Neuchâtel: Mgr Gaillot dit pourquoi il est devenu non-violent (250193)
Neuchâtel, 25janvier(APIC) Mgr Jacques Gaillot, évêque d’Evreux, a expliqué samedi au Temple-du-Bas, à Neuchâtel, comment la non-violence est devenue, selon lui, l’exigence vitale des chrétiens pour résoudre tous les conflits. Invité par le Mouvement international de la Réconciliation (MIR) et
la Pastorale oecuménique de Neuchâtel, il s’est exprimé sereinement sur
cette question - et sur d’autres aussi - dans le cadre d’une conférence intitulée: "Martin Lüther King, 25 ans après...Quelles audaces pour aujourd’hui?". Dans le débat qui a suivi, Mgr Gaillot a répondu à des questions concernant entre autres la situation en ex-Yougoslavie, la peine de
mort toujours admise dans le Nouveau catéchisme de l’Eglise catholique et
"l’appui diplomatique" du Vatican à la junte militaire d’Haïti.
Le ton de Mgr Gaillot n’est ni passionné, ni partisan. Il parle sereinement mais sans craindre d’aborder des sujets qui divisent les catholiques
ou les hommes politiques. Toujours en respectant ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. En abordant le thème de la violence, il dit l’avoir découverte dans toute son horreur quand il était soldat en Algérie: "J’étais dépourvu d’alternative face à cette violence quotidienne de la guerre, car ni
l’école, ni le Grand-Séminaire ne m’avaient préparé à des méthodes non-violentes. C’est en rentrant en France que j’ai lu des livres sur Martin Lüther King et Gandhi". Ces prophètes de la non-violence active l’ont marqué
pour toujours.
"Ceux qui frappent à la porte de l’Eglise"
Reprenant un commentaire du pasteur américain sur l’ami inopportun de
l’Evangile de saint Luc (11, 5-8), Mgr Gaillot a évoqué, chaque fois par
des exemples concrets vécus dans son diocèse d’Evreux ou ailleurs, comment
il essaye de répondre à ceux et à celles qui "frappent à minuit à la porte
de l’Eglise". Il rappelle en outre que la non-violence n’appartient pas
seulement aux chrétiens et qu’elle s’adresse à la conscience de l’autre
L’évêque français parle alors de la chaîne humaine de pacifistes à Jérusalem où il s’était rendu, comme aussi de la nécessaire reconversion de
l’arsenal de Brest fabriquant des navires de guerre. Dénonçant la poursuite
des essais nucléaires dans le Pacifique, il n’oublie pas les sans-abris
("chez nous, on s’occupe d’eux quand le thermomêtre baisse!, car il y a des
morts, alors"...). Mgr Gaillot visite chez eux des chômeurs de son diocèse
et décrit les conséquences tragiques du chômage sur leur vie quotidienne.
Des jeunes viennent le voir à l’improviste à l’évêché. "Ils veulent simplement être écoutés. Ils réclament simplement le pain de l’amour et de la
tendresse", ajoute Mgr Gaillot. Qui ne veut pas être un donneur de leçons.
Mais partout et chaque jour, c’est d’abord la recherche de la justice qu’il
poursuit. Cette dernière, selon lui, est partie intégrante de l’Evangile et
le monde a soif de signes et d’ actes de libération avec les croyants et
les non-croyants. "Il faut passer notre vie à remettre les gens debout.
C’est comme çà que Jésus a vécu".
Pas d’intervention militaire en ex-Yougoslavie
Le ton de Mgr Gaillot, paisible et pacifiant, est néanmoins ferme dès
qu’il exprime sa conviction profonde. Il aborde franchement et sans détours
les questions qui ne font pas l’unanimité dans son Eglise ou dans le monde.
Il a redit pourquoi il avait été farouchement opposé au déclanchement de la
guerre du Golfe par les armées occidentales. Pour l’ex-Yougoslavie, il est
aussi contre une intervention militaire. "Travaillons au succès des négociations. Après une intervention armée qui augmentera les drames de la
guerre civile, il faudra de toutes façons négocier!"
Interrogé sur la peine de mort, toujours admise dans le Nouveau Catéchisme, l’évêque d’Evreux dit sa déception: "A peine sorti, ce catéchisme
porte des rides, au moins sur ce point. Comme aussi sur la légitimation de
la guerre". Il dit aussi sa tristesse sur le fait que seul le Vatican ait
reconnu officiellement , à travers le Nonce apostolique, le régime militaire d’Haïti. "Nous espérions que le pape, quand il est venu à Saint-Domingue, irait au devant de tant de catholiques, prêtres et laïcs, qui demandent la justice et la démocratie dans ce pays. Hélas, ce geste, Jean Paul
II ne l’a pas fait".
Tout Mgr Gaillot est dans ces phrases. Il ose dire ce qu’il pense, même
publiquement, sur certains actes de son Eglise, sans pour autant dénigrer
ou agresser ceux qui ne pensent pas comme lui. C’est sa façon d’être,
transparente et lumineuse. C’est aussi sa manière qu’il a d’aimer le pape
et l’Eglise catholique.
L’assistance, particulièrement nombreuse, a apprécié cet évêque simple
et fraternel et qui, sans forcer la voix, explique sa passion de la justice. "La résignation n’est pas chrétienne", affirme t-il avant de conclure:
"Et aucune nuit ne dure longtemps". Au nom de Jésus de Nazareth, l’évêque
d’Evreux sait raconter, en pleine vie concrète, les victoires réelles et
possibles sur la violence et la haine des hommes. (apic/ba)
samedi
soir au Temple-du-Bas à Neuchâtel, une conférence