Mozambique: cessez-le-feu et accord fragile (150391)
Berne, 14mars(APIC) Les autorités fédérales viennent d’accorder un don de
10 millions de francs au Mozambique pour aider ce pays à retrouver la paix
en même temps qu’il a accordé 10 millions à l’Afrique du Sud pour soutenir
le rapatriement des réfugiés. L’argent destiné au Mozambique servira à la
réinsertion professionnelle d’ex-combattants du FRELIMO (Front de libération du Mozambique) et de la RENAMO (Résistance nationale du Mozambique)
quand ils auront vraiment cessé de se battre. En attendant, une partie de
ce montant est destinée à des travaux d’infrastructure pour offrir du travail à ceux qui voudraient renoncer à la guerre.
Le Mozambique, pays de 13,5 millions d’habitants, essaie péniblement de
se sortir d’une guerre civile et d’un processus de déstabilisation par des
éléments sud-africains et portugais. Un million de personne y ont perdu la
vie et on estime à 50% la mortalité infantile avant 5 ans. Les oeuvres
suisses d’entraide ont interrogé Dennis Sengulane, évêque anglican de
passage en Suisse. Avec des représentants d’autres Eglises, il a participé
à la mise sur pied de négociations entre le gouvernement mozambicain et la
RENAMO.
Depuis quand la guerre civile s’évit-elle au Mozambique?
D. Sengulane: Notre pays est devenu indépendant en 1975 après 500 ans de
colonisation portugaise qui laissait derrière elle, entre autres, 70% d’analphabètes. Trois ans plus tard, la RENAMO, d’abord aidée par des Rhodésiens blancs puis par les Sud-Africains, a commencé son opposition au régime marxiste. Depuis lors, la guerre civile n’a fait que s’intensifier. Plus
d’un million de Mozambicains se sont réfugiés dans les pays vooisins: Tanzanie, Malawi, Zimbabwe, Afrique du Sud, pour échapper à la violence dans
les zones rurales.
En 1984, il y a eu les Accords de Nkromati entre les présidents Samora
Machel et P. W. Botha. Là, les Sud-Africains ont déclaré officiellement
qu’ils ne soutiendraient plus la RENAMO... Actuellement, 100’000 Mozambicains travaillent encore en Afrique du Sud, mais 20’000 en ont été renvoyés. Si les changements en cours continuent dans ce pays, cela aura un effet
bénéfique aussi chez nous.
Comment se fait-il que les Eglises aient joué un rôle dans les négociations entre le gouvernement et la RENAMO?
D. Sengulane: En fait, les Eglises au Mozambique se sont réunies pour
dire que les choses ne pouvaient plus continuer ainsi. Nous savons que tous
les Mozambicains désirent la paix, mais qu’ils ne savent pas comment s’y
prendre pour trouver le chemin du dialogue. Alors nous nous sommes offerts.
Nous avons cherché longuement qui étaient les dirigeants de la RENAMO et
leur avons proposé de dialoguer avec les membres du gouvernement. Cela a
abouti le 1er décembre 1990 à Rome à un cessez-le-feu limité.
Pourquoi limité?
D. Sengulane: Parce qu’il ne concerne que les corridors de Beira et du
Limpopo, qui sont gardés par l’armée du Zimbabwe. La RENAMO s’est engagée à
ne pas attaquer les troupes zimbabwéennes et à ne pas pas détruire les voies de communication. En échange, les soldats du Zimbabwe restent confinés
dans cette bande étroite. Il y a eu quelques violations durant les cinq
premières semaines du cessez-le-feu, puis plus rien. Nous osons espérer que
cela n’est qu’un début et que nous aboutirons à un cessez-le-feu plus général qui s’étende à tout le pays. Il y a trop de souffrances et de violence
au Mozambique.
Comment expliquer cette violence entre Mozambicains?
D. Sengulane: Au Mozambique, tout nous est venu de l’extérieur: les
idéologies, les fusils, les jouets pour jouer à la guerre. Les Eglises sont
particulièrement préoccupées par la montée de la violence. Les gens fuient
d’une région à l’autre, ils fuient en ville où la violence croît aussi notamment en raison du chômage. Si les Mozambicains n’avaient pas de fusils,
ils ne se tueraient pas entre eux comme ils le font aujourd’hui. Nous lançons un appel à tous ceux qui font le commerce des armes pour que cela cesse, mais aussi aux fabriquants de jouets de guerre... ces jouets ont une
influence néfaste sur les enfants. Beaucoup de ceux-ci, du reste - près de
20’000 -, n’entreront pas à l’école faute de place. Nous avons perdu des
dizaines et des dizaines de représentants d’Eglise, assassinés, et nous ne
savons pas pourquoi.
L’avenir politique du pays?
D. Sengulane: Il y a peu de temps, une loi est entrée en vigueur qui autorise le multipartisme. Mais je pense que pour avoir une démocratie vivable, il faut d’abord avoir la paix, car l’insécurité règne encore dans
presque toutes les provinces. Il est impossible d’y avoir des activités politiques normales. Nous aurons des élections sans doute, et j’espère que la
RENAMO y prendra part.
Ce qui est tragique au Mozambique, c’est de constater que notre pays est
riche et fertile et qu’en dépit de cela, 4,5 millions de citoyens sont menacés de mourir de faim si on ne fait rien pour les aider. L’économie
s’est libéralisée, mais à cause de l’insécurité, les investissements ne
suivent que prudemment. (apic/cvg/pr)
Propos recueillis par Christine von Garnier