Namur: Mgr Léonard s’explique sur sa manière de gérer le diocèse (190691)
Namur, 19juin(APIC) "Si j’avais agi autrement, je n’aurais pas fait mon
devoir", se défend l’évêque de Namur, Mgr André Léonard, dans une interview
accordée au journal namurois "Vers l’Avenir". Au lendemain de la publication de sa première lettre pastorale, dans laquelle il s’explique longuement sur son projet concernant la préparation des futurs prêtres du diocèse, l’évêque se veut rassurant: si, "sur ce point très névralgique de la
formation théologique", sa longue expérience personnelle lui a permis
d’être "audacieux", il lui faudra, avant de prendre d’autres décisions,
écouter et consulter, "un travail de longue haleine, de plusieurs années".
Mgr Léonard annonce également pour l’automne le rétablissement des conseils
pastoraux et presbytéral.
Des remous suscités par ses décisions, auxquels il s’attendait, Mgr Léonard retient que "dans ce domaine (de la formation théologique) comme dans
d’autres" il lui faudra beaucoup de temps pour la consultation et pour
l’écoute. "Pour la formation des prêtres, dit-il, j’ai cru devoir aller vite, suivant une méthode qui n’est pas généralisable. Ce ne peut être la méthode habituelle de gouvernement. Sinon, on ne respecte pas les rouages
normaux. J’ai pris des risques très grands; je l’ai fait lucidement, mais
ce n’est pas l’exemple-type de la méthode de gouvernement du diocèse que
j’entends avoir".
Des "responsabilités particulières"
Pourquoi si vite ? En raison de l’urgence du problème, répond l’évêque,
"et parce qu’une longue expérience de 24 ans à la tête d’un séminaire international me donnait des responsabilités particulières. Et parce que si
j’avais agi autrement, je crois que je n’aurais pas fait mon devoir".
Mgr Léonard estime du reste que, même après un temps d’écoute de deux ou
trois ans, il aurait suscité de toute façon, au moment d’attaquer le fond
du problème, des réactions semblables "et peut-être encore plus vives". En
raison du "caractère névralgique de la question", explique-t-il: le sacerdoce est "un des points-tests de notre monde sécularisé, il est le signe de
la transcendance du Christ", autour duquel "se nouent toutes les questions
touchant le rapport de l’Eglise au monde sécularisé et finalement toute la
compréhension du Mystère de l’Eglise".
Une méthode plus douce n’était-elle pas possible malgré tout, en agissant par exemple sur les programmes ou sur le corps professoral ? Pour Mgr
Léonard, l’effet aurait été le même. Il estime aussi qu’il y avait de sa
part une ouverture sincère. "Si j’ai fait ces propositions, insiste-t-il,
c’est parce que je pensais, et je pense toujours, qu’avec le corps professoral existant, je peux arriver à quelque chose qui correspondrait mieux à
ce que je cherche". A savoir une école cathédrale née non d’une fusion du
Sénevé et d’"une autre institution", mais bien deux départements distincts,
reliés par des passerelles, avec un souci d’ouverture mutuelle.
L’évêque de Namur revient ici sur des propos qu’on lui a injustement
prêtés, affirme-t-il: "On m’a fait dire que les laïcs ne suivent une formation théologique que pour leur plaisir. Je n’ai pas dit cela. J’ai dit que
je cherchais une formation qui soit idéalement bonne pour tout le monde,
mais que l’impact sur les séminaristes me paraissait plus grand parce que
les laïcs qui suivent l’enseignement le font pour leur formation personnelle ou pour un travail de formation auprès d’autres. Pour les prêtres, il
s’agira souvent d’être formateurs de formateurs de formateurs, donc à la
puissance trois".
Modifications légères et progressives
S’ils refusent cette école cathédrale, les professeurs du Sénevé restent
libres de poursuivre leur enseignement tel qu’ils le dispensent maintenant.
"Je ne peux pas les contraindre à penser autrement", observe l’évêque.
Quant à la mise en place d’une nouvelle structure d’enseignement dès
septembre, Mgr Léonard n’est pas encore fixé. Et d’expliquer: "S’il y a, de
la part des professeurs, une ouverture à mes propositions, il y aura quelques modifications légères et progressives. Si cela ne se fait pas, le programme du Sénevé peut rester identiquement celui qui était annoncé".
Une réserve
Ce qui signifie que les professeurs du Sénevé pourraient poursuivre leur
enseignement comme par le passé, avec le même statut ? "Je ne remets pas
cela en question, confirme Mgr Léonard. Seulement, avec une réserve: après
avoir pensé d’abord à autre chose, j’ai finalement accepté que des séminaristes puissent continuer leur formation théologique à Namur, mais à condition qu’il y ait quand même un pas dans la direction de ce rapprochement
entre les diverses tendances théologiques. S’il n’y a aucun pas dans cette
direction, je ne suis plus tenu par ma proposition, par mon engagement".
Au -delà du diocèse de Namur
Au yeux de Mgr Léonard, toucher au problème de la formation au sacerdoce
suscite des réactions partout en Occident. C’est finalement un problème qui
dépasse le cadre du diocèse de Namur, c’est un problème ecclésial, si bien
que "ce qui se passe à Namur a une portée symbolique", souligne-t-il, tout
en se défendant de vouloir faire de Namur "un diocèse-pilote d’Europe occidentale". L’évêque ne se sent pas non plus investi d’une mission particulière du pape: il n’a reçu "aucune consigne, aucun mandat".
Mgr Léonard refuse en tout cas de parler de restauration. "Une restauration, c’est voué à l’échec, dit-il; ça n’a aucun sens. On ne ressuscite pas
le passé. Ce que j’ai en vue est une innovation, une manière de se propulser vers l’avenir. Le prêtre que je cherche n’est pas du tout un prêtre de
sacristie, uniquement confiné dans le sacré, dans une caste sacerdotale. Au
contraire, je cherche des prêtres proches des hommes et des questions d’aujourd’hui".
"Recléricalisation" est un autre terme que l’évêque conteste: les laïcs
n’ont pas une vocation de suppléance, ce ne sont pas des bouche-trous;
quant aux femmes, leur contribution est essentielle, car elles sont "les
premières évangélisatrices, notamment par l’éducation des enfants".
Pas de plan quinquennal
Pour gérer la crise actuelle, Mgr Léonard compte multiplier les contacts
et les rencontres. Le rétablissement, en automne, du Conseil presbytéral et
des conseils pastoraux y contribuera.
L’évêque de Namur a-t-il d’autres projets ? Si sa "très longue expérience personnelle" en matière de formation sacerdotale lui a permis d’être
"audacieux", il avoue qu’il n’a "aucune expérience directe" dans d’autres
matières, par exemple la catéchèse. Il va commercer par écouter tous ceux
qui produisent des instruments de catéchèse, puis consulter ceux qui les
utilisent, "un travail de longue haleine, de plusieurs années".
Mgr Léonard prendra son temps. "Je désire d’abord, affirme-t-il, écouter, m’informer, puis voir ce qu’on peut faire, mais je ne peux pas me fixer un calendrier. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut programmer dans
son bureau à travers un plan quinquennal. Et il y a beaucoup de choses à
sentir sur le terrain et je me réjouis de visiter, en octobre, mes deux
premiers doyennés, ceux de Barvaux et de Neufchâteau. Ces visites décanales
seront un peu l’équivalent d’une mission, d’un temps fort pour l’Eglise du
lieu". (apic/cip/cor)