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    Vers une recolonisation économique des pays du tiers monde ?

    Négociations du GATT : Inquiétude des oeuvres suisses d’entraide (100790)

    Berne, 10juillet(APIC) Les négociations de "l’Uruguay Round", au sein du

    GATT, entrent dans leur phase décisive. Le 23 juillet s’ouvre à Genève une

    conférence de préparation de la négociation finale de décembre à Bruxelles.

    Des voix du tiers-monde évoquent à propos de ces négociations le danger

    d’une "recolonisation économique" du Sud. Mardi à Berne, les oeuvres suisses d’entraide ont attiré l’attention sur le risque que les nouvelles réglementations commerciales se fassent au détriment des pays pauvres.

    La Communauté de travail Swissaid/Action de Carême/Pain pour le Prochain/Helvetas a présenté en conférence de presse les arguments qu’elle

    vient de transmettre au Conseil fédéral concernant les positions défendues

    par la Suisse au sein de cette négociation multilatérale du GATT (Accord

    général sur les tarifs douaniers et le commerce). Le cycle de négociations

    commerciales de "l’Uruguay Round", lancé le 29 septembre 1986 à Punta del

    Este et d’une durée prévue de 4 ans, dépasse de loin la réduction substantielle des tarifs douaniers et d’autres entraves aux échanges qui avaient

    été l’objet des précédents cycles de négociations.

    Services, agriculture et propriété intellectuelle

    Parmi les points délicats, les oeuvres d’entraide mentionnent notamment

    les services, l’agriculture et la propriété intellectuelle. Christoph Lanz,

    de la Communauté de travail, a rappelé que ce sont les pays industrialisés

    qui ont tenu à inclure le secteur des services dans les négociations du

    GATT, pour pouvoir exporter sans contrainte dans ce domaine qui comprend

    non seulement les banques ou les assurances, mais également la publicité,

    l’échange de données, les télécommunications, les films, l’ingéniérie, les

    transports, etc.

    Exemple à l’appui, il a montré que la libéralisation totale des services

    dans les pays du tiers monde rendrait leur indépendance économique encore

    plus difficile: les sociétés multinationales évincent alors les investisseurs locaux, l’identité culturelle des nations en développement est mise

    en cause par les industries culturelles. "La terre entière risque de devenir un immense surpermarché", lance-t-il. Il demande aux autorités suisses

    de considérer les arguments des pays les plus pauvres, notamment de leur

    permettre de constituer leur propre économie de services.

    Mario Carera, de Swissaid, a défendu le principe de la multifonctionnalité de la politique agricole (sécurité alimentaire, protection de l’environnement, peuplement rural, etc.), principe qui devrait être reconnu par

    le GATT. Le GATT devrait aussi considérer le "dumping écologique" comme une

    concurrence déloyale vis-à-vis des pays qui ne le pratiquent pas. Carera

    soutient la revendication de l’Union suisse des paysans qui demande une

    prise en compte de l’environnement dans l’article XX du GATT. Il a d’autre

    part souhaité que les besoins agro-alimentaires des pays en voie de développement importateurs nets de produits agricoles soient reconnus prioritaires et ne soient pas menacés par des pressions libres-échangistes. Il a

    demandé aux autorités suisses une législation nationale complète concernant

    tous les aspects de la biotechnologie ainsi que l’interdiction de breveter

    des gènes, des cellules, des tissus de tout être vivant, "afin d’éviter

    l’appropriation du patrimoine génétique de l’humanité".

    Concernant la propriété intellectuelle, Richard Gerster, de la Communauté de travail, a déploré que dans le domaine de la protection par des brevets (Par tête d’habitant, aucun pays ne gagne autant que la Suisse en exportant ses inventions), la Suisse, "au mépris de son passé historique,

    joue la carte des fournisseurs de technologie du Nord, sans égard pour les

    pertes en matière de politique de développement". Fustigeant "l’égoïsme inconsidéré" de la Suisse dans ce domaine, R. Gerster estime qu’il est nécessaire d’accorder aux pays en voie de développement un maximun de flexibilité quant aux modalités d’application de la protection de la propriété intellectuelle, afin notamment d’éviter le monopole des firmes multinationales dans ce secteur. Dans le cadre du GATT, estime-t-il, seuls les aspects

    purement commerciaux de la propriété intellectuelle, notamment le commerce

    des contrefaçons, doivent être réglementés.

    Déjà trop tard pour le tiers monde ?

    Les négociations actuelles vont recomposer les structures économiques du

    monde pour les décennies à venir, affirme le journaliste indien basé à Genève Chakravarthi Raghavan, spécialiste de "l’Uruguay Round". Il a déploré

    le manque d’unité des pays du Sud face "au néo-mercantilisme agressif des

    plus grands pays industrialisés". Conséquence de la division des pays du

    Sud : le Nouvel Ordre Economique International sera encore plus injuste et

    plus inéquitable que l’ordre actuel, et on risque d’assister à une "recolonisation" des économies du tiers monde. A moins qu’une résistance politique

    concertée des responsables de ces pays ne s’organise... (apic/be)

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