. C’est qu’il faut quasiment de la sainteté pour

    se risquer aux critiques par les temps qui courent".

    Un jésuite italien, présenté par l’ARM comme "un théologien fréquemment

    consulté en haut lieu", allonge le tir : "Nous vivons dans un climat de

    normalisation. On peut en voir les signes dans la façon dont sont récupérés

    les anciens de Mgr Lefebvre, dans la mise en cause des évêques et des

    théologiens, dans les nominations d’évêques qui cassent littéralement

    certaines Eglises locales. Au Vatican, il y en a bien quelques-uns qui

    grognent, mais personne ne s’oppose ouvertement".

    Des critiques qui "scandalisent" le cardinal interrogé par l’ARM, comme

    le scandalise la contestation des 163 signataires de la "Déclaration de Cologne", contestation qu’il ne partage "ni sur le fond si sur la forme".

    Après avoir déploré leur "grande ignorance" sur la question des nominations

    épiscopales, il leur reproche, à propos de l’enseignement de la théologie

    et de la contraception, d’avoir oublié que "la première responsabilité

    doctrinale et pastorale appartient au Souverain Pontife et aux évêques en

    union avec lui". Il souligne un dernier point : "Ces théologiens parlent en

    leur nom propre, avec des références culturelles qui ne reflètent que

    l’opinion d’une partie de l’Europe. Ils ne semblent pas comprendre que le

    pape doit sauvegarder l’unité de l’Eglise, laquelle rassemble tant de

    peuples de toutes cultures. Est-il possible qu’ils ne voient dans le SaintSiège que le centre d’une machination quasi diabolique ?" (apic/arm/bd)

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