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    Nicaragua: les communautés de base dans la tourmente (141190)

    Maurice Demierre est "toujours

    présent dans la mémoire du peuple"

    Achuapa/Fribourg, 14novembre(APIC) Le 16 février 1986, le coopérant fribourgeois Maurice Demierre tombait sous les balles de la "contra" à Somotillo, dans le nord du Nicaragua, en compagnie de cinq paysannes nicaraguayennes. "Mauricio est toujours présent dans la mémoire du peuple", lance

    son ami Juan Bautista Dolmu, mais les communautés chrétiennes de base au

    service desquelles il est mort sont dans la tourmente depuis l’arrivée au

    pouvoir de Violeta Chamorro, le 25 avril dernier.

    Depuis le décret No 1090 de mai dernier qui remet en cause la réforme

    agraire sandiniste, les paysans des communautés de base vivent dans l’insécurité, dans la peur de perdre une terre dont ils étaient pour la première

    fois devenus propriétaires, affirme Juan Dolmu. Cet animateur de communautés, - "délégué de la Parole de Dieu" comme on les appelle dans la région est depuis 16 ans au service du "Bloc intercommunautaire pour le bien-être

    chrétien" (BIP-BC). Le BIP-BC est une organisation née dans le sillage de

    l’assemblée des évêques d’Amérique latine de Medellin (1968) et de son "option préférentielle pour les pauvres". Maurice Demierre a travaillé pour

    elle trois ans durant.

    L’histoire exemplaire du coopérant de "Frères sans Frontières" est bien

    connue dans toutes les communautés de base de la municipalité d’Achuapa

    jusqu’à Villanueva et Somotillo, affirme Juan Dolmu. Le 2 novembre, Jour

    des morts, il a lui-même porté une couronne sur la tombe du Fribourgeois,

    enterré sur la place du village de Somotillo. Des coopératives, une école,

    des collectifs de travail continuent de porter le nom de "Mauricio Demierre".

    "Son exemple et celui des autres martyrs" encouragent les paysans à défendre les projets dans lesquels "El Suizo" était engagé : la construction

    de logements dans les coopératives ainsi que la formation dans le domaine

    agricole et l’élevage. Mais actuellement, plusieurs de ces projets sont au

    point mort et les paysans sont dans l’expectative : en effet, le nouveau

    gouvernement donne des terres nationalisées et déjà occupées par les coopératives aux rebelles de la "contra" démobilisés qui ont (pas tous !) déposé

    les armes. Bien que les coopératives aient elles aussi été théoriquement

    désarmées, les premiers affrontements pour le contrôle des terres a déjà

    fait de nombreux morts et blessés ces derniers mois dans les régions de Jinotega, Chontales et Matagalpa.

    L’Eglise n’est pas du côté des pauvres

    Dans cette affaire, affirme Juan Dolmu, la hiérachie catholique, en particulier l’archevêque de Managua, Mgr Obando y Bravo, est du côté de la

    "contra" et l’appuie publiquement. "Il ignore les nécessités et les demandes des communautés de base dans les coopératives et se refuse à aborder

    cette question, poursuit-il, et les gens pensent que le cardinal est avec

    le gouvernement, les Etats-Unis et la contra !".

    Et de déplorer que le chef de l’Eglise nicaraguayenne défende, avec la

    majorité de l’épiscopat, un modèle économique faisant la part belle au secteur privé et négligeant les besoins de la majorité de la population qui

    vit dans une grande pauvreté. Il se dit cependant confiant que, la situation des pauvres se dégradant rapidement, l’Eglise se montre plus solidaire

    de la majorité.

    Risques de guerre civile

    Mais le pire, au Nicaragua, n’est pas encore arrivé, estime le "délégué

    de la Parole" d’Achuapa, de passage en Suisse pour relancer le soutien au

    peuple du Nicaragua, une solidarité qui s’est faite discrète depuis la défaite électorale des sandinistes en février dernier. Juan Dolmu craint en

    effet que Violeta Chamorro et son conseiller Antonio Lacayo, secrétaire de

    la présidence, ne soient dépassés par l’aile "dure" du gouvernement de Managua, emmenée par le libéral Virgilio Godoy, ancien ministre du travail

    dans le gouvernement sandiniste. Appuyé par les secteurs les plus conservateurs au Congrès américain et au Nicaragua même, il reproche à la présidente de faire trop de concessions à l’opposition sandiniste restée la première force politique organisée du pays. Et de conclure que "si Virgilio

    Godoy l’emporte, le Nicaragua risque de sombrer à nouveau dans la guerre

    civile". (apic/be)

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