Moutier: Mgr Candolfi a fêté dimanche ses 10 ans d’épiscopat (010693)
Delémont, 1erjuin(APIC) Mgr Joseph Candolfi, évêque auxiliaire du diocèse
de Bâle, a fêté dimanche à Moutier ses dix ans d’épiscopat, en célébrant
l’eucharistie de la Pentecôte. Enfant de Moutier, attaché à la cause de
l’oecuménisme, Mgr Candolfi évoque les faits marquants de son épiscopat.
Dans une interview accordée à Michèle Fringeli, du Service d’information
catholique de Delémont, il parle de ses souvenirs, de ses soucis actuels,
mais aussi de l’affaire du diocèse de Coire. Il rappelle en outre le directoire qui sera envoyé le 8 juin prochain aux évêques, "un véritable manuel
de pratique oecuménique de l’Eglise catholique".
Q.: Vous avez été nommé évêque auxiliaire le 3 juin 1983, consacré le
29 juin. Vous fêtez ces dix ans d’épiscopat à Moutier. Quels sont ou quels
ont été vos liens avec la Prévôté?
Mgr Candolfi: J’ai vécu à Moutier depuis l’âge d’un an. Mes classes primaires et secondaires ont donc été prévôtoises. Je m’y suis fait des amis
qui, pour la plupart, ne sont pas catholiques. En ce qui concerne la paroisse, j’ai communié et confirmé à Moutier. Des liens étroits se sont tissés avec les vicaires, les abbés Theurillat, Matthey, Froidevaux et Mgr
Cuenin, curé. J’ai participé aux manifestations de la jeunesse. Et comme
jeune prêtre, je suis retourné très souvent en vacances à Moutier. J’ai dit
ma première messe dans l’ancienne église catholique, le 6 juillet 1947.
Q.: Quels ont été les faits marquants de votre épiscopat?
Mgr Candolfi: La pastorale des migrants et le problème des demandeurs
d’asile. Jusqu’en 1989, avant que je préside la Conférence des évêques
suisses, je me suis occupé des migrants. Ils étaient environ 650’000 en
Suisse: des Italiens, des Espagnols, des Portugais, des Hongrois. Puis je
me suis engagé à plusieurs reprises pour apporter mon soutien aux demandeurs d’asile.
Q.: Quelle évolution notez-vous ces dix dernières années dans le diocèse
de Bâle, en Suisse où vous avez présidé la Conférence des évêques et en Europe où vous avez porté des soucis oecuméniques?
Mgr Candolfi: Dans cinq ans, dans la partie allemande du diocèse, il y
aura probablement 120 prêtres de moins qu’aujourd’hui. C’est la raison pour
laquelle nous sommes contraints de préparer l’avenir. Nous le préparons par
la mise en place un peu partout d’équipes de doyenné et de secteurs. Comme
cela a été fait ces vingt dernières années dans le Jura. Nous veillons aussi à une collaboration plus active entre laïcs, prêtres et assistants pastoraux. De façon à ce que l’Eglise puisse poursuivre sa mission au XXIe
siècle.
En Suisse, mon temps à la présidence de la Conférence des évêques a
coïncidé avec l’affaire du diocèse de Coire. Ce qui m’a pris beaucoup de
temps et d’énergie. A plusieurs reprises, nous avons comparé cette crise au
Kulturkampf. Nous avons craint que la situation n’empire. Nos efforts ont
cependant abouti à un premier résultat. Les récentes nominations sont un
signe de l’action du Saint-Esprit qui conduit l’Eglise à travers ses faiblesses, ses difficultés.
Par le Conseil des Conférences épiscopales européennes, je suis entré en
contact avec des évêques de toute l’Europe. J’ai assisté aux derniers moments des régimes communistes et à tout le travail qui se fait dans les autres pays. En décembre 1991, j’ai participé au Synode des évêques sur l’Europe. Là, nous avons pris conscience de la gravité de la situation. A l’Ouest comme à l’Est, les gens se demandent si la vie a encore un sens. Nous
avons pensé que seul l’Evangile peut apporter à ce monde une transformation, une réponse positive. Redonner courage et force à tous ceux qui sont
tentés de baisser les bras et même de retourner dans les anciens systèmes.
Comme chrétiens, nous ne pouvons plus vivre en vase clos, mais au contraire
avec tous ceux qui nous entourent et qui composent l’Europe.
Q.: Quels sont les problèmes actuels qui vous tiennent à coeur?
Ma préoccupation majeure est celle de la transmission de la foi aux générations futures. La voie la plus efficace de cette transmission me semble
être la pastorale de la famille.
Mon deuxième souci est celui de la formation des prêtres, des assistants
pastoraux, des diacres et des laïcs. Une formation qui leur permette de
vivre leur foi et d’exercer leur ministère dans un monde qui a changé et
qui change encore.
Le troisième problème qui me tient à coeur est l’oecuménisme. La semaine
passée à Rome, j’ai participé à la 5e réunion des évêques responsables de
l’oecuménisme dans leur pays. Il nous a été rappelé que l’oecuménisme est
un élément essentiel de la formation de base de tout catholique. C’est un
devoir essentiel. Le pape l’a souligné dans son discours de clôture.
En Suisse, je constate une très bonne collaboration entre les responsables des différentes Eglises. Nous nous rencontrons plusieurs fois par
année. Ce qui fait problème, c’est que nous manquons de laïcs, de prêtres,
d’assistants pastoraux qui aient une véritable formation oecuménique.
L’oecuménisme dont on entend parler est bien loin de celui que recommandait le Concile. Un fossé s’est creusé entre les évêques et les fidèles. Du
côté de la base, on a l’impression que les évêques, qui étaient les locomotives de l’oecuménisme, sont devenus les serre-freins, qu’ils ne prennent
plus d’initiatives. Du côté des fidèles, on a l’impression que ce qui est
recherché est une unité superficielle et non pas une unité dans la foi.
Le 8 juin prochain, un directoire sera envoyé à tous les évêques. Véritable manuel de pratique oecuménique de l’Eglise catholique, il sera un
appel à une formation oecuménique. Quand nous, catholiques, parlons d’évangélisation, nous devons être conscients que nous ne pouvons rien faire sans
les autres chrétiens. Nous avons besoin de nous unir pour que notre message
soit prix au sérieux. (apic/sic/mf/pr)