délégation "uniate" au Patriarcat de Moscou
Pour la légalisation complète de l’Eglise ukrainienne-catholique
Moscou/Rome, 18janvier(APIC) Pour la première fois depuis 1946, date de
l’interdiction par les soviétiques de l’Eglise ukrainienne-catholique et
son intégration forcée dans l’Eglise russe-orthodoxe, des évêques grecscatholiques "uniates" ont été reçus en délégation au Patriarcat de Moscou à
l’occasion du séjour du 12 au 17 janvier dans la capitale soviétique d’une
mission vaticane conduite par le cardinal Johannes Willebrands, ancien président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et
son successeur, Mgr Edward Idris Cassidy. La non-reconnaissance légale de
l’Eglise ukrainienne-catholique est l’un des obstacles à une éventuelle visite du pape en URSS. Suite à la visite de Gorbatchev au Vatican, plusieurs
dizaines de paroisses "uniates" ont été enregistrées, sans que l’Eglise en
tant que telle ne soit légalisée.
Dans une déclaration rendue publique mercredi soir à Rome, le cardinal
Myroslav Ivan Lubachivsky, archevêque majeur de Lviv (Lvov) des Ukrainiens,
a qualifié d’"encourageante" cette rencontre historique. Le chef spirituel
des ukrainiens-catholiques, qui vit en exil à Rome, a souhaité prendre part
aux prochaines discussions prévues à Lvov et à Moscou.
La délégation "uniate" reçue au Monastère de Saint-Daniel (Danilov), résidence du Patriarcat à Moscou était composée de l’évêque auxiliaire Filemon, remplaçant personnel de Mgr Wolodymir Sterniuk, représentant de l’archevêque majeur de Lvov, de Mgr Sofron Dmyterko, d’Ivano-Frankovsk, de Mgr
Pavlo Vasylyk, coadjuteur d’Ivano-Frankovsk, deux autres évêques auxiliaires et trois autres prêtres, ainsi que le président du Comité pour la défense de l’Eglise grecque-catholique en Ukraine, Ivan Hel.
Les représentants ukrainiens-catholiques ont d’abord rencontré la délégation vaticane, puis a eu lieu une rencontre commune avec les responsables
de l’Eglise russe-orthodoxe, notamment Mgr Juvénaly, métropolite de Krutitsi et Kolomna, l’exarque d’Ukraine, Mgr Filaret, métropolite de Kiev et de
Galicie, Mgr Kyrill, archevêque de Smolensk et Vjazma et président du Département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, de Mgr Irénée,
archevêque de Lvov et Ternopol. Les délégués "uniates" ont également une
discussion qualifiée d’"informelle" avec l’archevêque russe-orthodoxe de
Ivano-Frankovsk, Mgr Makary. Ce dernier avait entamé récemment une grève de
la faim contre la restitution à l’Eglise grecque-catholique de la cathédrale d’Ivano-Frankovsk.
"Un esprit d’amour fraternel et de confiance"
Le communiqué du Vatican précise qu’au cours de la rencontre, les deux
délégations ont discuté "dans un esprit d’amour fraternel et de confiance"
la situation des orthodoxes et des catholiques de rite oriental en Ukraine
occidentale et les perspectives de la normalisation de leurs relations mutuelles. Ces discussions ont permis "un échange de vue fondamental" et une
vision de la situation. Les deux délégations ont exprimé leur satisfaction
quant à l’évolution générale de la vie ecclésiale en URSS et en Ukraine en
particulier. Elles sont convaincues que les orthodoxes et les catholiques
doivent contribuer aux efforts de la société soviétique dans laquelle ils
vivent "en vue de la construction d’un véritable état de droit où tous les
citoyens peuvent exprimer librement leurs convictions religieuses".
Le communiqué précise que "ce droit concerne naturellement les catholiques de rite oriental et comprend pour eux la possibilité d’organiser leurs
structures ecclésiales au sein de l’Eglise catholique romaine - aussi bien
que les orthodoxes du Patriarcat de Moscou". On précise encore que "évidemment, la solution des problèmes entre les catholiques de rite oriental et
les orthodoxes en Ukraine occidentale doit être recherchée dans la lumière
et dans l’amour de l’Evangile et dans l’esprit du dialogue fraternel entre
Eglises soeurs". On mentionne encore que l’on a élaboré au cours de ces
rencontres un document qui sera rendu publique après son approbation par
les autorités supérieures des deux Eglises.
Les "uniates", pas seulement un prolème religieux
Enfin, en exprimant leurs préoccupations quant aux difficiles relations
interconfessionnelles en Ukraine occidentale, les représentants des deux
Eglises ont constaté que "les problèmes dans cette région ne dérivent pas
toujours des aspects proprement religieux". Ils ont répété leur conviction
que les hostilités et la violence doivent être considérés comme "incompatibles avec l’esprit chrétien". Mgr Juvénaly et Mgr Cassidy se sont montrés
satisfaits de ces négociations lors d’une rencontre avec la presse à Moscou, soulignant que ce n’était qu’un pas vers la solution du problème.
Mgr Cassidy a relevé que l’un des problèmes les plus délicats concernait
la restitution aux catholiques de rite byzantin des églises et des biens
ecclésiastiques attribués à l’Eglise orthodoxe lors de l’interdiction de
l’Eglise "uniate". Ces dernières semaines, l’Eglise russe-orthodoxe avait à
plusieurs reprises dénoncé les occupations par les "uniates" d’églises leur
ayant autrefois appartenu. Les évêques grecs-catholiques ont nié que de la
violence ait été utilisée et souligné que les paroisses n’ont en aucun cas
été forcées de se rattacher à l’Eglise catholique, mais que c’étaient les
fidèles eux-mêmes qui l’avaient demandé. Le problème "uniate" n’est pas
seulement religieux, et est potentiellement explosif étant donné le réveil
des nationalismes dans les républiques soviétiques. (apic/jt/kpr/be)