Neuchâtel: Quelles relations entre éthique et économie ? (200591)
Neuchâtel, 20mai(APIC) Quelles relations entre éthique et économie ? A
quels problèmes éthiques une entreprise est-elle confrontée ? C’est pour
tenter de cerner ces questions que l’Association "Foi et économie" a invité
la semaine dernière à Neuchâtel le pasteur Jean-Louis Leuba, professeur honoraire à l’Université de Neuchâtel et l’industriel Jean Carbonnier à s’exprimer sur "Ethique et économie" dans le cadre de son assemblée générale.
L’occasion pour les intervenants de rappeler le primat de la personne sur
le système économique et la nécessité d’une éthique pour l’économie de marché.
Rappelant la vocation de l’homme, dans la tradition judéo-chrétienne, à
une liberté responsable, le pasteur Leuba a commencé par souligner la primauté de l’individu sur la collectivité. Il doit pouvoir agir librement,
mais dans une organisation rendue inévitable par les nécessités de la vie
en commun. Le théologien a plaidé pour une économie de marché responsable,
dans laquelle l’entrepreneur "n’exploite pas abusivement la nature ni son
prochain lorsqu’il est plus fort que lui". "Si le communisme a montré qu’il
ne pouvait résister au besoin de responsabilisation de l’homme, le terme
’capitalisme’ est ambigu", a souligné Jean-Louis Leuba, qui a lancé une mise en garde: "L’économie de marché exige une éthique de la responsabilité".
Un système économique qui prenne en compte les aspects sociaux
Pour le pasteur neuchâtelois, qui a rappelé l’enseignement de l’Eglise
catholique dans ce domaine depuis "Rerum novarum" - et notamment la dernière encyclique de Jean Paul II, "Centesimus Annus" -, une telle responsabilité doit prendre en compte les aspects sociaux du travail: "Les travailleurs doivent être suffisamment payés pour pouvoir consommer. L’environnement doit être protégé. L’Etat doit, au besoin, intervenir pour éviter le
capitalisme sauvage et l’Eglise ne doit pas craindre d’influencer l’opinion
publique".
L’industriel Jean Carbonnier a souligné qu’il y a symbiose entre éthique
et économie, même si "les règles économiques concernent l’entreprise, tandis que l’éthique touche à l’individu". Pour lui, l’économie de marché qui repose sur la propriété, la liberté individuelle et le profit - n’est
pas seule responsable de la pauvreté. Seulement, l’entrepreneur doit être
"totalement responsable". "Pour cela, il doit travailler sur le long terme,
ce qui fait qu’il est souvent mal compris", a-t-il ajouté. Plusieurs
questions se posent à lui dans sa gestion quotidienne: faut-il donner leur
chance aux jeunes ou protéger les anciens ? Faut-il favoriser les performances ou tendre au nivellement des salaires ? Faut-il plus d’assurances
sociales ou au contraire des salaires plus élevés ?
Des structures d’entreprise plus souples
Le droit au travail, a relevé Jean Carbonnier, est "délicat dans sa mise
en oeuvre, personne ne pouvant prendre un engagement définitif". L’industriel estime tout de même que "le travail doit tout d’abord contribuer à
la dignité humaine". Et de regretter l’attitude négative d’un nombre croissant d’individus face au travail, les jeunes en particulier, qui sont moins
motivés qu’auparavant. A côté des droits sociaux, ne devrait-on pas aussi
parler des devoirs sociaux ?, s’est aussi demandé Jean Carbonnier.
L’industriel neuchâtelois s’est montré peu optimiste pour l’avenir, la
vie économique se trouvant marquée par une évolution démographique très rapide et une mécanisation qui font planer un risque énorme de chômage. Il a
pourtant proposé plusieurs remèdes préventifs: des structures d’entreprise
souples et des relations humaines chaleureuses. "La valeur éthique de l’entreprise n’apparaît certes pas dans le bilan, mais elle est un élément-clé
de la cohésion sociale qui ne doit échapper à aucun responsable", a conclu
Jean Carbonnier.
L’Association "Foi et économie" est une émanation de la Fondation "Foi
chrétienne et société". Fondée en 1986, elle a pour but d’analyser les problèmes économiques à la lumière de l’éthique chrétienne en vue d’instaurer
un dialogue constructif entre les milieux religieux et économiques. Le résultat de ses analyses et de ses réflexions est publié sous forme de prises
de position, d’informations ou d’ouvrages. (apic/fp/cor)