Noel Bruyns, journaliste sudafricain et ancien chargé de l’information et
interviewé par un membre de l’UPIC, Joseph Chittilapilly, sur le dénouement
de l’anti-apartheid, et ceci à l’occasion de son passage à Genève. Depuis
le mois d’août 1988, Noel Bruyns vit près de Cologne où il est expert-conseil de différents groupes et organisations s’occupant du problème de
l’Afrique du Sud et de la Namibie.
Dans cette interview, il nous explique comment l’Eglise, les médias et
la sanction sont employés dans le but de venir à bout de l’injustice actuelle qui domine ce pays. Il a également exprimé sa déception sur le manque de soutien des Eglises de l’Europe de l’ouest en dépit du renforcement
des positions au Vatican par les évêques sudafricains.
Besoin de reconnaître le rôle de l’Eglise
Expliquant le rôle et l’importance de l’Eglise dans la lutte contre
l’apartheid, Noel Bruyns insiste sur le fait que l’Eglise est une des
seules a pouvoir encore s’exprimer contre les injustices de l’apartheid
politique.
La présence de l’Eglise dans la société est la plus vitale des
organisations anti-apartheid. Rien qu’en 1988, Plus de 20 groupes
d’opposition ont été bannis. Le Conseil Sudafricain des Eglises et la
conférence des évêques catholiques sudafricains (qui includ le Souaziland,
le Lesotho, le Botswana, la Namibie et l’Afrique du Sud) constituent une
des forces majeures contre l’apartheid. Ils assument un rôle éminent dans
la société et dans la sphère politique en montrant la conduite morale dans
le monde entier.
"L’apartheid est aussi une hérésie, dit-t-il. Selon notre foi et en
référence à la Bible, l’homme a été cré selon l’image de Dieu; il est le
Temple du Saint-Esprit. Tout ce qui concerne l’être humain devrait partir
de ce concept. Le système de l’apartheid s’oppose aux voeux de Dieu consciemment, constitutionnellement et systématiquement et traîte le peuple
selon la couleur de sa peau. La pertinence et le rôle de l’Eglise dans cette société dérive du concept que l’Homme en tant qu’image de Dieu ne doit
pas être maltraîter et que ses droits ne doivent pas lui être oter à cause
de la couleur de sa peau.
Manque de soutien de l’Ouest
Noel Bruyns, d’après son expérience à la Conférence des évêques catholiques de l’Afrique du Sud, dit que l’on pourrait avoir l’impression que la
plupart des chrétiens, gouvernements et même l’Eglise en Europe de l’Ouest
considèrent les évêques sudafricain comme des radicaux irresponsables dans
leurs appels à l’Ouest de prendre des mesures décisives sur les forces gouvernementales sudafricaines pour démenteler l’apartheid. Ces appels des
leaders de l’Eglise sudafricaine n’ont pas été relevés par l’Europe de
l’Ouest. Ils ne voient aucune justification d’une telle attitude venant de
l’Europe. Au contraire, il est du devoir de l’Eglise européenne les soutenir. Comme l’ont répété les évêques, ils n’ont aucune intention de s’impliquer dans un parti politique et de poursuivre une idée de pouvoir politique, mais ils veulent une compréhension politique, dans l’ordre de la société.
En outre, la position des évêques, leur implication dans la société et
relations contre l’apartheid ont été soutenus de bon coeur par le
Saint-Père qui, au cours de sa visite ad limina en décembre 1987 a exprimé
sa solidarité avec les évêques sudafricains, a dit Noel Bruyns. Même si la
plus Haute autorité de l’Eglise leur a donnés le feu vert autant moralement
que théologiquement, les autres mouvements ecclésiastiques de l’Europe de
l’Ouest n’ont aucune raison de ne pas les soutenir. Leur soutien verbal
ainsi que leur condamnation verbale de l’apartheid ne sont pas suffisants.
Noel Bruyns affirme que les leaders de l’Eglise sont très proches du
peuple. La plupart des sudafricains viennent d’un milieu rural. Lorqu’ils
appelent à l’action et à la pression pour en finir avec l’arpartheid, ils
ne parlent pas théoriquement ou pour eux-mêmes mais leurs réactions restent
plutôt rurales.
Selon Noel Bruyns, Le gouvernement antagoniste voit les sanctions comme
le dernier moyen non-violent pour faire pression contre le gouvernement
sudafricain d’en le but d’en finir avec l’apartheid. Ceux qui luttent
contre les sanctions au nom du bien-être des Noirs luttent aussi pour leur
propre confort. Les Noirs le disent eux-mêmes avec cynisme : "Depuis des
décennies, les hommes d’affaire blans nous ont exploités sans merci.
Maintenant que leur propre existence économique est sanctionnée, ils nous
usent comme alibi pour détourner les menaces.
A chaque événement, les économistes signalent que des sanctions telles
que la proscription sur l’exportation de l’équipement de haute technologie,
le prêt, le désendettement ou encore la proscription sur la publicité touristique et l’interdiction pour la South African Airways d’attérir sur le
sol européen, affectent en premier lieu la population blanche et non les
Noirs qui souffrent.
Le syndicat ouvrier des Noirs et leur organisation communautaire ont
d’abord discuté de la question des sanctions avant de décider du soutien
des appels sanctionnaires. Selon Noel Bruyns, les leaders noirs devaient
choisir s’ils voulaient rester esclaves sous le régime de l’apartheid ou
s’ils préféraient supporter les sanctions pour en finir avec l’apartheid et
aboutir à la liberté, même si cela impliquent la souffrance. Les Noirs
d’Afrique de Sud comparent leur situation avec l’exode biblique. Là aussi,
la question était soit de rester esclave des Pharaons en retournant dans la
"bonne chère Egypte" soit d’endurer l’épreuve et la famine dans le désert
comme prix avant d’atteindre la Terre Promise et la libération.
Durant leur session extraordianire d’avril 1986, les évêques sudafricains ont réflêchi sur la pression économique pour en finir avec
l’apartheid, ceci après avoir pris en considération et écoutés ceux qui ont
déjà souffert.
Noel Bruyns pense qu’il est évident que les sanctions sont effectives.
Le régime sudafricain réagit beaucoup plus aux menaces et pressions du
monde extérieur. Un exemple concrêt sont les "Sharpville Six qui ont été
condamnés à mort mais qui n’ont pas été exécutés suite à la pression
internationale.
On interprète aussi la décision de retirer les troupes sudafricaines en
Angola et l’indépendance donnée à la Namibie comme résultat des sanctions
faites à l’économie sudafricaine et qui a provoqué pour l’Afrique du Sud
l’impossibilité financière d’occuper militairement ces pays.
La liberté des médias et la méfiance envers les touristes
Comme le monde entier le sait, les médias en Afrique du Sud existe mais
sous d’extrêmes restrictions. Les journaux publient quotidiennement une note disant que de nouveaux articles ont été restreints au terme d’une mesure
d’urgence. Ils ne sont même pas autorisés à préciser quels articles ont été
censurés.
Selon le journaliste sudafricain, les journaux qui constituent une
sérieuse menace pour le régime peuvent être bannis sans même que le
Ministre responsable en donne les raisons. Les correspondants étrangers
ont, pour la plupart d’entre eux été expulsés. Ceux qui restent ont à faire
face à la menace d’extradition et craignent en plus de reporter ce qui
s’est vraiment passé dans le pays.
Les journaux progressistes ou alternatistes n’ont pas besoin de créer un
climat de révolution dans le pays car il existe déjà. La presse alternative
se contente de refléter l’humeur et les sentiments des opprimés.
On met en garde les touristes qui retournent en Europe et on leur affirme que tout ici est parfaitement en ordre et que la TV et les journaux mentent en reportant les troubles qui surgissent et la désatisfaction politique. Noel Bruyns a observé que la plupart des touristes ne voient que le
bon côté du pays. Ils vont à la magnifique Montagne de la Table à cape
Town, paressent sur les plages de Durban et vont déguster le vin tout au
long de la fameuse Route du Vin à Western Cape. Ils ne rencontrent jamais
le peuple qui souffre et n’entrent pas en communication personnelle avec
les oppressés.
Noel Bruyns, agé de 32 ans, est né à Cape Town. Il a débuté sa carrière
journalistique lorsqu’il était encore écolier en écrivant la colonne des
jeunes dans le "Southern Cross", journal national catholique. De 1974 à
1976, il a travaillé pour le "Cape Times" qui est un quotidien de Cape
Town. Il a étudié la théologie et la philosophie à Münster en Allemagne de
1977 à 1983 avant de rejoindre de Cape Times en 1984 pour occuper un poste
de chef de bureau dans un autre journal sudafricain auquel le Cape Times
appartient. Il a été engagé en tant que chargé d’information et de la presse à la conférence des évêques catholiques sudafricains en 1986 et il est
l’auteur d’un manuel destiné aux leaders des groupes de jeunesse catholique. (apic/mg)