"La solidarité est une question de justice"
New York, 10mars(APIC) La plaie des réfugiés "ne cesse de s’élargir et
d’infecter les pays les plus pauvres, puisque 80% des réfugiés se trouvent
dans les pays en developpement". C’est ce qu’a rappelé mardi au siège des
Nations Unies, le cardinal Roger Etchegaray, président du Conseil pontifical "Cor Unum". Il présentait officiellement, en compagnie de Mgr Giovanni
Cheli, président du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants, le
document publié par le Vatican en octobre dernier intitulé "Réfugiés un défi à la solidarité".
"Le siècle des réfugiés: c’est ainsi qu’on a appelé le XXe siècle, a déclaré le cardinal. Cette fin de siècle mérite tristement un titre qui révèle une plaie ouverte au flanc de l’humanité, une plaie honteuse selon l’expression du pape Jean Paul II". Mgr Etchgaray n’a pas oublié "la situation
aléatoire de ceux qu’on nomme pudiquement les déplacés à l’intérieur de
leur propre pays, sous le feu croisé des guerres civiles", déplacés dont
"le nombre est tel, surtout en Afrique, qu’il fait doubler celui des réfugiés légalement reconnus".
Un triple défi
La "carte des réfugiées n’est jamais à jour, elle est soumise aux fluctuations d’une histoire sur le qui-vive". Et le cardinal de suggèrer la
création du mot "’réfugiant’ pour souligner les traits non achevés du réfugié". Ce que ’migrant’ est à ’immigré’.
L’Eglise renvoie à un triple défi: l’action humanitaire, l’action politique et la solidarité. "Quelle que soit l’ampleur des efforts déjà entrepris au sein de la communauté internationale, c’est à une révolution copernicienne que nous sommes tous appelés", a affirmé le président de "Cor Unum". Le Saint-Siège rend également hommage à l’ONU et en particulier au
Haut Commissariat pour les réfugiés qui "reste la pierre angulaire de la
protection du réfugié". Mais "plus que jamais, l’accent doit être mis sur
les causes du phénomène, ainsi que sur sa globalité. Cela renvoie d’abord à
la responsabilité incontournable des Etats ’producteurs’ de réfugiés. Quant
à la communauté internationnale, elle doit mettre en oeuvre des moyens plus
efficaces de prévention".
Le document romain affirme clairement: "tout en reconnaissant des cas de
légitime restriction, le souci sécuritaire ne peut aller jusqu’à parasiter
et encore moins à paralyser le devoir humanitaire". "La protection n’est
pas une simple concession que l’on fait au réfugié", lequel "n’est pas un
objet d’assistance, mais plutôt un sujet de droits et de devoirs".
C’est pourquoi: "Il est indispensable que la solidarité internationale
en faveur des réfugiés s’exprime à travers des mécanismes de partage équitable, pour que les charges ne pèsent pas indûment sur les pays les plus
pauvres". "La solidarité n’est pas une question de compassion, mais de justice. Elle est avant tout un impératif éthique", a conclu Mgr Etchegaray.
(apic/cip/mp)