le "blocage" entre le gouvernement et la contra
Rome, 29 août (APIC/CIP) La situation au Nicaragua est devenue très difficile et le cardinal Obando Bravo, archevêque de Managua, n’est pas très optimiste pour l’évolution à court terme. Il s’en est expliqué dans une interview accordée au journal catholique italien "L’Avvenire".
Depuis le 9 juillet, l’opposition au Nicaragua et le gouvernement sandiniste ne se sont plus rencontrés, constate Mgr Obando Bravo. Bien qu’ils
n’y ait plus de combats entre l’armée gouvernementale et la "contra" appuyée par Washington, il y a encore des accrochages qui font des victimes.
Economiquement, la situation ne s’est pas améliorée, "elle a empiré",
insiste le cardinal. Les ouvriers nicaraguéens ne gagnent qu’environ
l’équivalent de 8 dollars par mois : "ce qui est très peu quand on a une
famille à nourrir".
L’archevêque de Managua, qui s’est rendu à Rome avec une dizaine
d’autres évêques du pays, a été reçu par le pape le 22 août. Il estime que
"l’Eglise a fait tout son possible". "A Sapoa, la petite ville du Nicaragua
ou, le 21 mars dernier, le ministre de la défense et frère du président,
Umberto Ortega, a rencontré les représentants de la contra, nous avons vu
s’allumer une lumière qui pouvait être - du moins, nous le pensions - celle
de la paix définitive. Grâce à la trève, un grand nombre de vies humaines
ont, en effet, été épargnées. Mais à présent, tout est bloqué."
Divergences sur la "démocratisation"
Dans l’accord intervenu entre le gouvernement sandiniste et l’opposition
armée, il est question de "démocratisation", explique le cardinal Obando
Bravo, ainsi que de cessation définitive des combats et de liberté d’expression. Or, "rien de cela n’a été réalisé".
Le problème majeur, selon l’archevêque de Managua, est qu’on ne met pas
la même chose sous le mot "démocratie". De son côté, le gouvernement sandiniste a souvent déclaré qu’il n’accepterait jamais une "démocratie" comme
en Argentine, au Costa Rica ou au Venezuela. Certains membres du gouvernement veulent clairement un systeme socialiste. A l’inverse, pour l’opposition, l’ideal est une "démocratie à l’occidentale".
Quant au cardinal Obando Bravo, il pense personnellement à une "démocratie, ou il y ait une égalité de chances pour tous, un respect de la vie, un
respect de l’homme et une liberté d’expression".
Concernant ce dernier point, l’archevêque revient sur la fermeture de la
radio catholique de Managua en juillet dernier pour réaffirmer sa revendication : "Uune liberté d’expression sans restriction". C’est parce qu’elle
réclame cette liberté que l’Eglise catholique du Nicaragua, bien qu’elle
soit pauvre, a consenti l’an dernier à une dépense importante pour remettre
sur pied les installations de son émetteur démantelé. La radio catholique a
donc été réouverte, mais elle ne peut transmettre aujourd’hui que de l’information strictement religieuse.
"J’espere que la situation redeviendra normale, conclut l’archevêque de
Managua. Il ajoute que "l’Eglise est la première à demander la paix" et est
convaincu personnellement que l’on peut atteindre cet objectif. "Je crois
cependant, précise-t-il, que ce sont les laïcs qui doivent surtout faire
les efforts pour aboutir à une solution." Il invite donc tous ses compatriotes à un sursaut pour parvenir à un accord qui pacifierait vraiment
le pays. (apic/cip/bd)