Moscou : Mgr Kyrill de Smolensk reconnaît (140391)
Mise en garde contre la montée du nationalisme et de l’intolérance
Paris, 14mars(APIC) Mgr Kyrill (Vladimir Gundjajev), chef des relations
extérieures du Patriarcat de Moscou, reconnaît le droit à l’existence des
uniates d’Ukraine, interdits par Staline en 1946. Dans une interview accordée au quotidien catholique français "La Croix", l’archevêque orthodoxe
russe de Smolensk et Kaliningrad met cependant en garde contre la montée du
nationalisme et l’intolérance, et accuse certains nationalistes de se servir de l’Eglise pour faire passer leurs intérêts politiques.
Mgr Kyrill réfute que les gréco-catholiques ukrainiens (uniates) aient
été victimes de l’Eglise orthodoxe russe lors de l’interdiction de l’Eglise
catholique de rite byzantin : "C’est Staline, et pas notre Eglise, qui a
interdit les uniates; nous avons accueilli ceux qui ont choisi de devenir
alors orthodoxes (plutôt que catholiques latins ou athées), sans contrainte".
L’archevêque orthodoxe russe accuse les uniates d’Ukraine d’utiliser des
moyens violents contre les orthodoxes : "En janvier 1990, nous avions conclu un accord avec le Vatican et engagé des pourparlers avec les uniates,
mais ils ont quitté la table de discussion". Mgr Kyrill affirme que les nationalistes au pouvoir en Ukraine avaient promis à la hiérarchie uniate
qu’elle pourrait tout obtenir sans discuter avec les orthodoxes. Les uniates, poursuit-il, se sont alors saisis d’églises, expulsant les prêtres orthodoxes et leurs fidèles, cadenassant les portes. Il accuse les autorités
locales d’avoir laissé faire. Les orthodoxes ont pu récupérer quelques
lieux de culte, également avec des moyens violents, ce qui n’a fait qu’aggraver la situation.
Un conflit nationaliste qui exploite le facteur religieux
Mgr Kyrill affirme qu’une enquête menée l’an dernier par l’Académie des
sciences a montré que les orthodoxes étaient en moyenne deux fois plus nombreux que les catholiques en Ukraine occidentale. "Et pourtant, notre évêque d’Ivano-Frankovsk n’a plus de lieu où célébrer!". Le chef des relations
extérieures du Patriarcat de Moscou affirme par ailleurs que les orthodoxes
ne sont pas les seuls à rencontrer des problèmes avec les uniates, mais que
les catholiques de rite latin sont en butte à davantage même de difficultés. "Ce n’est donc pas un conflit entre orthodoxes et catholiques, souligne-t-il, c’est d’abord un conflit nationaliste qui exploite le facteur religieux, comme depuis 400 ans", quand est né l’uniatisme. Convaincu que les
gréco-catholiques doivent avoir le droit d’exister, il souhaite que l’Eglise uniate renonce au prosélytisme et serve de pont entre l’Orient et l’Occident, "mais pour cela, sa mentalité doit changer" et elle doit introduire
"dans sa pensée et sa pratique la théologie de Vatican II". (apic/cx/be)