Naples: saint Janvier en retard au rendez-vous (070591)
Naples, 7mai(APIC) Le miracle que les Napolitains attendaient avec anxiété a fini par se produire lundi 6 mai à 18 heures, mais avec deux jours de
retard: le sang de saint Janvier, le patron de la ville de Naples, s’est
enfin liquéfié.
La tradition veut que le miracle de la liquéfaction se répète deux fois
par an: le 19 septembre, fête de saint Janvier, et le samedi qui précède le
premier dimanche de mai, date du transfert en 1479 des restes de saint Janvier de Montevirgine (Avellino) à Naples.
Samedi dernier, le miracle attendu ne s’est pas produit, malgré la
ferveur de la foule en prière. L’archevêque de Naples, le cardinal Michele
Giordano, avait rassuré les fidèles. Il ne faut pas voir là un mauvais
présage, avait-il expliqué, mais plutôt "une pressante invitation à la
conversion", le miracle étant un signe de la bienveillance divine qu’on ne
peut recevoir qu’au prix d’un renouvellement intérieur, surtout dans une
ville qui connaît tant de problèmes, dont les plus criants sont la violence
meurtrière de la "camorra", la mafia locale, le chômage, l’école
buissonnière...
Les fidèles s’étaient remis en prière dimanche, sans plus de résultat.
Et c’est finalement avec un soulagement quelque peu teinté d’inquiétude
qu’ils ont accueilli lundi soir le renouvellement du prodige, lorsque le
sang contenu dans deux burettes est enfin devenu liquide.
Quand le miracle n’a pas lieu ou se produit avec retard, les Napolitains
y voient un funeste présage. La chose s’est produite en 1980, lorsque le
sang ne se liquéfia que partiellement: la région fut touchée le 23 novembre
par un séisme qui fit des milliers de victimes. Un exemple bien plus lointain est resté dans toutes les mémoires: le 6 mai 1656, le sang présentait
des signes inquiétants. Quelques jours plus tard, la peste ravageait la
ville, faisant 400’000 morts. Six ans après, le 6 mai 1662, c’est l’évêque
qui avait égaré les clés de la niche où est conservé le reliquaire du
saint. Il fallut crocheter la serrure, et le sang ne fut cette année-là encore qu’imparfaitement coagulé. L’été suivant, une pluie diluvienne causait
de graves dommages à l’agriculture locale.
Même les tifosi napolitain s’en remettent à saint Gennaro. Et ils ne furent pas autrement étonnés, en 1988, de la victoire in extremis dans le
calcio de l’AC Milan au détriment de l’équipe de Maradona, à laquelle le
titre paraissait ne plus pouvoir échapper. (apic/cip/jt/pr)