Nicaragua: colère du gouvernement et du peuple après la (090792)
L’inflation et la hausse infernale des prix guettent à nouveau
Managua, 9juillet(APIC) La suspension de l’aide financière des Etats-Unis
au Nicaragua, décidée le mois dernier, pour un montant de 100 millions de
dollars sur un total de 202 millions prévus pour l’assistance économique du
pays, et en particulier le refus d’octroyer 16 millions de dollars à
l’Agence pour le développement international (AID) destinés à des projets
sociaux, y compris l’éducation, provoque la colère du gouvernement nicaraguayen. Et même du journal "La Prensa", pourtant tout acquis ces dix dernières années à la politique américaine menée contre le gouvernement sandiniste d’alors. Les répercussions de cette suspension n’ont pas tardé à rendre plus difficile encore une situation déjà précaire. La chute libre de la
monnaie locale, qui avait connu une année durant une période de stabilité,
n’est pas la moindre des conséquences.
Les convulsions politiques du pays, la pauvreté endémique, la paix fragile, le mécontentement grandissant du peuple, les soubresauts toujours
plus menaçants de la "contra", le choléra et même les éruptions de volcans
ont cessé d’être les problèmes majeurs du gouvernement en comparaison du
casse-tête que représente pour lui la politique américaine au Nicaragua.
Après deux ans de pouvoir, la présidente Violeta Barrios de Chamorro est
aujourd’hui confrontée aux mêmes pressions économiques américaines que le
gouvernement sandiniste. "Le processus de démocratisation du Nicaragua
pourrait aller à reculons", devait-elle déclarer en commentant la décision
de Washington.
La faute aux Sandinistes
"Washington ne sympathise décidemment pas avec la politique de réconciliation nationale que mène l’actuel gouvernement nicaraguayen", commente-ton du côté de Managua. Cette manière d’agir n’est pas du goût de certains
sénateurs conservateurs américains, qui voient d’un très mauvais oeil
"l’influence excessive", selon eux, du Front national sandiniste de libération (l’ancien mouvement au pouvoir), le principal et le plus organisé des
partis d’opposition dans le pays. Un point de vue qu’ils ont su faire partager à Washington. Traduit dans les faits par la suspension, le mois passé, d’une partie de l’aide que les Etats-Unis prévoyaient d’octroyer cette
année au Nicaragua.
"Le sandinisme-communisme" n’est pas encore mort au Nicaragua, argumentait le sénateur républicain américain Jesse Helms, principal instigateur
de ce gel, dans une note remise au Congrès pour justifier la suspension de
l’aide économique. Suspension que les présidents centraméricains avaient
unanimement déploré au terme de leur Sommet tenu les 4 et 5 juin à Managua.
Ceux-ci exhortaient Washington à débloquer 150 millions de dollars d’aide
destinés au Nicaragua. Une aide que les Etats-Unis disent vouloir reprendre
sous certaines conditions et exigences: la réorganisation des forces policières et le démantèlement de la banque d’Etat, notamment, préoccupent les
sénateurs américains.
Le bonheur du marché noir
Les conséquences économiques n’ont pas tardé au lendemain de cette décision: le cordoba d’or, introduit en mars 1991 - au bénéfice d’une relative
stabilité et qui se cotait officielement à 5 pour un dollar et à 5,15 seulement sur le marché noir - se monnayait les jours suivants à 5,5 sur le
marché des cours parallèles. L’inflation - de 13’000% en 1990 -, controlée
depuis une année, pourrait reprendre sa courbe ascendante. Les produits de
base, pourtant maintenus stables pendant plusieurs mois, sont déjà à la
hausse, provoquant la panique de la population.
Inquiétude au sein de la population, mais inquiétude aussi auprès des
mouvements caritatifs et des milieux de l’Eglise: "la décision de Washington est inadmissible et sa pression pas acceptable pour le peuple qui en
subira le premier les conséquences". Même le journal "La Prensa", qui
s’était fait le chantre de la politique américaine sous le gouvernement
sandiniste pour l’aide militaire et financière que les Etats-Unis apportait
à la "contra", y va de son commentaire. Dans un éditorial publié peu après
la décision du sénat américain, il écrivait: "Les Etats-Unis n’agissent pas
avec justice en suspendant leur assistance économique. En coupant leur aide
avant que ne s’épuise le dialogue en cours, les Etats-Unis agissent d’une
manière peu digne d’un leader de la démocratie mondiale. Ils ne tiennent
aucunement compte que ces mesures peuvent pousser notre pays dans le chaos
et notre peuple dans la misère".
Quant au gouvernement nicaraguayen, pour qui cette suspension indéfinie
représente "une catastrophe pour le pays", il exhorte la population à "serrer les rangs" et à manifester son opinion auprès de l’ambassade des EtatsUnis à Managua. Pendant ce temps, le marché noir accapare les dollars dans
l’attente d’une dévalutation de la monnaie, tandis que les produits importés commencent à se faire rares sur les marchés. (apic/na/pr)