Après plus de deux ans de procédure judiciaire, une infirmière chrétienne du Nigéria a été acquittée des accusations de blasphème contre l’islam qui pesaient sur elle. C’est une première pour le pays.
Un juge de l'État de Bauchi a accordé, le 19 décembre 2024, à Rhoda Jatau l'acquittement complet des accusations de blasphème,a indiqué le 19 décembre 2024, l’Alliance de défense de la foi (ADF).
Cette infirmière chrétienne de 47 ans, mère de cinq enfants, avait été arrêtée, puis incarcérée en mai 2022, après avoir partagé une vidéo sur WhatsApp, condamnant le lynchage de Deborah Emmanuel Yakubu, une étudiante lâchement tuée quelques jours auparavant. Au cours des émeutes qui ont suivi, quinze chrétiens ont été gravement blessés et plusieurs bâtiments ont été incendiés.
Incitation à la sédition
Rhoda Jatau avait été inculpée et emprisonnée, en vertu des articles 114 (incitation à la sédition) et 210 (incitation au mépris des croyances religieuses) du Code pénal de l'Etat de Bauchi. Ces dispositions pénales prévoient une peine de prison ferme de cinq ans pour les coupables. L’Etat de Bauchi, au nord ouest du Nigeria, a pour base de son système juridique la charia, en vertu de laquelle le blasphème est un crime passible de mort.
Un an plus tard, en mai 2023, elle avait obtenu une libération sous caution et placée en lieu sûr non identifié, en attendant son jugement. Elle a été défendue par l’Alliance de défense de la foi (ADF) qui l’a soutenu en prenant en charge un avocat et en menant des efforts de plaidoyer pour la liberté religieuse et le droit à la libre expression au Nigeria.
En octobre 2023, Mary Lawlor, rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs des droits humains de l’ONU avait publié une déclaration exprimant son inquiétude quant à l’arrestation et à la détention de Rhoda Jatau. Elle estimait que l’accusée n’avait fait qu’exercer son droit à la liberté d’expression et à la liberté de religion et de croyance.
Droit à la liberté de religion et d’expression
Mais il a fallu encore attendre plus d’un an supplémentaire pour voir son innocence proclamée. Un juge de l'État de Bauchi a accordé, le 19 décembre 2024 à Rhoda Jatau l'acquittement total des accusations de blasphème.
«Personne ne devrait être puni pour avoir exprimé pacifiquement ses opinions, et nous sommes reconnaissants que Rhoda Jatau ait été totalement acquittée. Elle n’aurait jamais dû être arrêtée », a souligné Sean Nelson, conseiller juridique d’ADF International. Il a ajouté que l’organisation continuera « à rechercher la justice pour les chrétiens et les autres minorités religieuses au Nigeria qui sont injustement emprisonnés et en proie à des lois draconiennes sur le blasphème ».
D’autres détenus en attente
Après la libération de Rhoda Jatau, ADF International continue la bataille pour la libération d’un autre détenu pour cause de blasphème. Il s’agit d’un musicien, Yahaya Sharif-Aminu , un musulman soufi condamné à mort par pendaison pour avoir partagé des paroles de chansons jugées « blasphématoires » sur WhatsApp. Yahaya reste en prison en attendant son appel. Il est détenu depuis plus de quatre ans et demi. (cath.ch/ibc/mp)